Critique

[Critique] “Miss Peregrine et les enfants particuliers”, un pur conte burtonien

Cinéma

Par Elodie le

Il n’est pas facile d’adapter un best-seller à l’univers aussi fort lorsque l’on est soi-même un réalisateur à la griffe reconnaissable entre toutes. En adaptant Miss Peregrine et les Enfants particuliers, Tim Burton a-t-il réussi à dompter l’œuvre pour la faire sienne ?

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Enfant, Jacob (Asa Butterfield) vouait un véritable culte à son grand-père qui lui racontait les récits fabuleux de son enfance dans un orphelinat. Éloigné de la Pologne par sa famille qui voulait le protéger des monstres qui y sévissaient (les nazis), Abe (Terence Stamp) a grandi sur une île du Pays de Galles entouré d’enfants « particuliers » — une fillette à la force surhumaine, l’autre qui lévitait, un garçon invisible ou des jumeaux à l’aspect étrange — et sous la protection de Miss Peregrine (Eva Green).

Devenu grand, Jacob en déduit que ces histoires n’étaient que des contes de fées et son grand-père un gentil illuminé. Mais à la mort de ce dernier, il décide de se lancer dans une quête éperdue pour la vérité, sur les traces des enfants « particuliers ».

Un conte burtonien à souhait

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S’il n’existait pas, Tim Burton l’aurait probablement inventé. Miss Peregrine et les Enfants particuliers semblait attendre que le maestro se penche sur son berceau. Quatre ans après Dark Shadows, le réalisateur américain revient à ses premiers amours avec l’adaptation du best-seller de Ransom Riggs, mais aussi à des thématiques qui lui sont chères : le passage à l’âge adulte, les freaks, les marginaux, véritables héros d’un monde qui les rejette, etc.

Une œuvre plus difficile à adapter qu’il n’y parait puisqu’elle bénéficie déjà d’une imagerie très forte. L’auteur du roman s’est en effet inspiré de photographiques anciennes pour tisser des histoires autour de ces personnages anonymes capturés sur papier glacé. Il est assez fascinant de constater à quel point Tim Burton est resté fidèle à l’esprit du bouquin et à ses personnages, malgré quelques adaptations scénaristiques opérées pour les besoins du film.

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Miss Peregrine et les Enfants Particuliers est à ce titre un véritable conte burtonien. Ce qui peut paraitre étrange puisque l’œuvre originale s’éloigne quelque peu de l’univers gothique, voire plutôt expressionniste, privilégié par Burton, pour flirter avec des références à la Famille Adams et X-Men (Miss Peregrine et son orphelinat d’enfants particuliers rappelle l’école du professeur Xavier et ses élèves tout aussi particuliers), à l’époque victorienne et au film Un jour sans fin (le même jour qui se répète inlassablement).

Tim Burton en terrain connu

Toutefois, le film porte indubitablement sa patte : du générique, volontairement sombre et immédiatement contrebalancé par les premières images du film saturées de lumière, au personnage principal, jeune adolescent blasé et solitaire qui ne distingue plus le rêve de la réalité, en passant par les marginaux « particuliers », le manoir gothique ou encore les monstres.

Le film est volontairement coupé en deux : d’un côté le monde réel et la vie morne et terne de Jacob, adolescent coincé dans une banlieue résidentielle de Floride (autrement dit, l’enfer sur Terre pour Tim Burton), que la mort de son grand-père va venir bouleverser. De l’autre, un univers flamboyant et fantastique aperçu dans les récits de son grand-père et dans lequel Jacob tombe comme par magie, à la manière d’Alice dans son pays des merveilles.

Il n’en fallait pas plus pour que Tim Burton donne libre cours à sa folie visuelle et photographique : un bestiaire soigné, un monde coloré, empreint de magie, à laquelle les enfants particuliers ne sont pas étrangers, où se mêlent les inspirations gothiques de cinéastes avec celles, victoriennes, de Riggs. Le cinéaste offre même un clin d’œil appuyé à Edward aux mains d’argent et son jardin animalier.

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Le spectateur est immergé dans cette « boucle » temporelle stoppée dans les années 40 et n’en sortira qu’au dénouement final. On peut d’ailleurs remercier Tim Burton d’avoir volontairement choisi d’utiliser le moins d’effets spéciaux possible pour privilégier de vrais effets physiques, loin de l’overdose visuelle d’Alice aux pays des merveilles par exemple. Le film n’en est que plus réaliste et captivant.

Une fidélité à toute épreuve ?

Alors oui, certains diront que Burton fait du Burton, mais ils ne pourront pas lui reprocher d’avoir cannibalisé l’œuvre originale. On regrettera tout de même une fidélité exemplaire qui laisse peu de place aux dérapages scénaristiques qui ont contribué à sa renommée. Certains pans de l’histoire restent également en suspens : qui sont ces enfants, d’où viennent-ils, comment ont-ils développé ou reçu ces pouvoirs particuliers, quel est leur quotidien dans ce loop immuable, etc. ?

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Si le casting est excellent, avec Eva Green (Casino Royale, Sin City), toujours parfaite dans ce type de rôle (de Dark Shadow et Penny Dreadful), Asa Butterfield (Hugo Cabret, La Stratégie Ender), ou Ella Purnell (Maléfique, Tarzan), j’avoue ne pas avoir compris l’intérêt de s’offrir Judi Dench pour lui confier un rôle aussi… mineur. Quant à Samuel L. Jackson dans le rôle du méchant Barron, il verse parfois dans la caricature, un semblant de sobriété aurait rendu son personnage encore plus inquiétant.

Notons que si vous ne connaissez pas Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, le bouquin, ne vous laissez pas duper par le mot « enfants » en vous disant : chouette un petit conte mignonnet pour enfant. Que Nenni ! Les monstres sont véritablement flippants. À ce titre, si Tim Burton voulait angoisser petits et grands enfants, c’est réussi. Avec Miss Peregrine et les enfants particuliers, Tim Burton opère un savoureux retour aux sources avec ce film singulier, sans être totalement burtonesque.


Session de questions-réponses avec Tim Burton lors de sa venue à Paris pour présenter son nouveau film :

Et pour les amoureux de la série, le recueil des Contes des Particuliers, auquel font références les personnages du roman dans le Tome 2, sortira le 26 octobre prochain.