On n’y croyait plus… Vraiment plus. En 2022, dans l’obscurité d’une salle obscure, nombreux sont les spectateurs à avoir vécu la sortie de Jurassic World : Le monde d’après comme un véritable affront. Universal Pictures avait promis un déluge d’action et une approche nouvelle, notamment en évoquant la cohabitation des dinosaures et des humains sur une planète où les ressources viennent à manquer. Cette envie de nouveauté s’était rapidement évanouie au profit d’un retour à une recette qui fonctionne plus ou moins : une île hostile et de méchantes bestioles.
Le film ressortait même ses héros fossilisés pour la nostalgie. Alan Grant, Ellie Sattler et Ian Malcom… Qu’est-ce qui pouvait mal se passer ? Tout. Absolument tout. La saga était en extinction, du moins dans nos cœurs de cinéphiles biberonnés aux productions Amblin.
Mais voilà, Jurassic World 3 a récolté plus d’un milliard de dollars au box-office mondial, il fallait bien faire éclore une suite. Comme John Hammond, Hollywood ne rechigne jamais à faire de l’argent… même si l’industrie doit faire quelques victimes au passage (souvent les fans).
Cette fois, en revanche, on fait nos adieux à Owen et Claire, ce sont des personnages inédits qui sont immortalisés. Nouveaux maîtres à bord également puisque Gareth Edwards est à la mise en scène tandis que David Keopp, scénariste des deux premiers films de Steven Spielberg, se charge de l’écriture. On en viendrait presque à croire que Jurassic World va pouvoir survivre. Presque…

Nouvel opus qui montre les dents
Zora Bennett est une mercenaire recrutée par le PDG d’une entreprise pharmaceutique. Avec le docteur Henry Loomis et son ancien coéquipier Duncan Kincaid, elle va se rendre sur une île qui servait aux développements de dinosaures mutants pour Jurassic World. Ensemble, ils doivent récupérer trois échantillons sanguins pour permettre au personnage de Rupert Friend de fabriquer un traitement pour les maladies cardiaques. Vous commencez à en avoir l’habitude, rien ne va se passer comme prévu.
Tous les ingrédients d’un divertissement de circonstance sont là, une équipe de spécialistes, des novices et des dinosaures qui fascinent autant qu’ils inquiètent. Jurassic World Renaissance avance en terrain balisé. Il est clair dès les premiers instants que ce reboot ne va pas s’aventurer loin des sentiers battus. Mais alors que le film s’ouvre sur un écran noir évoquant la lassitude des humains face aux dinosaures — constat cynique — les spectateurs vont-ils aussi délaisser les colosses au profit d’autres univers et imaginaires ?
L’implication de Gareth Edwards à la mise en scène avait de quoi nous rassurer, l’homme est le seul à être parvenu à faire éclore un film Star Wars qui fait l’unanimité sous l’égide de Disney. Son Rogue One était la preuve qu’il y a encore quelque chose à raconter dans la galaxie très très lointaine, elle aussi usée jusqu’à la corde par Disney et Lucasfilm. Force est de constater qu’il s’en sort aussi plutôt bien avec Jurassic World : Renaissance.

Déjà, il est le seul parmi les cinéastes ayant pris la suite de Spielberg à comprendre comment tirer profit de la nostalgie de son auditoire pour les films d’aventure et d’effroi des années 90. Si ce n’était pas évident que le metteur en scène veut faire du cinéma comme avant, il a misé sur la pellicule pour immortaliser l’aventure de ses héros.
Un choix éclairé et qui permet aux décors (en majorité réels) de devenir immédiatement plus saisissants. La pellicule complimente les environnements marins comme terrestre, le grain apporte une tangibilité aux scènes. Si l’on pouvait craindre que le film ne parvienne pas à faire cohabiter ses prises de vues analogiques avec ses effets numériques, le résultat est assez surprenant. Certains fonds verts sont criminels, mais les dinosaures sont frappants de réalisme et captés par la caméra habile de Gareth Edwards.
Le metteur en scène sait y faire lorsqu’il s’agit de filmer des colosses, il joue avec les rapports d’échelle comme jamais au sein de la saga World. Jurassic World livre des scènes marquantes et rythmées, du spectacle auquel on était plus habitué depuis le départ de Spielberg.

De la même manière, Jurassic World Renaissance met l’effroi et l’angoisse au cœur de son procédé cinématographique, renoue parfois avec le ludisme de la saga Park. Rebirth de son titre original est amusant dans son illustration de la mort, dans sa manière de sacrifier sa chair à canon : les acteurs de second plan. Pas avare en mâchouillage de figurants, le film fait la démonstration de vrais moments de bravoure dans sa forme.
C’est vrai dès l’introduction avec une scène intense qui sert d’avant-propos. L’idée pour Edwards : rappeler que tout peut déraper à chaque instant et qu’un concours de circonstances malheureuses peut entraîner la mort, qu’il s’agisse d’un dispositif de confinement défectueux ou d’un abus de confiance.
On apprécie particulièrement le retour à un jeu de hors champs, pour surprendre les spectateurs. Certaines morts sont montrées en pleine lumière tandis que d’autres sont filmées en plein vol pour mieux dérouter l’auditoire. Des ficelles que l’on connaît par cœur mais qui continuent de marcher tant Edwards a l’air de prendre du plaisir à les réutiliser. Tout est là pour passer un bon moment, rien n’a été laissé au hasard… sans doute un peu trop.
La saga dans du formol
Car s’il est évident que Gareth Edwards a à cœur de faire honneur à l’imaginaire dont il s’empare, convoquant ici et là des éléments visuels emblématiques (la banderole), le scénario, lui, se repose trop sur les acquis de ses aînés. Une gentille famille en danger, un passionné de dinosaures qui découvre les créatures dans leur habitat presque naturel et de gros bras pour sauver la mise, Jurassic World Renaissance n’aurait pas pu s’appeler Renouveau.
Tout est fait pour émuler le succès du premier film, du costume blanc arboré par le “personnage mystérieux” du film à l’enfant propulsée bien malgré elle dans cette aventure de tous les dangers. La dernière partie du film n’en est que plus décevante, quand des âmes innocentes se retrouvent dans un lieu confiné avec des raptors qui ont les crocs. Une supérette ou une cuisine… qui verra la différence ?
Il en va de même pour le bon gros dino aux allures de “boss final”, il n’a pas eu la place pour s’épanouir pour représenter une menace assez conséquente et provoquer des sueurs froides aux spectateurs. Peu importe ce qu’essaie de faire éclore la musique d’Alexandre Desplat (bien en dessous de ses partitions les plus marquantes), jamais une peur sincère pour les personnages ne s’invite.

Finalement, la véritable réussite de ce nouveau Jurassic World se trouve dans le cœur de son synopsis, un casse génétique et ses jolies scènes. Le reste n’est que fioriture. On regrette que le film n’ait pas resserré sa galerie de personnages, il chute lamentablement dans la caractérisation de ces derniers. Jamais ces figures héroïques ou antagonistes ne seront autre chose que des copies carbone de leurs prédécesseurs.
Les dialogues appuient ce manque évident d’ingéniosité ou de soin, avec des répliques utilitaristes et parfois même risibles. Le scénario se contente de poser des balises, pour s’assurer que le spectateur comprenne toute l’ampleur de la conclusion. On se demande bien ce que pourrait faire ce personnage endeuillé après la mort d’un enfant… Ce magnat de l’industrie pharmaceutique est-il aussi droit dans ses chaussures vernies qu’il le prétend ?

Est-ce que c’est grave ?
Maintenant que l’on a souligné la difficulté pour la saga Jurassic à se renouveler, à nous surprendre dans le fond comme la forme, on s’interroge… Est-il vraiment nécessaire pour les créatures du crétacé de faire souffler un vent de fraîcheur ? Pas vraiment. Parce que les dinos, peu importe ce qu’avance l’introduction sur la lassitude du public, ne cesseront jamais d’être captivants.
Un film qui a compris cette fascination des grands et des petits enfants pour ces créatures disparues et qui ne rechigne pas à offrir du grand spectacle, c’est exactement ce qu’il manquait à World pour arriver à la cheville de Park (I et II, le III n’a jamais existé). Un opus pour les sauver tous? Non. Le meilleur des pires… de loin. On redemanderait presque.
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