Critique

Critique : Monuments Men, colosse aux pieds d’argile

Cinéma

Par Elodie le

5e film de George Clooney en tant que réalisateur, Monuments Men raconte l’histoire vraie de ces hommes et femmes qui ont entrepris la plus grande chasse au trésor du XXe en se lançant à la poursuite des trésors artistiques de l’humanité dérobés par les nazis. Le film s’inspire de leur histoire à travers 8 personnages et veut rendre hommage à ces héros de l’histoire. Mister George s’est-il montré à la hauteur ?

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Comment faire un film sur la Seconde Guerre Mondiale quand tant de choses ont été écrites et faites sur le sujet ? En se différenciant. Ici, Clooney s’attache à conter un fait méconnu de cette guerre : la création le 23 juin 1943 de la Commission américaine pour la protection et le sauvetage des monuments artistiques et historiques en zones de guerre, qui prévoyait d’envoyer des hommes et des femmes, que rien ne prédestinait à être enrôlés dans l’armée, sur les traces des œuvres volées par les nazis afin de les restituer à leurs propriétaires d’origines mais également de préserver autant que possible le patrimoine culturel des villes ravagées par les combats.

Critique sans spoilers

Peut-être parce que George Clooney est à la manette mais cet opus fait penser à un savant mélange de trois films, non pas dans le résultat mais dans l’esprit : Ocean Eleven, Inglorious Basterds et Indiana Jones. Du début du film qui sert de prétexte à former le casting de ceux qui deviendront les Monuments Men – George part à la recherche du gang parfait et pioche parmi ses potes et connaissances, dans un leitmotiv “ça ne pouvait être qu’eux” – à la traque des nazis par le groupe scindé en plusieurs binômes afin de récupérer les œuvres volées et cachées par les officiers du régime. Traque qui s’apparente à une véritable chasse au trésor telle que les affectionne notre professeur d’archéologie muni de son dévoué fouet. Il y a un peu de tout ça dans Monuments Men : le sujet historique que l’on veut traiter avec sérieux mais non sans l’humour et l’impertinence chers à Clooney.

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Cette envie se ressent jusque dans le choix du casting – 5 étoiles – et les rôles attribués. George sait s’entourer de sa bande de potes et faire transparaitre cette complicité à l’écran. Chaque acteur semble fait pour son personnage. Jean Dujardin (Jean-Claude Clermont), seul personnage fictif de l’histoire, joue le Français à la perfection, si bien qu’on croirait un Américain qui tente de caricaturer un Français ou alors c’est Jeannot qui tente de se caricaturer lui-même. Passons. La deuxième partie du film étant découpée en scénettes où chaque binôme poursuit son objectif, ces derniers font la part belle aux jeux des acteurs : mention spéciale pour John Goodman, Bob Balaban et Bill Murray.

La bande à Clooney à la poursuite des œuvres dérobées

Le scénario découle d’une histoire vaste et riche relatée dans le roman éponyme de Robert M. Edsel et Bret Witter (Monuments Men, Editions JC Lattès). Scénario qui semble tout droit sorti de l’imagination fertile de quelque auteur de talent que ce soit : imaginez des architectes, artistes, conservateurs, historiens de l’art, universitaires, restaurateurs, etc., laisser de côté leur vie confortable et leur famille pour s’engager, revêtir l’uniforme et risquer leur vie pour l’amour de l’art et si possible restituer les œuvres volées à leurs propriétaires… Évidemment, comme l’auteur le concède lui-même, un écrivain peut écrire autant de pages qu’il veut pour raconter au mieux l’histoire telle qu’elle s’est déroulée, « le cinéaste en revanche peut prendre des libertés avec la réalité pour les besoins de l’histoire, mais il n’a que deux heures pour la raconter ».

Matt Damon

Tout est résumé dans cette phrase. Certains diront que George Clooney a été dépassé par l’ampleur de la tâche à accomplir et du sujet à traiter. Qu’il n’est resté qu’à la surface. Face à cette histoire vraie, quel angle choisir, que faut-il conserver et éluder ? Le résultat final semble parfois inégal, avec de bons moments et d’autres qui restent parfois à la surface des choses là où on aimerait qu’il creuse un peu plus. Le film n’échappe pas à quelques incohérences de ci de là non plus, ni à quelques plans de mise en contexte inutiles. Résultat : il a choisi 6 personnages ayant existé et collaboré ensemble entre 1943 et 1951 au sein de cette Commission qui réunissait 350 hommes et femmes originaires de 13 pays différents. Les aspects essentiels, la réalité historique est préservée : c’est une opération américano-britannique commandée et approuvée par le Président Roosevelt et le général Eisenhower qui a permis la restitution de 5 millions d’objets, dont la grande majorité fut dérobée par les nazis.

Néanmoins, à ceux qui s’attendaient à un 12 years a slave époque Seconde Guerre Mondiale, passez votre chemin, vous allez être déçus. Clooney survole parfois le sujet mais c’est un bon film de divertissement, que petits et grands pourront voir et apprécier, il n’a pas vocation à être un documentaire historique ou un film coup de poing. Ou alors, George ne nous a pas tout dit et s’est complètement planté. Cependant, cela ne signifie pas que le film n’est pas réussi dans son intention.

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Verdict

Monuments Men est un colosse aux pieds d’argile mais c’est un bon compromis. Une bonne entrée en matière, un bon divertissement et pas dans son pendant péjoratif. Il a un aspect historique certain en ce qu’il met en lumière un pan oublié de la Seconde Guerre Mondiale et rend hommage à ses héros de l’ombre dont peu de personnes connaissent l’existence. Parmi eux, Rose Valland, jouée par Cate Blanchett, résistante française méconnue qui a permis de sauver des milliers de toiles lors de son bénévolat au Musée du jeu de Paume en pleine occupation allemande.

Ce film illustre la folie et l’absurdité de ce régime sous un autre aspect. Il montre Hitler (recalé à l’entrée des Beaux-Arts de Vienne) dévoré par une envie boulimique de s’approprier la culture de tout peuple qu’il asservi, jusqu’à leur nier toute existence. Non pas par amour de l’art – le Décret De Néron prévoyait entre autre la destruction de toutes les œuvres dérobées s’il venait à mourir – mais peut-être pour annihiler toute trace de l’histoire qui fut et sera après lui. Les autodafés (livres, œuvres d’art) étaient monnaie courante sous son règne.

Ce film rappelle que la guerre ne s’est pas uniquement gagnée sur les champs de batailles, et qu’elle n’est pas finie. Les erreurs d’hier sont-elles vouées à se répéter ? Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les différents conflits armés nous ont montré que les vestiges architecturaux, les œuvres d’art et les patrimoines nationaux ne sont pas la préoccupation première des belligérants.
Monuments Men raconte une histoire que tout le monde devrait connaitre et donne envie de s’y intéresser davantage. En cela, c’est un film réussi.

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