Critique

[Critique] La Lune de Jupiter

Cinéma

Par Henri le

Après avoir raflé le prix Un Certain Regard en 2014 avec White God, Kornel Mundruczó revient avec La Lune de Jupiter, cette fois-ci sélectionné à Cannes. Le Hongrois livre un drame aux accents fantastiques sur un sujet brûlant.

« Le cinéma se doit d’être révélateur d’une actualité » disait Manuel de Oliveira. Ce n’est pas Kornel Mundruczó, dont le film a été sélectionné à Cannes cette année, qui contredira l’ancien réalisateur portugais. Avec La Lune de Jupiter, le Hongrois livre une version légèrement fantasmée de la crise des migrants que traverse l’Europe.

Tout comme le déjanté Jeeg Robot et son super héros paumé au cœur de la pègre italienne, le fantastique s’invite par touches dans un cinéma plus social. Bien qu’il traite son sujet avec plus de déférence, Mundruczó utilise la même technique. Ce dernier n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai puisque son dernier long-métrage (White God) nous narrait l’histoire d’une insurrection canine organisée en plein cœur de Budapest.

Aryan, un jeune migrant syrien décide de traverser illégalement la frontière hongroise, en passant par la Serbie. Touché par balle par les policiers, ce dernier découvre qu’il possède un pouvoir de guérison et de lévitation. Parqué dans un camp de réfugiés, il est repéré par Stern, un médecin désabusé qui voit dans son don un moyen de payer ses dettes.

Visuellement inspiré, La Lune de Jupiter s’ouvre sur le franchissement hasardeux d’un fleuve qui prend des airs de débarquement, sous les tirs de la police. Mundrunzco filme les visages et la peur de manière presque documentaire, à travers un plan-séquence qui démontre sa maîtrise. Le reste du film oscille entre phases contemplatives, baignant dans une lumière ocre et moments plus rythmés lorgnant vers des productions de plus grande envergure.

Assez rapidement, Mundrunczó applique à son récit une liturgie chrétienne (très présente en Hongrie) basée sur la rédemption. Le message d’ouverture qu’il renvoie à l’égard du réfugié est touchant, mais ce procédé a pour effet de lisser les personnages et les zones d’ombres entre chaque protagoniste. Alors que le très humaniste L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki, 2017), qui évoquait aussi le cas des migrants, ne désignait jamais de coupable, La Lune de Jupiter se veut plus manichéen.

Le jeune Aryan est angélique, et redonne la foi à un médecin qui ne croyait plus en rien, tandis qu’ils sont poursuivis par un policier raciste et violent. La prestation des acteurs, en particulier celle Merab Ninidze, permet néanmoins de s’attacher à ce duo de fuyards.

Mundrunczó veut prouver sa valeur technique et cela se sent. Il ponctue le long-métrage de séquences fortes, comme une course-poursuite à grande vitesse dans Budapest ou ce mexican stand-off en plein hall d’hôtel. Si ces scènes sont éloquentes quant à son habilité à jongler entre les genres, elles ont tendance à gonfler artificiellement la durée du film, créant un faux rythme tout en émoussant sa nature dramatique.

C’est d’autant plus dommage que les effets spéciaux sont utilisés avec parcimonie et de façon très juste. Les lévitations d’Aryan, sous les yeux médusés d’une société croulant sous la corruption, font d’ailleurs partie des plus belles scènes du film. Malgré ses qualités, La Lune de Jupiter aurait finalement gagné à être plus abstrait.

La Lune du Jupiter est un film soigné, qui s’attaque avec une certaine poésie à un problème très actuel. Si son scénario paraît de prime abord très original, sa mise en place suit un peu trop les sentiers balisés de la rédemption. Mundruzcó tente un numéro d’équilibriste entre séquences spectaculaires et intimistes, et confère à son film un rythme bâtard. Reste une histoire touchante entre deux personnes qui n’étaient pas amenées à se rencontrer, portée par des acteurs convaincus.