Critique

[Critique] Star Trek : Sans limites

Cinéma

Par Pierre le

Star Trek Beyond (traduit en français par Sans Limites) est un film qui se doit de relever moult défis. Il doit fêter dignement les 50 ans de l’auguste saga, continuer à porter un reboot qui en est à son troisième volet, renouer avec les racines de la franchise et plaire à tous. C’est Justin Lin, qui remplace JJ Abrams sur ce coup, qui s’y colle. Et le réalisateur a eu la lourde tâche de surmonter ces épreuves les unes après les autres pour nous livrer un produit maîtrisé, certes, mais un peu bâtard dans le fond comme dans la forme.

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Critique garantie sans spoilers

Beyond nous a promis un retour aux sources. Cette fois, notre équipage en est au même point que dans la série originale, embarqué dans sa mission d’exploration à bord de l’Enterprise. Une mission qui le mènera au centre d’une nébuleuse inconnue pour affronter les dangers d’une menace non répertoriée.

Toute la difficulté de conjuguer l’ancien et le nouveau

Il se dégage un réel feeling “à l’ancienne” de ce Beyond. Un feeling transmis aussi bien par le sujet, qui fait écho à Star Trek III A la recherche de Spock, que par le visuel. Par exemple, une longue séquence contemplative nous ébahit au début du film, qui n’est pas sans rappeler celle du tout premier film (1979), toute mesure gardée. Il est également amusant de repérer tous les petits clins d’œils faits à la série originale ou aux tous premiers films, qui sont légion. Lin est un amoureux de Star Trek et cela se ressent tout au long de l’aventure.

La totalité de l'équipage est de retour
La totalité de l’équipage est de retour

Un aspect découverte qui change beaucoup par rapport aux volets d’Abrams, plus concentrés sur l’action ainsi que sur les affrontements directs. Nos héros sont ici projetés dans l’inconnu, sans repères, confrontés à une menace qu’ils ne comprennent pas et rencontrant des personnages hauts en couleurs. Néanmoins, ce Beyond n’en oublie pas de nous servir des scènes d’action de folie, comme sait si bien le faire Justin Lin.

Enterprise and Furious

Car Lin, en plus de jouer avec l’héritage de la série originale, s’amuse avec celui d’Abrams en nous offrant des scènes que le réalisateur des premiers films aurait pu imaginer, comme un combat spatial dantesque ainsi que des combats au corps à corps. Lin s’amuse tellement avec cet héritage qu’il se permet même de nous mettre quelques lens flare çà et là. Des hommages qui feront crier les Trekkies purs et durs, notamment dans le dernier tiers du film. Lin va même jusqu’à inclure une séquence digne de Fast and Furious (mais avec des vaisseaux) sur une musique des Beastie Boys, l’un des groupes préférés de JJ (et de votre serviteur qui a donc apprécié le moment). Nous sommes encore loin des batailles lentes et tactiques des premiers films, celles qui mettaient en avant le mental, la stratégie et l’ingéniosité plutôt que l’action pure et dure.

L'équipage reçoit l'aide de Sofia Boutella
L’équipage reçoit l’aide de Sofia Boutella

Néanmoins, ce mélange des héritages nous donne un produit final un peu bâtard, mais loin d’être désagréable. Un produit qui mélange action effrénée et scènes plus contemplatives, ce qui nous donne de grosses chutes de rythme. C’est bien là le problème principal de ce Beyond : le rythme mal maîtrisé (et quelques facilités scénaristiques), notamment dû au fait que Lin cherche à donner son heure de gloire à chaque personnage, sans forcément distiller la chose tout au long du métrage, mais en les concentrant tous dans un passage en particulier. Des personnages qui, malheureusement, n’arrivent plus à évoluer. Nous en sommes maintenant au troisième volet, l’équipe est soudée comme jamais et tous ont déjà sauvé le monde par deux fois. Dur pour Lin de continuer à donner une nouvelle épaisseur à l’équipage, surtout qu’il ne s’attarde pas vraiment sur les nouveaux venus. Ce Beyond apparaît plus comme un épisode moderne de la série originale qu’une véritable suite de la saga.

Beyond, c’est surtout des acteurs qui s’amusent comme des petits fous. Le film nous permet de remettre un duo oublié dans les deux premiers films sur le devant de la scène : Bones et Spock. Le cœur et le cerveau de l’équipage dont les aventures sont renforcées par l’alchimie qui se dégage entre Karl Urban et Zachary Quinto. Les autres restent égaux à eux-mêmes et les petits nouveaux, Sofia Boutella et Idris Elba, s’immiscent parfaitement dans ce casting déjà bien fourni. Notre seul regret vient de Chris Pine, qui échoue à apporter quelque chose de nouveau à son personnage.

Le duo Bones/Spock fonctionne à merveille
Le duo Bones/Spock fonctionne à merveille

Verdict

Beyond veut trop bien faire. Et en voulant trop bien faire, en voulant parler à tous les publics, il se perd un peu en cours de route. Ayant le cul entre deux chaises, le film tente de parler aux Trekkies comme aux profanes, sans forcément arriver à ses fins. Néanmoins, l’amour de la franchise et la volonté de lui donner une nouvelle impulsion transparaît à chaque seconde. Si Justin Lin échoue à remplir complètement ses objectifs, il nous livre tout de même un film plaisant, sincère, qui n’ennuie pas une seule seconde. Dommage, nous aurions aimé juste un peu plus.

Star Trek : Sans limites, en salles le 17 août prochain