Critique

[Critique] Ocean’s 8 : Sans arme, ni haine… ni panache

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Elodie le

11 ans après Ocean’s 13, dernier opus de la trilogie franchise démarrée en 2001, la famille Ocean nous présente donc Debbie. Après 5 années passées en prison à fomenter un nouveau plan, la sœur de Danny entend bien rendre hommage à son frère en perpétrant un casse aussi audacieux qu’il semble impossible.

Franchise à bout de souffle, qui a fini par se vautrer dans la facilité, son reboot 100% féminin promet d’apporter un vent nouveau et salvateur grâce à cette nouvelle bande de reines de la cambriole. Certains diront que le mouvement #MeToo est passé par là, mais il n’en est rien puisque le projet a été lancé il y a 5 ans de ça. Le fait est qu’il tombe à pic.

Steven Soderbergh, à la manette dans la précédente trilogie, laisse le fauteuil de réalisateur à Gary Ross, le réalisateur d’Hunger Games, pour n’en conserver que la production.

Quant à l’histoire, elle est cousue de fil blanc : Cinq ans, huit mois, 12 jours… et le compteur tourne toujours ! C’est le temps qu’il aura fallu à Debbie Ocean (Sandra Bullock) pour échafauder le plus gros braquage de sa vie, tout en rendant la monnaie de sa pièce à son ex.

Pour réaliser ce casse, il lui faut recruter une équipe de choc. À commencer par son “associée” Lou Miller (Cate Blanchett). Ensemble, elles engagent une petite bande d’expertes : Amita (Mindy Kaling), la bijoutière, Constance (Awkwafina), l’arnaqueuse, Tammy (Sarah Paulson), la receleuse, Nine Ball (Rihanna), la hackeuse et Rose (Helena Boham Carter), la styliste de mode. Le butin convoité est une rivière de diamants, Le Toussaint, sortie tout droit des ateliers du joaillier français Cartier, et d’une valeur de 150 millions de dollars.

Le somptueux bijou sera autour du cou de la célèbre star Daphne Kluger (Anna Hathaway) qui devrait être l’objet de toutes les attentions au cours du Met Gala, l’événement de l’année. C’est donc un plan en béton armé. À condition que tout s’enchaîne sans la moindre erreur de parcours. Enfin, si les filles comptent repartir de la soirée avec les diamants sans être inquiétées…

À l’instar de son aîné, un casting de star a été convoqué pour le film. Pendant féminin de son ami de longue date George Clooney, Sandra Bullock, qui porte le film et le nom de la franchise, est une évidence. Le reste du casting, éclectique et bigarré est calqué sur ce qui a fait le sel des précédents.

Des surprises ? Quelles surprises ?

Et c’est peut-être là le problème avec Ocean’s 8, c’est du Ocean. De A à Z. Casting, humour, montage, rythme, introduction des personnages, braquage (forcément) réussi, flashback, retournement de situation, et même la musique, il n’y a AUCUNE surprise. Si ce n’est quelques anciens de la bande à Danny qui signent une apparition (on ne vous en dit pas plus), et encore.

Alors certes, c’est rythmé, on ne s’ennuie pas, mais l’intérêt du film reste en suspens. Bullock et Blanchett s’amusent et singent le duo Clooney/Pitt, Anne Hathaway est parfaite en diva imbuvable et Sarah Paulson excelle à jouer les mères de famille, receleuse de son état, qui ne veut pas se ranger des voitures. Certes. Toutefois, les personnages manquent cruellement de profondeur. Chacun à son quart d’heure de célébrité, dans la ville d’Andy Warhol c’est la moindre des choses, mais tout cela reste en surface. Il ne suffit pas d’affubler Rihanna d’un bob de rastafari, joint à la main et ordi sur les genoux pour la rendre crédible en hackeuse, ou voir Awkwafina voler sa montre à un badaud pour faire d’elle une as de la chipe. Ni de convoquer un gang de filles qui ne se connaissaient pas la minute avant pour en faire un squad.

Et la pléiade de stars – Serena Williams, Katie Holmes, Olivia Munns, Heidi Klum, Kim K, Kendall Jenner, les sœurs Hadid et autres mannequins Instagram – que l’on voit défiler lors du gala du MET où doit avoir lieu le casse, n’y changera rien. Ce qui fait surtout défaut dans ce film, c’est un véritable antagoniste. Un bon vieux méchant digne de ce nom, comme avait pu l’être Andy Garcia en Terry Benedict dans le premier volet.

Une suite beaucoup trop facile

Ici à part un Cupidon sans saveur (on se demande bien ce qu’elle a pu lui trouver) et un joaillier français qui se fait rouler dans la farine (non sans s’être offert un placement produit des plus glamours), Debbie Ocean et sa bande ne rencontrent aucune réelle opposition. Pas même l’inspecteur de l’assurance dépêché chez Cartier et interprété par James Corden. C’est dire. Tout est facile. Désespérément trop facile. Espérons que les prochains Ocean’s (9 et 10) seront plus ambitieux, car il fait peu de doute que Warner Bros se contentera d’un seul opus, quand Ocean’s 8 a réalisé le meilleur démarrage de la saga (Coucou Georgi !).

Alors oui, on passe un bon moment, mais avec un sentiment de déjà vu un peu trop présent. À la fin du film, Debbie trinque à la santé de son frère prédisant que ce coup lui aurait plu. On en doute. Le panache d’Ocean’s 11 (le meilleur) parait bien loin.

Notre avis

Casting de star, casse impossible, gang éclectique, glamour, humour, vous êtes bien chez les Ocean. En revanche, si vous souhaitez être un tantinet surpris, passez votre chemin, garçon ou fille, avec les Ocean's, on est en terrain familier. Peut-être un peu trop. On aurait aimé que ce « Girl Power » affiché fasse entendre leur voix plutôt que de caler leur pas dans ceux de leurs ainés. Pour ceux qui ne connaissent pas la saga, voguez sans crainte, vous serez agréablement divertis et le gala du MET promet de vous en mettre plein les mirettes. La base d’un braquage. La diversion.

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