Critique

[Critique] The Last Girl : Celle qui a tous les dons

Cinéma

Par Henri le

Lauréat du Prix du Public à Gerardmer, The Last Girl, qui sort ce 28 juin, tente d’amener du neuf dans un genre particulièrement exploré depuis quelques années. Mais peut-on encore être innovant avec des zombies ?

© Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

Sans suivre le rythme frénétique des super héros de la Marvel, les films de zombie pullulent depuis désormais plusieurs années. Longs-métrages, séries, BD, le mort-vivant se mange à toutes les sauces quitte à devenir indigeste. La sortie de The Last Girl constitue donc une forme de défi pour son réalisateur, Colm McCarthy qui s’est pourtant déjà fait les dents sur des séries renommées comme Peaky Blinders ou Sherlock. Confiant, le Britannique s’est basé sur un best-seller en s’entourant de son auteur Mike Carey.

On y découvre le sort de Melanie, jeune fille surdouée touchée par un virus qui change les gens en morts-vivants, et dont elle semble pouvoir contrôler les effets. Transformée en cobaye avec d’autres enfants, elle profite d’une attaque de zombies pour s’échapper et découvrir le monde extérieur. Une sortie qui va lui en apprendre beaucoup sur elle-même.

© Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

Dès les premières minutes, le récit conserve volontairement une forme de mystère quant à la situation exacte de l’infection qui a touché la planète. Un bon moyen d’éviter le sempiternel prologue narratif sur l’effondrement de l’humanité. McCarthy veut déranger avec une situation initiale à laquelle le spectateur n’est pas habitué. Le traitement visuel des enfants renvoie à ceux de dangereux criminels adultes, et tranche avec leur apparente douceur. Un sentiment d’injustice naît de ce contraste, rapidement contrebalancé par la découverte d’une maladie qui les rend potentiellement dangereux. De manière assez habile, le réalisateur arrive donc à créer une mise en scène basée sur un étonnant paradoxe.

© Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

Une fois sur les rails, le film s’appuie sur des références que de nombreux spectateurs devraient reconnaître. La campagne anglaise, devenue soudainement très dangereuse, évoque notamment 28 jours plus tard. Les attaques des infectés conservent d’ailleurs la même énergie que chez Danny Boyle. Comme son homologue britannique, McCarthy désarçonne le spectateur avec une caméra branlante et une action rapide, viscérale. Le cœur du film oscille donc entre scènes intenses et réflexion, et empêche le spectateur de trop s’égarer malgré une légère perte de rythme avant l’acte final. La bande-son, assurée par Cristobal Tapia de Veer (déjà entendu sur l’excellente série Utopia) donne une vraie aura de mystère à ces moments plus calmes.

© Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

Le personnage de Melanie, étonnante Sennia Nanua, évolue en parallèle entre les infectés et les survivants. Comme Ellie dans The Last of Us, elle donne une véritable ampleur au récit. Son statut particulier lui permet de dépasser la dualité entre les personnages et ce qui s’apparente à leurs ennemies. Elle est à elle seule la garante de l’originalité du film et lui évite de stagner dans les poncifs de ce sous-genre cinématographique.

Elle trouve un écho intéressant avec Helen Justineau (Gemma Arterton), qui semble être la seule à la considérer encore comme une jeune fille. Le reste du casting, incarné par Glenn Close et Paddy Considine, ne démérite pas. Respectivement docteur et soldat, ils représentent le côté plus rationnel de l’être humain, mais auraient gagné à être un peu plus nuancés.

© Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

McCarthy suit avec une certaine application la trame du livre, et offre un pendant cinématographique convaincant des différents passages-clés de ce dernier. C’est notamment le cas pour l’épilogue, atypique, qui préfère réinventer le genre humain plutôt que de le détruire. C’est en revanche moins concluant lorsque la mise en scène présente les zombies comme un ersatz bancal de Néandertal. Mais ne boudons pas notre plaisir, The Last Girl ose, et c’est bien là le plus important.

Le film de zombie à fait du chemin et The Last Girl en est la preuve. Si le déroulement du film oscille de manière un peu trop classique entre 28 jours plus tard, La Route ou The Last of Us, l’épilogue constitue la vraie originalité de l’œuvre de McCarthy. Porté par un casting solide, le long-métrage offre un divertissement plutôt enlevé, et propose même de questionner habilement notre rapport à l’humanité. Rafraîchissant.