Il y a des films dont on espère encore un second opus (coucou Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E.) et d’autres qui accouchent d’une suite alors que personne ne la demandait. C’est donc tout naturellement dix ans après que De l’autre côté du périph, buddy movie oubliable et oublié, mais fort de deux millions d’entrées à l’époque, a droit à son nouveau chapitre intitulé Loin du périph.
Tandis qu’Omar Sy et Laurent Lafitte reforment le tandem, Louis Leterrier (Insaisissables, Le Transporteur I et II) remplace David Charhon derrière la caméra pour ce projet estampillé Netflix. Et si vous vous demandez le pourquoi du comment, on pourrait vous dire que deux de ses trois noms bossent déjà avec la plate-forme de streaming pour la série Lupin et que le service SvoD s’est engagé pour produire davantage de made in France, mais on ne veut pas faire de mauvais esprit. Vous remarquerez que la phrase précédente porte sur la quantité des projets et non sur la qualité. Indice.

Dix ans se sont passés depuis qu’Ousmane Diakité, policier de la section financière de Bobigny, et François Monge, capitaine de la police criminelle de Paris, croisaient leurs univers. Le premier a monté les échelons tandis que le second croupit dans un commissariat d’arrondissement. Un meurtre violent va les obliger à retravailler ensemble, les éloignant de la région parisienne pour les envoyer dans une petite ville des Alpes où l’ambiance n’est pas à l’accueil des étrangers.
Mauvais garçons
Loin du périph s’amuse à inverser les rôles pour recréer l’ambiance d’un pur buddy movie où deux personnalités contraires, mais finalement complémentaires, s’entraident. Tandis qu’Omar Sy se la joue Will Smith en s’assurant la partie charme et action, Laurent Lafitte incarne un Martin Lawrence arrogant, drôle malgré lui. Un côté Bad Boys donc, avec son lot d’action et d’humour, ingrédients obligés du genre. L’arrivée de Louis Leterrier à la barre sonne dès lors comme une évidence, le réalisateur français ayant l’expérience de ce genre de production à l’américaine.

Pour donner un peu de matière, le scénariste Stéphane Kazandjian (réalisateur de Bad Buzz quand même) décide d’immerger le duo dans des sujets d’actualité en les envoyant dans une petite ville d’extrême-droite où l’arrivée d’Ousmane ne va pas passer inaperçue. L’occasion pour le film de tourner à fond autour du racisme, tout en s’autorisant quelques vannes sur la société post-#MeToo. À ce jeu-là, c’est évidemment Lafitte qui s’accapare le beau rôle, jouant en toute décontraction l’homme blanc privilégié constamment en décalage malgré lui avec le politiquement correct. Loin du périph affiche fièrement sa pancarte « film impertinent ».
Il ne suffit pas de ressembler à Cetelem pour faire du Cetelem
Sauf que toute l’entreprise empeste fortement le vestiaire d’une équipe de rugby après match. Une odeur faisandée pardonnable pour peu que le projet ait au moins fait semblant d’être honnête ; mais rien ne transpire la sincérité. À commencer par son duo d’acteurs. Si vous appréciez Omar Sy et Laurent Lafitte (ce qui est notre cas, en soit), alors vous en aurez pour leur argent puisque vous aurez droit à… Omar Sy et Laurent Lafitte avec menu entrée, plat, dessert tant ils se contentent de jouer les rôles qu’ils pratiquent depuis des années. Une impression de redite qui se couple avec un sentiment persistant d’un manque d’enthousiasme dans leurs retrouvailles. Acteurs comme spectateur, même combat : cette envie d’être ailleurs.

Derrière ses faux airs de film cool, drôle et mouvant, Loin du périph est surtout, encore une fois, un métrage remplissant le cahier des charges pour la ferme à contenu qu’est Netflix. Un pur produit de consommation qui trouvera son public sans avoir besoin de fournir le moindre effort pour sortir du lot. On mange, on digère et on passe au repas suivant.
Le scénario est à ce point paresseux qu’il n’arrive même pas à renouveler ses vannes, Lafitte étant piégé dans une boucle sans fin qui le voit alterner esprit machiste et impérialisme blanc, son personnage n’ayant aucun autre rôle à jouer. Un humour répétitif qui ne décrochera qu’un ou deux sourires puisqu’il semble sorti du petit manuel des blagues de tonton gênant. Elles sont attendues, téléphonées et on y a droit à chaque repas de famille.
Quant à l’action, Louis Leterrier fait preuve d’énergie pour secouer son scénario amorphe à grand coup de drone et d’autres jouets qu’il a usé dans The Mandalorian. Celui qui vient de signer pour Fast X veut montrer qu’il peut faire du grand spectacle même sur les petites routes de France. Sauf que la supercherie ne prend pas, le mouvement n’étant qu’illusion, faussement crée par une multiplication des plans et un montage haché. Là encore, la quantité prime sur la qualité.
Loin du périph ne parvient pas à camoufler bien longtemps son statut de production commandée pour enrichir un catalogue qui se fiche bien du moment passé, tant qu’on le passe sur la plate-forme. Il n’y a pas que le périph qui est loin, le plaisir aussi.
