Quatre ans. Cela fait quatre ans maintenant que La Casa de Papel, petite série espagnole diffusée alors sur Antena 3 dans son pays, a débarqué sur Netflix qui en a fait un phénomène mondial. La plate-forme de streaming (SVoD) vient de mettre la main sur un filon qu’elle ne compte pas lâcher si rapidement. Elle rachète ainsi les droits et cette histoire bouclée en deux parties revient rapidement pour un nouveau braquage de trois saisons supplémentaires. Comme il n’y a pas de petits profits, la dernière saison sera même divisée en deux. Un plan bien huilé qui rendrait jaloux Le Professeur.

Et c’est là où nous en sommes. Après des années à voir le masque de Dali partout et à entendre Bella Ciao dès qu’on prend le métro, la série a tiré sa révérence. Cinq épisodes pour boucler toute l’intrigue. Cinq épisodes pour réussir sa sortie. Cinq épisodes pour nous faire oublier tout le reste.

On reprend donc là où on s’était arrêté ; nos braqueurs amateurs doivent surmonter la tragédie, finir de voler l’or et s’en sortir vivants tandis qu’en face, la police est bien décidée à les arrêter, quoi qu’il en coûte.
Tout est pardonné ?
Après une première partie qui s’accordait une respiration en abandonnant ses plans pour des explosions à la grenade, la vraie Casa de Papel, celle qui te prévoit l’imprévisible quatre siècles en avance, est de retour. On ne change pas une équipe qui gagne et l’absurdité des ficelles scénaristiques continue de briller parce qu’il est admis depuis longtemps que notre crédulité est acquise.

Mais peut-être parce qu’on sait que chaque retournement de situation incongru sera le dernier, on finit par accepter les événements avec une certaine sympathie. Pour filer la métaphore, c’est comme un enfant tentant de nous impressionner avec son dixième collier de nouilles juste avant qu’il rentre au collège ; on en a marre, mais on lui montre qu’on l’aime encore un peu.

Un effet qui se ressent également sur nos « professionnels » du braquage toujours plus rapides à parler de leurs histoires d’amour qu’à réfléchir. Chacun se reconcentre sur son objectif premier, diminuant notre envie de leur mettre des baffes. Même Denver, dernier rescapé de l’équipe Hartley, cœurs à vif, en devient presque touchant sur ses ultimes sursauts de maturité.

Sans être triste de la voir s’achever (n’exagérons rien), on se serait presque réconcilié avec La Casa de Papel tant elle met l’humain au centre de ces cinq épisodes conclusifs. Des humains faillibles, mais cette fois pour de meilleures raisons. Et loin de la banque, elle nous offre surtout une intrigue bien plus plaisante à suivre entre Le Professeur et Alicia Sierra dont l’alchimie semble plus naturelle qu’avec ses camarades historiques. Plus généralement, l’actrice Najwa Nimri sort de la mélasse que fussent ces trois saisons supplémentaires en apportant une fraîcheur et une énergie indéniable. On adore la détester, on déteste l’aimer. On serait presque prêts à suivre un spin-off consacré. Presque.
Berlin, droit dans le mur
En parlant de spin-off, Netflix n’a pas non plus l’intention de lâcher complètement sa poule aux œufs d’or et a déjà signé le retour de ce cher Berlin (Pedro Alonso) dans une série consacrée en 2023. Personnage chouchou des fans, ce dernier n’a pourtant plus rien à dire et comme on le craignait dans la première partie de la saison, les séquences qui lui sont consacrées sont surtout là pour ralentir le rythme de l’intrigue principal.

Les scénaristes auront beau nous faire croire de l’importance de ce dernier en reliant les fils du passé et du présent, l’histoire aurait pu en arriver au même point sans sa présence fantomatique. Même le 36599ème rebondissement concernant des personnages liés à Berlin n’aura strictement aucun impact majeur sur le plan initial, si ce n’est rallonger la série avant qu’elle n’aille se coucher.
Aveu de faiblesse d’une série qui aura tué beaucoup trop tôt le personnage qui deviendra le chouchou des fans et qui fait tout pour le maintenir en vie, même artificiellement, même avec un spin-off. Après tout, ce n’est pas comme si La Casa de Papel n’avait jamais tiré sur la corde…
https://www.youtube.com/watch?v=M9sK3f1XHSk
