Il y a cinq ans, Amazon annonçait avoir acquis les droits du Seigneur des Anneaux. Bien décidé à se faire une place dans le secteur de la SVOD, le géant du e-commerce commençait à plancher sur une série inspirée de l’univers de J.R.R Tolkien.
L’aura de la saga littéraire est indiscutable, tout comme celle des films de Peter Jackson, Amazon Prime Video veut en faire son fer de lance. Elle joue néanmoins la carte de la prudence, en s’éloignant de presque tout ce que cinéaste a touché du doigt avec ses deux trilogies. Consciente qu’elle se mettrait en position de vulnérabilité en cas de comparaison, la plateforme préfère explorer de nouveaux horizons. Direction donc le deuxième âge, plusieurs milliers d’années avant les aventures de Frodon Sacquet et son ami Sam.
À une époque de paix relative, un mal endormi se réveille. Galadriel s’est donnée pour mission de le traquer sans relâche. Des profondeurs des Monts Brumeux aux forêts majestueuses de la capitale Elfique de Lindo en passant par l’île de Numenor, les personnages bâtiront des légendes qui continueront d’exister longtemps après leur mort.
Dispersion !
Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’anneau repose sur une trame narrative somme toute assez simple. Les aventures de Frodon débutent sur une quête à travers La Terre du Milieu alors que ce dernier doit détruire L’anneau Unique à la Montagne du Destin. En chemin, il croise la route de plusieurs personnages héroïques qui l’aideront dans sa quête. C’est le récit médiéval revisité, une mission biblique et arthurienne d’une efficacité redoutable.
Pour éviter la redite, Les Anneaux de Pouvoir débute d’une tout autre manière. La narration sera éclatée, dispersée à travers l’espace, mais pas le temps rassurez vous. C’est néanmoins Galadriel, cantonnée au rôle de conseillère dans les romans et les films, qui avance en tête de troupe.
Le reste de son armée est composée de protagonistes issus des romans et des ouvrages dérivés, ou qui ont été purement et simplement créés pour les besoins de la série. En résulte une série chorale qui n’est pas sans rappeler la dynamique adoptée par une autre épopée médiévale à succès. On vous laisse deviner.

L’approche d’Amazon n’en est pas moins intéressante puisqu’elle permet d’explorer en détail tous les pans de l’intrigue globale, sans pour autant accuser la moindre perte de rythme. Dans les deux épisodes que nous avons pu découvrir, c’est particulièrement vrai. Menée tambour battant, cette ouverture est d’une efficacité redoutable.
Si la profusion de lieux et d’enjeux peut en dérouter certains, la stratégie d’Amazon de diffuser les deux premiers volets dès le premier jour permettra sans doute de les rassurer. Il faut s’attendre à ce que tous ces bastions, éparpillés aux quatre coins de la Terre du Milieu, se retrouvent pour la bataille finale.
Les ingrédients d’une bonne saga épiques sont là, même si la mise en place donne parfois un peu le vertige. Rapidement, les choses avancent dans le bon sens et l’on retrouve la tendresse de l’univers imaginé par Tolkien, mais aussi les recoins plus sombres d’un monde gangrené par le mal et la quête de pouvoir. Une tonalité très solennelle, qui s’oppose parfois à des élans de légèreté et d’humour. Différentes inspirations qui cohabitent plutôt que de lutter pour prendre le dessus.

Un tableau entre ombre et lumière qui s’accorde tout à fait avec l’idée que l’on se fait de la licence Le Seigneur des Anneaux. La fantasy dans son plus simple appareil, ponctuée d’enjeux colossaux et peuplée de personnages tranchés. Le récit consacre d’ailleurs beaucoup de temps à expliquer le parcours de chacun. Cette galerie de protagonistes est plutôt attachante, on a hâte de découvrir ce que la narration leur réserve.
Elle embrasse d’ailleurs largement la dimension épique mais aussi biblique des œuvres de Tolkien, de l’exil à la destinée, aucune thématique n’est oubliée. Les créateurs John D.Payne et Patrick Mackey connaissent leur matériau de base sur le bout des doigts, les créateurs sont bien décidés à lui rendre hommage. On notera que l’on a pas encore découvert tous les lieux qui seront explorés au cours de cette saison. Tout le volet sur Numenor est absent des deux premiers épisodes que nous avons pu découvrir.
Les six épisodes suivants devraient véritablement lancer les hostilités. Ne vous y trompez pas, les aventures de nos personnages ne seront pas clôturées en huit petits épisodes, une deuxième saison a déjà été commandée. Amazon prévoit d’ailleurs de consacrer pas moins de cinq saisons à cette épopée en Terre du Milieu.
Le nerf (optique) de la guerre
On le sait depuis un moment, Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir a coûté son pesant d’or. Rien que pour la production de la première saison, la plateforme SVOD a déboursé pas moins de 465 millions de dollars. Elle devient ainsi la série la plus chère jamais produite. Pourtant, au visionnage des premières bandes-annonces, les craintes étaient grandes chez les fans. Couleurs trop criardes, manque de texture, le public n’a pas été tendre à l’égard de cette production pourtant très ambitieuse.
Dès les premiers instants, la série réalisée par Juan Antonio Bayona, Wayne Yip et Charlotte Branström s’évertue à nous donner tort. Après des flashbacks époustouflants, la série explore tous les recoins de la Terre du Milieu. Elle s’attache à nous immerger au cœur ce voyage à travers les paysages envoûtants issus de l’imaginaire de l’écrivain anglais. Des vallées baignées de lumière aux immensités glacées, chaque lieu s’impose devant nos yeux médusés.
Un travail d’orfèvre qui, s’il n’est pas le seul argument de la série, participe grandement à faire de Les Anneaux de Pouvoir une expérience d’émerveillement total. L’esthétique est le nerf de la guerre pour Amazon, tout ici respire l’ampleur. Les réalisateurs ne se limitent pas à des plans resserrés pour économiser des VFX, ils placent leurs personnages dans des tableaux grandioses qui prennent vie. Le cadrage est étudié pour faire émerger une esthétique soignée, pleine de nuances.

Les cinéastes jouent avec les décors virtuels et réels, l’immersion est totale. Après tout, l’univers créé par Tolkien ne méritait pas moins. Si l’esthétique est plus lumineuse que pour la saga de Peter Jackson, Les Anneaux de Pouvoir trouve sa patte au sein d’un lore pourtant très balisé. On retrouve les plans très large inspirés de ceux de Jackson, où le sujet vient de positionner pile à l’endroit parfait pour faire de cette scène un véritable tableau, un plaisir pour les rétines.
Reste que l’arrivée tardive des orques ne nous a permis de se rendre compte de la manière dont Les Anneaux de Pouvoir devrait flirter parfois avoir le gore et l’horreur. Ce que l’on a déjà vu est plutôt encourageant. Ils s’offrent une petite cure de jouvence, progrès obligent ils deviennent plus réalistes. On les a seulement aperçu pour l’instant, mais le résultat semble être bien au delà de nos attentes.
On notera que si l’aspect “goofy” de ceux de Peter Jackson ajoutaient un peu de crade à l’esthétique de la saga, ils s’investissent ici d’une nouvelle aura, plus effrayante et on doit bien l’avouer un peu moins susceptible de nous filer la nausée. Même s’il ne faut évidemment pas jouer au jeu des sept différences, on notera que l’ambiance est tout à fait différente de celle de la trilogie du début des années 2000.
Si Les Anneaux de Pouvoir convoque toute la dimension épique du récit, à grand coup de ralenti, la série tend aussi à se créer sa propre identité et à se détacher des œuvres de Peter Jackson. L’estampille Le Seigneur des Anneaux, presque aussi grosse que celle Les Anneaux de Pouvoir, la contraint en revanche à une certaine rigueur dans le traitement de l’univers. Quelques changements sont néanmoins au programme de cette adaptation, qui on le rappelle ne peut jamais être une traduction littérale du récit sur le papier.
Les créateurs doivent faire des choix, que ce soit du côté de la représentation ou même de la narration elle-même. Des choix assumés et éclairés pour les deux showrunners, qui semblent avoir tout de même à cœur de ne pas trahir l’univers de l’écrivain britannique, aussi dense soit-il.

Du côté de l’action, car il y en a évidemment, là aussi la copie est tout à fait satisfaisante. Le premier épisode frappe fort avec un combat millimétré et très efficace. Le sang gicle, la caméra virevolte, et les spectateurs en prennent plein les yeux. La séquence d’ouverture nous a particulièrement marqués, car elle rassemble toutes les qualités nécessaires à la réalisation d’un tel récit. On attendra des affrontements plus dantesques pour se prononcer tout à fait, après tout c’est l’essence même du Seigneur des Anneaux.
Au son des clairons
Qui dit Le Seigneur des Anneaux, dit évidemment Howard Shore. Le compositeur a fait naître au début des années 2000 des thèmes musicaux légendaires, qui ont grandement participé au rayonnement de la saga. De “Concerning Hobbits” à “The Breaking of the Fellowship”, ce sont autant de titres instrumentaux propulsés au rang de partitions iconiques.
Quand une série inspirée du Seigneur des Anneaux a été annoncée, nombreux sont les fans à avoir espéré un retour du roi à la musique. Le projet ne lui a pas été confié, le compositeur a préféré céder sa place à un autre. Rassurez-vous, il n’a pas tout à fait déserté la Terre du Milieu. C’est tout de même lui qui a composé le générique. Véritable moment clé d’une série, l’ouverture de la série est admirablement soulignée par la musique inédite de Howard Shore.

Ensuite, c’est Bear McCreary qui a pris les commandes. Le compositeur a une certaine expérience sur le petit écran puisqu’il a signé les différentes musiques originales de la série Fondation sur Apple TV+. Ici, il fait preuve du même talent pour construire une identité sonore et cohérente pour Les Anneaux de Pouvoir. Parmi les musiques les plus marquantes, on notera que ce sont “Galadriel” et “Khazad-Dûm” qui ont le plus résonné dans nos cœurs de passionnés de fantasy.
Après deux épisodes, il est évident que la série Amazon Prime Video a réussi à conquérir nos cœurs d’amateurs de fantasy. Alors que huit épisodes sont au programme de cette première saison, on attend avec impatience de découvrir ce que Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux Pouvoir nous réserve. La série a remporté la bataille, mais n’a pas encore gagné la guerre. Verdict dans quelques semaines.