Critique

Critique de Kingsman The Golden Circle : un film qui a la classe américaine ?

Cinéma

Par Pierre le

Deux ans après la grosse surprise que constituait Kingsman, Matthew Vaughn revient avec une suite sous-titrée The Golden Circle. Malheureusement, le réalisateur est tombé dans le piège évident des suites de films d’actions : reprendre la formule du premier film et en faire des tonnes, sans donner corps aux personnages qui ont fait son succès. En résulte un film tout juste moyen qui ne se repose que sur ses acquis.

Eggsy est bien évidemment de retour

La classe américaine

Deux cas de figure se présentent à un réalisateur lorsqu’il doit faire une suite : réinventer complètement la formule pour surprendre ou refaire exactement la même chose, mais en plus fort. C’est la seconde option qui a été choisie ici, quitte à en devenir absurde et à se parodier soi-même.

Cela passe par certaines scènes emblématiques reprises parfois plan par plan (pour s’en moquer ou par manque d’inspiration) au héros toujours en phase d’apprentissage en passant par le méchant psychopathe rigolo dans sa démence. Par ailleurs, les rares trouvailles sont éludées en quelques secondes. A titre d’exemple, la passion de la méchante Julianne Moore (excellent personnage, par ailleurs) pour les années 50 n’est qu’un pastiche pour faire évoluer les acteurs dans des décors absurdes. Difficile également de trouver un intérêt aux Statemen, les cousins américains des Kingsmen, qui ne servent qu’à étaler un casting trois étoiles et qu’à se moquer de la lourdeur des Américains.

L’organisation Statesman permet d’aligner un énorme casting, ici Jeff Bridges

Tous les nouveaux éléments sont malheureusement ainsi survolés, plats et sans émotions, ne servant que de levier pratique à un scénario bien trop classique. De même, impossible d’éviter le syndrome traditionnel dans les suites de l’exposition à outrance pour installer une histoire qui a du mal à démarrer. Au fur et à mesure que le film avance, on se rend alors compte que Kingsman 2 n’est plus une parodie de film d’espionnage, mais une parodie de Kingsman 1.

Une suite poussive, donc, qui cherche à s’aligner sur la dictature du cool lancé par l’aîné. Pour renouer avec la classe de Kingsman premier du nom, Vaughn n’hésite pas à briser en cours de route les règles de son univers pour être à la hauteur, ce qui a tendance à tuer toute crédibilité à l’intrigue et à considérablement tuer l’impact des péripéties des héros. Le fameux TGCM est de mise à plusieurs moments pour permettre au film d’avancer ou d’installer tel ou tel élément. Ajoutons à cela des personnages qui n’évoluent pas ou peu, ou pire, qui régressent parfois, ainsi que des coups de théâtre qui arrivent comme un cheveux sur la soupe et nous avons une tension dramatique qui retombe comme un soufflé.

Des scènes d’action dantesques

Kingsman The Golden Circle donne cette impression étrange que toute l’intrigue a été mise en place pour habiller les scènes d’action. Car c’est bien ici que le film excelle. Dès les premières minutes, Vaughn prouve qu’il sait construire des scènes de combat avec une réelle progression dans l’action. Des scènes impressionnantes, savamment mises en scène souvent au détriment de la cohérence. Nos Kingsmen ne sont plus des agents secrets de choc, mais bien des super-héros.

Poppy (Julianne Moore) est le meilleur personnage de cette suite

Un héritage hérité d’un univers du comics (dont Kingsman est issu à la base) qui n’hésite jamais à transporter des personnages dans tel ou tel lieu absurde car l’auteur a une idée de scène d’action. C’est pareil pour nos Kingsmens, qui sont trimbalés ça et là pour la beauté des bastons, quitte à faire un détour de vingt minutes dans le film. Comme si les différentes séquences étaient des numéros hebdomadaires de comics grossièrement liés les uns au autres. Une excuse qui aurait pu être valable si Kingsman 1, qui avait beaucoup plus à offrir, n’était pas passé par là avant.

Verdict

Poussif, souvent vain mais diablement efficace dans les scènes d’action, Kingsman The Golden Circle loupe malheureusement le coche. La saga semble déjà se perdre au bout de deuxième épisode, laissant loin derrière son statut de licence aussi cool que classe. Reste un film d’action efficace, mais qui malheureusement, s’oubliera vite.