Critique

[Critique] The Jane Doe Identity

Cinéma

Par Henri le

Un peu plus de cinq ans après le très original Troll Hunter, André Ovredal revient avec un projet horrifique pour le moins intrigant. Autopsie d’une déception.

Titulaire du Prix du Jury Jeunes au dernier festival de Gerardmer, The Jane Doe Identity avait des atouts à revendre dans l’océan de film d’angoisse à petit budget qui sort chaque année. D’autant plus que le reste de la sélection, composé de The Last Girl ou Grave, fut de bonne qualité. Le scénario, certes concis, mais pas dénué d’originalité, finissait de dresser une parfaite ébauche de bonne surprise.

Alors que le cadavre d’une jeune femme non identifiée arrive à la morgue, un père et son fils tous deux médecins légistes préparent son autopsie. Au fur et à mesure de cette dernière, ils sont témoins de plusieurs événements paranormaux. Ils comprennent alors qu’ils vont devoir plonger au plus profond de cette étrange Jane Doe pour trouver son secret. Si le body horror était mis à l’honneur lors de ce festival, The Jane Doe Identity tente de jouer sur un registre un peu différent. Dans une morgue aux allures de maison hantée, Ovredal met rapidement en place les éléments d’un huis clos prometteur. Brian Cox et Emile Hirsch se partagent tous les plans, entrecoupés du visage (et du corps) livide de Olwen Catherine Kelly.

Élément central de l’histoire, le cadavre est avant tout là pour renforcer l’aspect claustrophobique du récit. Visiblement inspiré par le cinéma polanskien des années 70, Ovredal s’en sert pour déporter la peur lorsque les deux protagonistes ne travaillent pas dessus. Les très nombreux gros plans laissent donc toujours planer une tension dans la salle principale, même quand les deux acteurs ne s’y trouvent pas. On ne sait donc jamais si ce corps dont on scrute les entrailles va se réveiller ou non.

Cette bonne idée est néanmoins largement entachée par le reste du récit. Au lieu de se consacrer sur Jane Doe, Ovredal s’amuse à mettre en scène un petit manuel des clichés du genre. Forcement bloqués dans leur office, les deux acteurs vont faire face à des événements paranormaux pour le moins attendus dans une morgue. Mais leur exécution est si classique qu’elle n’arrive jamais à étonner.

Chaque trou de serrure, bas de porte ou porte grinçante découle sur un jumpscare prévisible. C’est d’autant plus palpable que le réalisateur insiste lourdement sur l’aspect sonore dans ces moments. Le film tombe alors dans un huis clos assez basique, dont les ficelles n’étonneront que les néophytes.

Le casting, alléchant sur le papier, ne permet pourtant pas au récit de relever la tête. Le d’habitude (très) bon Brian Cox livre une prestation honnête, même si incomparable avec celle de Churchill qui sort quasiment au même moment. Emile Hirsch traverse lui aussi le film sans éclat, et n’arrive pas à faire ressentir la parentalité qui est censée lier les deux acteurs. Pire encore, il passe totalement à côté d’une scène se voulant dramatique dans le dernier tiers du film.

En ce sens, il est assez difficile de voir dans leur prestation une réflexion particulière sur leur rapport à la femme qui se trouve devant eux. Ce type de sous-texte est de toute façon balayé par un dénouement rapide et confus, qui se complaît dans un gore un peu vain.

Alors que des films comme It Follows, Don’t Breathe ou Get Out ont réussi à donner un coup de jeune au genre, The Jane Doe Identity n’est finalement pas la surprise attendue. Son esthétique plutôt soignée et sa principale idée de mise en scène n’arrivent pas à faire oublier le torrent de poncifs qui entoure le duo d’acteur. Les plus jeunes apprécieront peut-être les jumpscare lourdement assistés par la bande-son, mais l’ensemble ne s’extirpe pas de son statut évident de film de série B.