Critique

Critique Le Règne des Super-héroïnes : que vaut le documentaire de Toonami ?

Cinéma

Par Julie Hay le

De Wonder-Woman à Harley Quinn, les personnages féminins sont nombreux à évoluer dans les comics et sur le grand écran. Pourtant, les bandes dessinées étant initialement adressées à un public masculin, elles avaient souvent le rôle de faire valoir. Le Règne des héroïnes promet de revenir 80 années d’histoire chez Marvel et DC.

© Toonami

Depuis plusieurs années maintenant, les super-héros ne s’écrivent plus uniquement au masculin. Si les super-héroïnes existent depuis longtemps – 1941 pour Miss Fury – elles commencent seulement à s’imposer sur le grand et le petit écran. Co-réalisé par Xavier Fournier et Frédéric Ralière, le Règne des super-héroïnes nous offre une plongée dans l’histoire des comics aux côtés de ceux qui les ont créés. Grâce à de prestigieux intervenants et intervenantes, comme l’autrice Trina Robbins qui a notamment travaillé sur Wonder-Woman ou encore Mélanie Boisseau, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles, le long-métrage porte un regard historique sur l’évolution de ces personnages de papier. De l’influence des mouvements politiques sur les comics, en passant par la volonté du cinéma de s’emparer de ces phénomènes, le documentaire promet de dépoussiérer cette vieille conception qui juge que les comics sont essentiellement une histoire d’hommes. Elles sont d’ailleurs nombreuses à mettre en images et écrire les aventures des personnages iconiques comme Wonder-Woman, Black Widow et Supergirl.

Une fresque historique ambitieuse et gonflée d’espoir

Pour mieux comprendre les défis qui attendent encore ces personnages, Le Règne des Super-Héroines s’intéresse aux événements historiques et sociétaux qui ont inspiré les créateurs de comics. Black Widow, personnage iconique des Avengers, est apparue dans les comics avec la guerre froide. Ce personnage, d’abord profondément malveillant, a petit à petit évolué pour devenir une héroïne dans les comics et sur le grand-écran. De la même manière, 7 ans après la mort de Martin Luther King, Marvel dévoile Tornade, sa première super-héroïne afro-américaine. Sous la houlette de Chris Claremont, le personnage va prendre de plus en plus de place pour finalement devenir leader du groupe. “Les réactions des lecteurs était variées, ils disaient pourquoi vous écrivez autant de filles. L’idée a toujours été de regarder ces personnages, non pas comme des archétypes mais comme des gens qui peuvent grandir, changer et vous surprendre” confie Chris Claremont. Ces évolutions sont d’ailleurs très notables sur le personnage de Jean Grey qui en quelques numéros est devenu le personnage le plus puissant de l’univers avant de détruire un monde et de tuer plus de 6 milliards d’êtres. “La chose intéressante avec les personnages féminins, c’est qu’ils étaient nouveaux et que les lecteurs n’en attendaient rien. Leur évolution pouvait être plus spectaculaire, alors que changer Cyclope était un défi. Jean, quand j’en ai eu fini avec elle, était totalement réinventée.”

Sur le petit et le grand écran, l’évolution des personnages féminins est aussi très liée aux phénomènes de société. Le reflet de ces changements s’observe notamment avec la série télévisée Wonder-Woman. Comme l’explique Mélanie Boisseau dans le documentaire, le personnage incarné par Linda Carter apparaît alors que des mouvements de lutte pour le droit des femmes émergent aux États-Unis. “C’est une série qui impose un agenda féministe très clair avec une Wonder-Woman qui nous dit que le Matriarcat va sauver le monde”.

Plus tard, c’est Jessica Jones qui s’investit d’un nouveau message, à l’ère post #MeToo. Si elle ne se revendique pas féministe, la super-héroïne permet d’aborder de nombreuses thématiques autour du consentement. Elle bouleverse aussi les codes en refusant le costume et en mettant ses pouvoirs au service d’une vendetta personnelle contre le Killgrave. “Que ce soit au cinéma ou dans la vraie vie, il y a toujours ce truc-là d’une femme ça doit sourire, ça doit être gentil et mignon, Jessica Jones elle refuse tout ça. C’est une série très moderne” confie Mélanie Boisseau.

Mais ce qui fait la force du Règne des Super-Héroïnes, c’est sans aucun doute la place que le documentaire accorde à toutes celles qui ont rendu possible l’apparition de ces personnages, aussi bien qu’à celles qui s’y sont identifiées au fil des années. À travers plusieurs interviews, le documentaire revient sur l’impact que peuvent avoir les héroïnes sur leurs lectrices. De nombreuses cosplayeuses abordent notamment la manière dont Captain Marvel, Wonder-Woman où même Harley Quinn leur ont permis de s’assumer.

En un peu plus d’une heure et demi, Le Règne des Super-héroïnes dresse un tableau réaliste et plein d’espoir de l’univers des comics. C’est sans aucun doute un film à voir pour tous les amateurs de comics.  Le documentaire sera diffusé ce lundi 24 mai sur la chaîne Toonami à 20h55.

Notre avis

Gourmand en anecdotes en tous genre, Le Règne des super-héroïnes est une mine d'or d'informations pour les amateurs de comics. En plus d'une heure et demi, le documentaire retrace 80 ans d'histoire des personnages féminins sur le papier, jusqu'à leur arrivée sur le grand écran. C'est à ne pas manquer.

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