Critique

Critique : Terminator – Genisys

Cinéma

Par Mathieu le

Quel pari risqué que de réaliser un Terminator, 12 après le dernier long-métrage avec Arnold Schwarzenegger (et sans compter l’épisode Renaissance, un peu à part dans l’univers) alors que de nombreux fans de la première heure restent persuadés que de ne pas confier les rênes à James Cameron est déjà un délit. Il faut bien avouer que depuis Terminator 2 – Le jugement dernier, sorti en 1991, nous n’avons jamais retrouvé la puissance et l’atmosphère que nous procurait cet univers (pas même dans la série de deux saisons, Les chroniques de Sarah Connor). Et ce n’est pas la vidéo de James Cameron himself qui nous assure que “c’est un nouveau souffle pour la série, c’est une renaissance. Terminator Genisys est en fait le véritable troisième épisode de la saga.” qui nous rassure vraiment. En tant que fan boy, j’étais divisé entre deux émotions : l’impatience et la crainte. Mais alors, que vaut véritablement ce cru 2015 des machines du futur ?

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Des idées intelligentes, beaucoup d’incohérences

Pour ceux qui adorent Terminator 1 & 2, vous allez, je pense, aimer la première demi-heure du film. Des références et des clins d’œil en veux-tu en voilà composent cette première partie, qui tente donc de nous faire rentrer dans ce nouvel univers, tout en nous expliquant comment nous allons oublier tout ce qui a été fait auparavant (et ne me dites pas que je vous spoil, tout est montré dans les bandes-annonces). Laeta Kalogridis et Patrick Lussier, les deux scénaristes ont réussi à trouver comment nous faire “oublier” Skynet et les deux premiers T-800 et T-1000 qui ont été envoyés dans le passé. Pour vous résumer, sans vous gâcher la surprise, Sarah Connor est déjà au courant de la venue de Kyle Reese (le futur père de John Connor) et est bien aidé par celui qu’elle appelle affectueusement Pap’s, à savoir son T-800 de Schwarzenegger. De ce fait, tout ce qui était censé se dérouler et tout ce que nous connaissons de la saga, n’existe plus et les événements qui devraient suivre, à savoir notamment Le jugement dernier, sont remis en cause. Et c’est justement cette approche qui est intelligemment amenée et diffusée au spectateur. Sans être trop compliqué, on comprend rapidement comment il est possible que le scénario soit tant bousculé par rapport aux idées originales de Cameron. Alan Taylor, le réalisateur de cet épisode, que l’on connait notamment pour Thor : Le monde des ténèbres ou ses participations à des séries comme Mad Men, Game of Thrones ou Les Sopranos a conçu un long-métrage débordant d’idées nouvelles, mais également d’incohérences. Si je ne peux évidemment pas vous les révéler, sous peine de vous gâcher le plaisir de les découvrir par vous-mêmes, sachez qu’à plusieurs moments je me suis surpris à me demander “Est-ce sérieux ?”. En effet, si avoir des idées est intéressant, TOUTES les appliquer l’est beaucoup moins. Vous vous retrouverez parfois en face de situations assez loufoques et je pourrais même dire presque à côté de la plaque. Certaines scènes qui ne sont ni dignes d’intérêt ni cohérentes avec le travail de Cameron, ce n’est jamais bon signe…

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Un rythme étrange

Alors, sachez tout d’abord que lorsque je dis “étrange”, je ne veux pas dire faible ou mauvais. Je veux dire qu’il n’est pas logique avec ce que doit être un Terminator. Oui, Genisys est un pur divertissement avec de l’action à l’état brut, des effets spéciaux à couper le souffle et un univers de science-fiction maîtrisé. Néanmoins, ce n’est pas du tout ce que l’on attend lorsqu’on regarde cette saga. Que l’on soit clair, j’estime qu’un Terminator, ce n’est pas un Marvel et qu’on ne doit pas se sentir comme face à un long métrage de super héros. Pourtant c’est bien cette sensation qui prévaut à la fin de la projection. On peut oublier le côté obscur, cette sensation d’urgence qui domine et le sentiment que le compte à rebours ne peut être arrêté. C’est ce qui faisait le charme, j’estime, des opus de James Cameron. Pourtant, si Iron Man avait remplacé Arnold Schwarzenneger, il n’y aurait rien eu de surprenant. Oui, c’est à la mode en ce moment. Oui, beaucoup de personnes aiment ce type de film qui privilégie la force brute à un certain décalage, à une réflexion et au calme avant la tempête. Mais non, ce n’est pas ce que l’on attend d’un Terminator. S’il faut savoir vivre avec son temps, je suis perplexe quant à la tournure qu’a pris ce nouvel épisode qui décide donc de vous en mettre plein les yeux, le tout avec très peu de pauses, sans pour autant complexifier et développer ses personnages et les relations qui les lient. Alors que Mad Max a retrouvé une nouvelle jeunesse récemment tout en gardant ses forces anciennes, Terminator : Genisys préfère emprunter une nouvelle voie, qui ne satisfera pas les puristes, mais qui pourrait néanmoins ravir les nouveaux venus.

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Un casting très moyen

Autre point qui m’a dérangé, c’est le choix des acteurs de ce nouveau film. Emila Clarke (Game of Thrones) en Sarah Connor, cela aurait pu être bien. ,Mais j’ai trouvé l’actrice britannique de 28 ans en deçà de ce à quoi je m’attendais. Elle ne réussi, à mon sens, jamais à prendre l’envergure que devrait être la sienne, surtout dans un rôle si important pour un personnage devenu culte. Jai Courtney (Die Hard V, Divergente 2) qui incarne Kyle Reese est loin, très loin de la hauteur de nos espérances. Aucun charisme, pas très bon acteur, je n’ai pas été emporté par son interprétation, loin de là. Comment est-ce possible de confier un rôle aussi important à un acteur qui n’a jamais fait ses preuves ? J’aurais tellement vu Jake Gyllenhaal ou Charlie Cox (Daredevil) dans ce rôle. Jason Clarke (La planète des Singes : l’affrontement) qui incarne John Connor s’en tire plutôt bien. Quant à Matt Smith (Doctor Who), je ne peux pas vous donner trop de détails sur son rôle, mais on va dire qu’il sauve un peu le tout. Bien évidemment, le plus important, c’est de savoir ce qu’il en est pour Arnold Schwarzenegger. Et bien sachez qu’il m’a, encore une fois, épaté. Toujours aussi juste et drôle, l’acteur autrichien de 67 ans porte à lui seul ce film. Un seul petit bémol, le réalisateur a voulu trop en faire avec lui et on aurait aimé qu’il soit plus discret (comme dans Terminator 2, son meilleur) et qu’il ne sorte pas une blague toutes les 3 répliques. Si, comme beaucoup de fans, j’apprécie le ton qui est le sien dans son rôle de T-800, j’aurais aimé qu’on n’en fasse moins avec lui. Il est clair que le long-métrage marche en grande partie grâce à son charisme et à ses tours de force.

Conclusion

Vous faites partie des adorateurs de Terminator 1 & 2 et vous espérez que ce Genisys marque le retour au top de la machine de guerre du futur la plus adulée de tous les temps ? Malheureusement, ce ne sera pas pour cette fois. Trop imprécis et déstabilisé par un rythme qui ne devrait pas être le sien, Terminator : Genisys ne trouve pas non plus ses forces dans son casting, qui, mis à part Schwarzenegger, n’a rien de transcendant. Cependant, si vous voulez allez voir un divertissement à l’état pur comme ce que les derniers films de super héros peuvent vous procurer, vous adorerez cet opus, qui peut effectivement être considéré comme le troisième Terminator dans la chronologie, mais qui se classe trop loin derrière ceux de James Cameron, le créateur de l’univers, pour nous faire rêver à nouveau. Il reste désormais à savoir ce que cette saga va devenir et si nous sommes vraiment repartis pour une nouvelle trilogie. Si tel est le cas, j’espère qu’ils puiseront un peu plus dans la noirceur qui fait le charme du monde post-apocalyptique de Terminator et qu’ils éviteront de vouloir transformer notre T-800 adoré en une espèce de Iron Man du futur. À bon entendeur.

“C’est une purge pays de l’Est. On croirait un film de Steevou !” dixit Elachzed