Critique

Critique : Sans aucun remords, l’avènement d’une nouvelle franchise d’action ?

Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Un Michael B. Jordan tout en muscles laisse exprimer sa rage dans Sans aucun remords, adapté d'un roman du célèbre Tom Clancy. Un film d'action qui pourrait bien lancer une nouvelle saga de genre sur Amazon Prime Vidéo. Du moins, c'est ce qu'il espère. Et nous ?

© Amazon Prime

Dans l’univers de Tom Clancy, on distingue deux personnages : Jack Ryan le cérébral, dont les incarnations à l’écran ne se comptent plus et qui a droit actuellement à une série sur Amazon Prime (le monde est petit…), et John Clarke, son pendant beaucoup plus « rentre-dedans, on discutera ensuite ». Jusqu’à aujourd’hui, ce dernier est surtout apparu à l’écran pour aider son copain Ryan, sous les traits de Willem Dafoe (Danger Immédiat en 1994) et Liev Scheiber (La Somme de toutes les peurs en 2002).

Voyant le potentiel de cet anti-héros, le cinéma cherche à le porter seul à l’écran depuis la sortie d’un roman consacré à son origin story, Sans aucun remords, en 1993. Une attente de longue date, de multiples acteurs évoqués et au final, il aura fallu l’arrivée sur le projet de son acteur principal et (pour la première fois) producteur, Michael B. Jordan, pour lancer enfin la machine. Et le fait que ce film prévu initialement au cinéma se retrouve finalement sur la plate-forme de streaming n’est peut-être pas un mal…

Revenant d’une mission à l’étranger, John Kelly (Michael B. Jordan), un soldat des forces spéciales, est attaqué chez lui. Il survit, mais sa femme enceinte est décédée. En quête de vengeance et prêt à tout, il va tenter de remonter la piste des assassins et de leurs commanditaires avec l’aide de sa supérieure (Jodie Turner-Smith), d’un agent de la C.I.A. (Jamie Bell) et d’un membre du gouvernement (Guy Pearce). En chemin, Kelly ne doit pas oublier une chose : il n’aurait pas dû survivre.

Pour celles et ceux ayant lu le roman d’origine, attendez-vous à de larges différences entre celui-ci et cette adaptation. Liberté peu surprenante tant on sait que chaque adaptation d’un Tom Clancy a usé de la même largesse. Ici, le matériel de base sert davantage à offrir aux scénaristes Taylor Sheridan (Sicario) et Will Staples un support sur lequel gravé leurs propres idées afin d’offrir au protagoniste son univers (pour l’instant) pas partagé avec Ryan. Presque obligé, le terrain de jeu de la guerre du Vietnam pour le Kelly (futur Clarke) se transpose ici sur un territoire contemporain et par la même, intemporel.

Sans aucun remords et sans aucune prise de risque

Niveau scénario, difficile de faire plus générique. Quiconque a déjà vu le moindre film où les mots « gouvernement », « C.I.A. » et « complot » sont énoncés sait exactement ce qu’il va se passer. On suit une route balisée où Kelly va remonter la chaîne alimentaire en suivant le cahier des charges du genre. Et c’est écrit avec une telle application que ça en devient amusant de voir le film tenter de surprendre, alors que même la caractérisation des personnages et les acteurs choisis pour les incarner ne laissent aucun doute sur les motivations réelles. Parce que c’est bien connu, dans un film de complot, le mec le plus sympa est souvent le gentil de l’histoire et vice-versa (non, jamais).

On pourrait dénoncer une maladresse si cela avait été involontaire (et parce qu’on connaît un minimum le talent du scénariste). Or, le scénario de Sans aucun remords n’a qu’un but : créer les prémices d’une saga en évitant justement la moindre initiative malheureuse. On se retrouve face à un scénario fonctionnel de bout en bout, chaque scène, chaque protagoniste ayant un objectif précis sans liberté de dépasser du cadre. Sous cet angle, le long-métrage est une réussite puisqu’il ne fait qu’appliquer une recette qui a fait ses preuves et il le fait bien ; tel un fonctionnaire appliqué accomplissant son travail avant de rentrer chez lui. On aurait voulu mieux, on aurait pu avoir pire.

Michael B. Jordan, castagneur en chef

Si on exclut un scénario qui se contente de faire ce qu’on lui demande, qu’est-ce qui permet d’apprécier quand même l’expérience ? Sans aucun doute la présence de Michael B. Jordan. L’acteur révélé au grand public par Creed a clairement envie de continuer à serrer les poings pour castagner du méchant. Avec sa carrure impressionnante et son charisme animal, il prend littéralement tout l’écran, mâchoire serrée, pour montrer à qui de droit qu’il peut tenir une franchise à lui tout seul. Pari gagné à ce niveau, car même si son personnage n’a pas, pour l’instant, la profondeur pour raconter quelque chose sur plusieurs films, il donne assurément l’envie d’en voir plus. Que voulez-vous, l’adolescent des années 90 en nous aime quand ça bourrine dans tous les coins ; on est faibles.

Attention, néanmoins, faut-il encore que l’action soit bien faite. Là encore, il semblerait que Stefano Sollima (Sicario : la guerre des cartels) soit lui aussi restreint à la propreté. Que ce soit au corps-à-corps ou arme à la main, c’est efficace, mais sans tension. On voit tout (même de nuit), on profite, mais on n’aura jamais ce petit plus qui donnerait un véritable éclat à ses séquences. Un film plus appliqué qu’impliqué en somme. Insuffisant diront certains, c’est déjà beaucoup diront ceux qui ont vu le dernier Bruce Willis sur la même plate-forme.

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Notre avis

Sans aucun remords c'est comme un plat de pâtes avec juste un peu de beurre : ce n'est pas mauvais, mais ça manque quand même un peu de goût. Néanmoins, Michael B. Jordan s'appliquant à casser du vilain par paquet de douze et promettant qu'il fera encore mieux si on lui laisse la chance d'une suite, on a envie d'y croire un peu. On mettra ça sur le compte de la naïveté ou du confinement.

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