Critique

[Critique] Justice League comme sauveur du DCEU ?

Cinéma

Par Mathieu le

Vous savez ce qu’il se passe aujourd’hui en France ? Oui, un film de super-héros sort au cinéma. Et pas n’importe lequel. Il s’agit d’Avengers 3. Ah non, de Justice League, excusez-moi. DC compte donc bien élargir encore un peu plus son univers avec un film événement, annoncé il y a plusieurs années de cela et qui regroupe, excusez du peu : Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman et Cyborg. Après le très décevant Batman vs Superman et le plus intéressant Wonder Woman, le film se devait de lancer, une fois pour toutes, une franchise qui a encore beaucoup à prouver au cinéma. Une épreuve réussie ?

Avant de commencer à parler du film, il faut rappeler les incidents qui ont secoué sa réalisation. Justice League est bien un film de Zack Snyder, c’est écrit noir sur blanc durant le générique de début. Malgré le départ du réalisateur américain en plein tournage, à cause de problèmes personnels, on a toujours assuré que son successeur, Joss Whedon (Avengers 1 & 2), avait « respecté sa vision ». Dans les faits, vous allez comprendre que ce n’est pas la stricte vérité.

Une première partie sous forme de désillusion

Le long-métrage se situe quelques jours après Batman vs Superman. Bruce Wayne, fondamentalement changé par les événements dépeints dans ce même film (notamment la mort de Superman), sait qu’un nouvel ennemi, d’une puissance rare, s’apprête à dévaster la planète Terre. Il poursuit alors son recrutement et tente, avec l’aide de sa nouvelle alliée Wonder Woman, de convaincre trois nouvelles personnes aux pouvoirs hors du commun. Avec Aquaman, Cyborg et Flash, ils forment une équipe qui pourrait bien sauver le monde. Mais sont-ils assez forts pour venir à bout du démoniaque Steppenwolf ?

Ce qui saute aux yeux rapidement lorsqu’on regarde ce Justice League pour la première fois, c’est à quel point Zack Snyder a une vision bien plus sombre du film de super-héros que l’éternel rival Marvel. Et il n’en démord pas. Il souhaite absolument continuer dans la droite lignée de ce qui a été mis en place jusqu’à présent, quitte à continuer de surfer sur ses erreurs avec Batman vs Superman. Si on apprécie que le traitement des personnages soit un peu plus adulte que chez la concurrence, il faut faire attention à ne pas s’emmêler les pinceaux. Et c’est un peu cette impression qui domine durant la première partie du long-métrage. Snyder veut nous présenter des héros torturés et faire ressortir les faiblesses humaines qui les contaminent tous. Et ce poids interfère sur la mise en place du scénario.

Si on peut apprécier que tout ne s’enchaîne pas à une vitesse folle, marquant parfois quelques incompréhensions, on regrette tout de même qu’on nous présente avec trop d’insistance « l’esprit d’équipe ». Au milieu de tout cela, c’est bien Batman qui tient l’affiche. Et là encore, le traitement accordé à son personnage laisse perplexe. Si on conçoit que l’homme, qui nous est dépeint comme en reconstruction, vieux et fatalement proche de la sortie, peut être amer, on apprécie moins ce pessimisme ambiant qui l’entoure. Et c’est bien là que se situe la grande erreur du réalisateur : vouloir coûte que coûte que ses héros se trouvent dans une sortie d’agonie mentale qui leur fera défaut.

L’adrénaline reprend le dessus

Cela joue, peut être inconsciemment, sur le rythme du film. La première heure est donc lente, marquée par quelques coups d’éclat sans grande originalité et a surtout pour but de mettre le synopsis en place. Mais il est clair qu’on aurait préféré que le tout soit plus intelligemment mené et que nos héros aient plus de liant. Bien évidemment, un événement va tout changer et c’est à partir de cet instant (à peu près au milieu du long-métrage) que l’on va assister à un ajustement sous adrénaline de la mise en scène. Et que c’est bénéfique à Justice League ! Malgré des rebondissements tout très attendus, on se rend enfin compte du potentiel indéniable que peut avoir l’équipe qui nous est présentée et son intérêt sur le long terme. Dans leur lutte face à Steppenwolf, un ennemi que l’on a trouvé sans grande envergure malgré son histoire et sa puissance, les super-héros réussissent enfin à capter notre attention. Si c’est ce qu’on attendait d’eux depuis le départ, on est satisfait de voir que le film devient enfin un véritable blockbuster qui en met plein les yeux.

Steppenwolf ne restera pas dans les annales

Le scénario, étonnamment oubliable, est rapidement mis de côté afin d’effectuer des ajustements bienvenus. Le côté si sombre qui desservait totalement Justice League passe quelque peu aux oubliettes pour finalement se transformer en un film débridé, fun et même très drôle. Si on peut légitimement évoquer les reshoots made in Joss Whedon qui avaient été mentionnés il y a plusieurs mois, on pense surtout qu’une prise de conscience globale a été faite. Sur la fin, Zack Snyder a alors transformé sa réalisation en une œuvre classe et palpitante dont on apprécie de suivre le traitement. Dans sa dernière demi-heure, le film enchaîne alors les scènes d’action d’excellente facture et les blagues à tout va. On est agréablement surpris de rire devant les phrases bien senties de nos héros tout en étant impressionné par les situations qui se développent devant nos yeux. Les effets spéciaux de ce Justice League sont par ailleurs d’excellente qualité, peut-être même les meilleurs vus jusqu’à présent dans un film du DCEU.

On apprécie également de constater qu’un soin particulier a été apporté à la photographie du film, qui sans prétention se veut plus qu’à la hauteur, notamment lorsqu’il s’agit de présenter des décors ouverts. On retrouve bien entendu cette obsession des couleurs obscures et notamment du noir et du gris qui prennent souvent le dessus sur le reste. Cela a l’indéniable avantage de mettre en avant les héros et de les imprégner encore mieux à l’aventure qui nous est contée.

Du côté des personnages justement, et de leurs interprètes, on notera avant tout l’excellente surprise Flash incarnée par le talentueux Ezra Miller. Ce héros, dont on ne soupçonne pas encore l’importance, ajoute un côté piquant et touchant dans un film qui en avait ô combien besoin. Barry Allen, de son vrai nom, est extraordinairement drôle, même s’il fait irrémédiablement penser au Quicksilver de Marvel et au traitement qui lui a été confié. Wonder Woman et la sublime Gal Gadot continuent sur des notes similaires que leur précédent long-métrage tandis que le Batman de Ben Affleck déçoit un peu. À trop vouloir en faire le « leader » du groupe, Snyder l’a un peu grillé et surexposé. Dommage. Aquaman interprété par Jason Momoa joue lui avant tout sur son charisme et sa carrure. Enfin, Cyborg, incarné à l’écran par Ray Fisher est assez juste, bien que le moins marquant de la bande.

Flash est la belle surprise du film

Conclusion :

Justice League est un film de Zack Snyder et de Joss Whedon, quoi qu’on en dise. Décevant dans sa première partie à trop vouloir suivre la ligne directrice d’un Batman vs Superman peu palpitant, le long-métrage se sauve dans sa seconde en se prenant vraiment pour ce qu’il est : un grand blockbuster. Le réalisateur des deux Avengers a certainement apporté sa patte et sa vision pour faire les ajustements nécessaires qui permettent à la réalisation d’être un bon tremplin pour la suite du DCEU. Reste à espérer que le même traitement sera accordé aux futurs épisodes.