Critique

[Critique] Hostiles : Le retour du (très) Grand Ouest

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Depuis 2009, Scott Cooper filme les disparités qui jalonnent l’Amérique contemporaine. Avec Hostiles, il tente de sonder la violence inhérente à son peuple. Et en profite pour signer son meilleur film.

La filmographie de Scott Cooper suit un fil rouge, et tente de saisir une partie fascinante de l’âme américaine. De Crazy Heart à Strictly Criminal, en passant par Les Brasiers de la Colère, le réalisateur s’obstine à filmer les populations blanches et pauvres, comme pour lever tout fantasme à leur sujet. Sans glorifier qui que ce soit, il esquisse le portrait réaliste d’un pays sauvage et marqué par sa violente histoire.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il réalise aujourd’hui un western, qui reste le genre cinématographique le plus lié au continent nord-américain et aux questions qui l’obsèdent. Si sa réflexion pouvait sembler lacunaire, voire flottante dans ses précédents films, Hostiles tranche dans le vif dès son préambule.

« L’âme américaine est dure, solitaire, stoïque: c’est une tueuse. Elle n’a pas encore été délayée.» Utilisée comme credo, cette phrase de D.H. Lawrence imprègne le film de sa force. La scène d’ouverture, qui met en scène un massacre, ne tarde pas à nous le rappeler.

Alors que les États-Unis s’apprêtent à rentrer dans le XXe siècle, certains groupes d’Indiens continuent de se battre s’attaquant même très durement aux civils. Légende de l’armée américaine, le capitaine unioniste Joseph Blocker se voit chargé d’escorter Yellow Hawk, un chef de guerre Cheyenne mourant, sur sa terre natale. Acceptant à contrecœur ce périple entre le Nouveau-Mexique et le Montana, il est pris en chasse par un petit groupe de Comanches hostiles. Pour survivre, le cortège va devoir apprendre à lutter ensemble.

Comme une soupape aux luttes intestines qui se déroulent devant nous, Cooper filme une nature majestueuse et silencieuse. Sa relation fusionnelle avec Masanobu Takayanagi, le directeur de la photo ayant travaillé sur ses deux précédents films, explose à l’écran.

Lorgnant sur les peintures de Frederic Remington, les paysages sont immenses et l’image contrastée. L’occasion de constater la diversité offerte par les états traversés. On passe ainsi de la lumière éclatante des régions désertiques du Sud au crépuscule des montagnes du Nord. L’affrontement des éléments fait directement écho à celui des hommes.

S’il n’évite pas quelques scènes inhérentes au genre, Hostiles se démarque par la finesse de son écriture et la justesse de l’interprétation. Une fois n’est pas coutume, Christian Bale fait corps avec son personnage.

Cet homme renfrogné, qui a toutes les raisons de détester les Indiens, se rend progressivement compte de l’absurdité de la guerre qu’il a menée. Lui qui a fait d’un Afro-Américain son plus fidèle lieutenant commence juste à saisir que la terre qu’il foule n’est pas forcement la sienne. Cooper laisse d’ailleurs entrevoir les signes d’un stress post-traumatique profond, terreau fertile à de nombreux réalisateurs avant lui.

Ce terrible paradoxe traverse chacune des figures du film. On pense bien sûr à Wes Studi, impeccable en Indien taciturne obligé de se battre contre d’autres tribus ou Ben Foster, érigé en monstre ultime pour des crimes que de nombreux autres soldats ont également commis. La figure de ce vieux démon de l’Amérique blanche aurait d’ailleurs mérité quelques tirades supplémentaires.

Seule Rosalie Quaid (Rosamund Pike) semble faire contre-pied à la haine ambiante, comprenant très tôt que les assassins de sa famille ne sont pas ceux qu’elle fréquente. Ce qui ne l’empêche pas, elle non plus, de se laisser aller à une violence cathartique, comme le rappelle son acharnement à tirer sur un des cadavres.

La précision avec laquelle le réalisateur décortique les mécaniques de la violence fait d’Hostiles son œuvre la plus aboutie. On retrouve ici et là des signatures de son académisme, notamment dans sa volonté de clôturer absolument le récit, mais le long-métrage se démarque grâce à un vrai parti pris. Derrière les atours d’un western classique, le film tisse l’histoire éternelle de l’Amérique et laisse une question en suspens : qui sera l’ennemi de demain ?

Notre avis

Beau sans être poseur, profond sans être moralisateur, Hostiles se range aux côtés des meilleurs westerns des dix dernières années. Entouré de seconds rôles au diapason, Christian Bale incarne un homme plein de colère et de contradictions, miroir d’une nation qu’il a toujours cru défendre. Les menus défauts liés au rythme s’effacent sans peine devant la photographie magnifique de Masanobu Takayanagi et la partition maîtrisée de Max Richter. Cooper filme le paradoxe violent et pourtant fondateur de la nation américaine tout en y insufflant une réflexion plus universelle. Puissant.

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