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Critique Good Luck, Have Fun, Don’t Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke

Gore Verbinski est aujourd’hui un réalisateur dans le creux de la vague, dont on attend encore qu’il se Patrick Swayze dans Point Break. Peut-être avec son Good Luck, Have Fun, Don’t Die qui accumule les références en mode Kamoulox.

Attention, coup de vieux : Pirates des Caraïbes premier du nom est sorti il y a 23 ans. Une époque où l’Italie participait encore à la Coupe du monde de foot et Timothée Chalamet avait 8 ans. Paris Latino de la Star Academy saison 2 était numéro 1 des charts et Gore Verbinski allait permettre à Johnny Depp d’incarner l’un des personnages les plus marquants de sa carrière : le capitaine Jack Sparrow.

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23 ans plus tard, Pirates des Caraïbes a connu cinq suites, Timothée Chalamet n’a toujours pas eu d’Oscar, l’Italie n’est plus à la Coupe de monde de foot, une nouvelle génération de Star Ac s’est installée et Depp a trouvé un caca dans son lit. Quant à Verbinski, après avoir signé toute une trilogie Pirates des Caraïbes, il a essuyé deux gros échecs : Lone Ranger et A Cure for Life. Qu’importe si c’était mérité ou pas, cela a provoqué la chute du réalisateur qu’on avait pas revu depuis 10 ans. Un petit goût de dernière chance avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die ?

Critique Good Luck, Have Fun, Don't Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke
© Metropolitan FilmExport

Que feriez-vous si un gars hirsute aux allures de clodo débarquait soudain dans votre diner en clamant qu’il vient du futur, que la fin du monde est proche parce que l’IA va bientôt chercher à détruire l’humanité et que le seul groupe capable de stopper tout ça, se trouve dans ce restaurant miteux ? Vous le prendriez sûrement pour un fou et vous appelleriez la police. Mais si c’était vrai ?

Voilà commence le nouveau délire de Gore Verbinski, scénarisé par Matthew Robinson qui avait déjà revisité les genres avec le Love and Monsters sur Netflix ou encore Dora et la cité perdue. Une œuvre qui aspire ses influences et les recrache sans se cacher, notamment, évidemment, Terminator, Matrix et Un jour sans fin. On sent que le long-métrage a envie de toucher à des œuvres majeures de la pop culture en y insérant une grosse, grosse dose de chaos.

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Comme chef d’orchestre du bordel généralisé, un Sam Rockwell en feu. Pas étonnant lorsque l’on connaît le goût de Verbinski pour les personnages excentriques. Son homme du futur n’a pas grand-chose à envier à son pirate du passé, rien que dans le style vestimentaire.

Critique Good Luck, Have Fun, Don't Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke
© Metropolitan FilmExport

Il est clairement celui sur lequel se repose la quasi-intégralité du récit, à la fois maître d’un jeu dont il est le seul à connaître les règles, et avatar d’un réalisateur qui a des choses à dire. Lorsqu’il débarque dans un diner en annonçant la fin du monde, notre dépendance à la technologie, la perte du lien humain, comment ne pas y voir le message d’un cinéaste dont le cinéma a toujours respiré le blockbuster à l’ancienne, l’amour du produit, aujourd’hui délaissé par une industrie qui a radicalement changé de visage ?

Le revers de la médaille, c’est qu’à force de voir le penseur derrière le faiseur, bref, le réalisateur derrière l’acteur, on sent également une sorte de désenchantement un peu aigri. Derrière le discours antitechnologique, le côté l’IA c’est le mal, on sent un homme très au fait de ses contemporains, certes, mais avec un œil un brin ringard, moins sale gosse que vieux schnock. Tel le tonton gênant ou le grand-père sénile aux repas de famille balançant ses « c’était mieux avant » et « de mon temps ».

Critique Good Luck, Have Fun, Don't Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke
© Metropolitan FilmExport

D’autant que sur le discours même, le film ne peut rivaliser avec ces œuvres qu’il a allègrement recopiées. C’est bien beau de reprendre des éléments narratifs à Terminator ou Matrix (pour ne citer qu’eux), mais si, derrière, on ne s’en sert pas pour raconter quelque chose de nouveau et, au contraire, répéter le propos, la plus-value n’est pas évidente, pour le dire poliment.

La théorie du chaos

Si, à travers son personnage principal, Good Luck, Have Fun, Don’t Die peut autant souffler le chaud que le froid, ce n’est finalement qu’un symptôme d’un état de fait général. Car tout le long-métrage est construit sur cette idée. L’idée de voir des idées géniales naître sous nos yeux puis mourir d’une exécution mal engagée.

Il épouse son chaos dès qu’il le provoque dans ce fameux diner. À partir de là, Good Luck, Have Fun, Don’t Die va jouer avec son intrigue, avec ses flashbacks, pour expliquer, pour teinter son ambiance d’une douce amertume, d’un humour noir, de cet infime espoir de changer le monde tout en affrontant l’inéluctable. Et il se dit que même s’il échoue, l’important c’est d’essayer, et au pire, il recommencera à essayer. Il s’autorise alors des ratés, des raccourcis, des manques, parce que rien n’est inévitable, même les catastrophes. Alors autant les prendre de face.

Critique Good Luck, Have Fun, Don't Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke
© Metropolitan FilmExport

On peut aimer ou détester le film, voire le trouver clivant, mais il y a quelque chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est son facteur X. Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne peut que surprendre, puisqu’il ne semble jamais savoir où il va. On tape souvent dans ces pages sur les œuvres qui n’osent plus, qui s’enferment dans un stéréotype, par facilité ou pour ne pas risquer de déplaire au spectateur. Gore Verbinski signe un long-métrage qui n’en a rien à faire. On découvre quelque chose qu’on pensait avoir oublié : ce goût pour l’inattendu, pour cette curiosité de savoir si cet homme étrange dit vrai et surtout, sur ce qu’il adviendra après.

Critique Good Luck, Have Fun, Don't Die : le papa de Pirates des Caraïbes fait son Terminator sous coke
© Metropolitan FilmExport

On peut passer d’une séquence purement humoristique à un changement de registre radical dans la scène suivante. On peut être captivé à l’instant, profondément ennuyé ensuite. Good Luck, Have Fun, Don’t Die a autant de tout que de rien. Un film rebelle qui épouse son n’importe quoi, déstructuré, décontenancé et le plus fou, c’est que l’on sent bien que tout n’est pas volontaire. Mais de là à parvenir à faire la différence entre ce qui est acté et ce qui est juste loupé ? Il y a une ligne si fine qu’on n’a pas envie de se risquer à faire des paris sur l’appartenance à l’un ou à l’autre. Finalement, tout était dans le titre : un film qui compte un peu sur sa chance, qui sait capitaliser sur ses bons moments et qui menace de s’éteindre à chaque pas de travers.

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Notre avis

Gore Verbinski ne signera pas son grand retour ici. Au contraire, on a surtout l'impression de voir un réalisateur qui ne sait plus vraiment comment s'y prendre. Néanmoins, il lui reste encore une douce folie créative, ce goût pour le fait-main et son amour pour les personnages déconnectés. Pas le retour d'un grand, mais, au mieux, une chute contrôlée ?

L'avis du Journal du Geek :

Note : 5 / 10

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