Critique

[Critique] Electric Boogaloo : Reportage au cœur de la plus grande usine à nanars du monde

Cinéma

Par Henri le

Aujourd’hui sort Electric Boogaloo de Mark Hartley, un documentaire sur la Cannon Company, ou comment deux cousins hauts en couleur ont réussi à changer la face du cinéma américain.

Le seul, l'unique.
Le seul, l’unique.

Vous le savez peut-être déjà, mais au Journal du Geek, on aime les nanars. Des films si mauvais qu’ils en deviennent indispensables. Et si chacun a bien sûr ses préférences, une société de production garde une place privilégiée dans le façonnage des plus célèbres navets des années 80 : La Cannon Company.

C’est le sujet principal d’Electric Boogaloo, qui retrace sur plus d’une décennie l’incroyable histoire de Menahem Golan et Yoram Globus. Ces deux cousins originaires d’Israël, boulimiques de cinéma, qui ont réussi a laissé leur empreinte dans le milieu… sans jamais faire de grands films.

Yoram Globus et Menahem Golan.  Crédits/ DR
Yoram Globus et Menahem Golan. Crédits/ DR

Grisés par un demi-succès dans leur pays d’origine, ils décident de s’attaquer au marché américain et international. Leur épopée commence vraiment lorsqu’ils rachètent la Cannon en 1979. Cette société de production spécialisée dans les petits budgets va très rapidement se transformer sous l’impulsion du duo, et devenir l’incarnation d’un cinéma alternatif, à l’ombre des blockbusters.

Yoram, le financier, travaille de pair avec Menahem, réalisateur enragé qui ne se préoccupe guère des détails. La recette est simple : faire de grosses économies sur le tournage, produire rapidement et inonder les marchés américains puis mondiaux pour vendre un maximum de copies. Et afin d’être sûr d’attirer un maximum de spectateurs, les cousins n’hésitent jamais à mélanger scènes de sexe ridicules et action ultra-kitsch. Si la plupart des films sont des échecs, il suffit d’un succès relatif pour faire une immense marge, et relancer la machine. Le règne des Golan-Globus est lancé.

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Et des centaines de films vont défiler les uns après les autres. Indiana Jones est un succès ? Alors Menahem fera Allan Quatermain ! Mad Max cartonne au box-office ? Menahem réalisera America 3000 ! Les ninjas, c’est cool ? Alors il sortira American Warrior 1, puis deux, puis trois puis quatre… Le reaganisme ambiant raffole de ces héros musclés et luisants, chez qui tout se termine toujours bien. La Cannon le sait et va leur donner un visage, en castant de grands athlètes, mais de piètres acteurs. Ainsi débutera la carrière de Chuck Norris (avec le surpuissant Invasion U.S.A), mais aussi celle de Michael Dudikoff ou Jean Claude Van Damme. Dolph Lundgren habillé en Musclor dans Masters of The Universe, c’est encore eux !

Electric Boogaloo, l'histoire de danseurs qui font du hip-hop...sur leur plafond. Crédit / DR
Breakin’2 : Electric Boogaloo, l’histoire de danseurs qui font du hip-hop…sur leur plafond. Crédit / DR

De nombreux extraits de film parsèment ce documentaire, mais Mark Hartley a eu la bonne idée de nous laisser nous-mêmes dresser le portrait de ces deux escrocs attachants. Les nombreux intervenants racontent comment la Cannon a influencé (en bien ou mal) leur carrière. Si cela n’a pas entravé l’ascension de Tobe Hooper, Barbet Schroeder ou Sharon Stone, certains acteurs aujourd’hui conscients de la faiblesse de ces films, livrent des témoignages amers, mais amusants. Ces interviews sont entrecoupées d’anecdotes complètement folles, comme la production quasi accidentelle d’un Jean-Luc Godard, ou la course folle que les deux cousins se sont livrée pour sortir en premier un film sur la Lambada. Épique, on vous dit.

Dans ce méli-mélo de testostérone et d’explosion, la figure de Menahem reste la plus marquante. Grande gueule persuadée de son talent, il est animé d’une vraie passion. Tellement qu’il pense remporter un Oscar. Mais c’est finalement sa frénésie du tournage qui affaiblira puis achèvera la Cannon. Sa carrière pourrait d’ailleurs se résumer en un film : Over The Top. Alors qu’il a convaincu Sylvester Stallone, au sommet de sa gloire, de tourner pour lui, il choisit de l’utiliser dans un long-métrage sur les compétitions de bras de fer. C’est le plus grand échec commercial de l’acteur, mais il rentre dans la légende de la Cannon. Et dans l’inconscient collectif de tous les jeunes des années 80.

Over The Top, 1987
Over The Top, 1987

Electric Boogalo s’adresse bien évidemment aux amateurs de nanars, mais plus largement à toute une génération de jeune, bercée à la grenade par les films de Chuck Norris et Van Damme. C’est aussi l’histoire de deux têtes brulées du cinéma, qui ont tout misé sur la quantité au détriment de la qualité. Ils nous laissent un héritage honteux, dans lequel les nostalgiques se feront un plaisir de replonger. Allez-y, c’est de la bonne.

Disponible en DVD pour 15 euros.