Les films de requins sont un sous-genre à part entière du cinéma horrifique depuis qu’un certain Les Dents de la Mer y a planté ses dents. Les squales ont eu droit à tout, au meilleur comme au pire, croquant Blake Lively dans Instinct de survie, Samuel L. Jackson dans Peur Bleue, ou encore décimant les États-Unis grâce à des tornades dans la saga Sharknado. Et on ne vous parle pas de la flopée des autres productions The Asylum, mais allez-y jeter un œil, c’est du petit pain. Bref, le requin au cinéma, c’est comme la saucisse dans la choucroute, c’est indissociable.
Indissociable, voire peut-être un peu usé. C’est vrai qu’on paraît avoir tout vu autour du sous-genre et que bien courageux celui qui se lancerait dans un tel projet avec l’idée d’apporter de la fraîcheur. Efficace, c’est possible, original, beaucoup moins sûr. Alors comment accueillir autrement qu’avec un profond scepticisme le bébé de Sean Byrne (à la réalisation) et Nick Lepard (au scénario), les deux hommes n’ayant, d’ailleurs, pas une expérience longue comme l’avant-bras. Dangerous Animals transpirait le film casse-gueule.

Néanmoins, il faut reconnaître que l’histoire intrigue. Zephyr, une jeune femme accro au surf et à son indépendance, est soudainement kidnappée par un tueur en série obsédé par les requins. Il adore filmer ses victimes tandis qu’il les jette vivantes dans la gueule des squales. Prisonnière sur un bateau, Zephyr doit trouver rapidement un moyen de s’échapper, avant que l’heure du repas ne soit venue. Un film mélangeant deux sous-genres, le requin et le serial killer ? Notre curiosité était au maximum. D’autant que le long-métrage revient d’une campagne cannoise où il a réussi à faire parler.
Jaw Courtney
Petit budget oblige (estimé à 2 millions, dix fois moins que Megan 2.0), Dangerous Animals n’a pas pour lui un casting de stars, même si on a pu apercevoir Hassie Harrison (Zephyr) dans Yellowstone ou Josh Heuston (Moses) dans Dune : Prophecy. Non, la figure la plus connue du long-métrage est Jai Courtney, acteur australien habitué aux rôles de méchants garçons dans Jack Reacher, Suicide Squad, Divergente… une filmographie riche en gros films, moins en bons films puisque Die Hard 5, Terminator Genisys et tout le reste. Bref, un comédien qui aime mettre du cœur à l’ouvrage, mais dont les choix de carrière jouent contre lui.

On ne l’a jamais autant aimé que dans Dangerous Animals ! On connaît la faculté du bonhomme de jouer facilement les personnages déjantés et il régale dans la peau de ce tueur aux allures de raté, du genre à s’enfiler cannette sur cannette en chantant Baby Shark. Le rôle de Tucker est effrayant parce qu’il est complètement imprévisible, tout en étant extrêmement méthodique. Un regard enfantin, presque amusé, au-dessus d’un sourire carnassier. Avec un physique imposant bien qu’un brin balourd, Jai Courtney occupe l’espace et apporte une folie aussi angoissante qu’amusante.
Un genre requinqué
On le disait tantôt, il devient difficile de surprendre autant dans le genre du tueur en série que celui du requin. Surtout qu’à trop sortir des sentiers battus, on peut également prendre le risque de louper complètement sa cible. Le scénario de Nick Lepard respecte les codes de ses modèles, et de prime abord, cela peut jouer contre lui.

On retrouve toutes les mimiques propres à un bon vieux slasher dans les méthodes de Tucker, dans son esprit de collectionneur et d’amateur de snuff movie, dans la scream girl blonde dont les ennuis commencent après s’être dénudée… Et de l’autre côté, on reste sur le film de requins avec les attaques nocturnes, les plans caméra sous-marins et la présence d’un certain grand squale qui vient rappeler sa domination sur la chaîne alimentaire. Pour les fans, les bases sont là.
Jusque dans des séquences attendues ou dans des petites répliques sentant bon le cliché. Un problème qui n’en est pas un, puisque c’est aussi ce type d’instant qui a donné ses lettres de noblesse à ces sous-genres horrifiques. Leur absence aurait pu être même reprochée comme un détournement jouant trop les malins pour son propre bien. Ici, les répliques sporadiques viennent presque agir comme une récompense pour le spectateur.

Si Dangerous Animals que ça ?
Ce qui ne veut pas dire que Dangerous Animals n’innove jamais. Au contraire, on apprécie de le voir autant user du stéréotype que de le dynamiter selon les besoins. Une séquence trop simpliste, à l’image d’un petit ami boyscout plus doué que la police en deux minutes chrono, fait ainsi place à une réaction bien plus imprévisible dans ce genre de film. De même, Zephyr est d’abord brossée comme une héroïne insipide bonne à nourrir les poissons avant que ses compétences et sa faculté de raisonnement impressionnent.
On prend un vrai plaisir à voir se dérouler une intrigue où les protagonistes ne sont pas dictés par les besoins scénaristiques, mais agissent et réfléchissent en fonction des situations. Un récit qui fait la part belle aux rebondissements avec un esprit un peu rebelle où rien ne se passera jamais comme prévu. Et le plus drôle, c’est que ces événements inattendus touchent autant notre héroïne que l’antagoniste. Un quasi-huis clos où chacun va y aller de son plan avant d’échouer l’instant d’après.
Byrne et Lepard jouent constamment avec nos nerfs pendant 90 minutes et on adore ça. Non pas parce qu’on est terrifiés, malgré quelques séquences gores, mais parce que c’est diablement distrayant. L’efficacité est au cœur du projet et cela passe également par une absence de contextualisation forcée. Les portraits de Zephyr, Tucker ou Moses sont à peine brossés et cela suffit, l’histoire n’ayant pas besoin d’être parasitée par du contenu dispensable à l’intrigue. Seule une scène d’émotion viendra donner du poids aux actes violents de notre tueur et il n’y aura pas besoin de plus pour que l’on comprenne ce qui nous attend.
On prend aussi du plaisir à voir Dangerous Animals jouer avec ses requins en les présentant non plus comme des prédateurs, mais des armes instrumentalisées. Le requin est en quête de nourriture et ne tue pas pour le plaisir. Ce qui en fait un animal bien moins dangereux que l’homme. La boucle est bouclée pour ce qu’on espère être l’un des succès surprises de l’été. Le film le mérite.
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