On peut dire que The Witcher l’Héritage du sang arrive en une période trouble pour la franchise, née de la saga littéraire d’Andrzej Sapkowski. Du côté des jeux vidéo, le studio CD Projekt RED a annoncé un reboot de leur trilogie à succès. Côté adaptation, la série Netflix a connu un tremblement de terre ces dernières semaines avec l’annonce du départ de sa star, Henry Cavill, à l’issue de la future troisième saison. Il sera remplacé par Liam Hemsworth, connu pour sa participation aux films Hunger Games. Un changement de tête d’affiche, à ce stade, a tout du pari risqué concernant l’avenir de Geralt de Riv.

Dès lors, le lancement d’une série préquelle arrive à point nommé, faisant ainsi office de test pour Netflix afin de savoir si The Witcher peut survivre sans Henry et surtout sans Geralt. Certes, un premier essai avait été réalisé avec le film d’animation The Witcher : le cauchemar du loup, mais ce dernier était trop fortement lié (bien lui en a pris ?) à la mythologie du Sorceleur pour vraiment donner une réponse.

C’est ainsi que débarque The Witcher L’Héritage du sang, relatant des événements ayant eu lieu 1200 ans avant la rencontre de Geralt et Ciri. Une « histoire oubliée » où un groupe d’elfes mené par Eile, une ancienne assassin du clan des Corbeaux devenue saltimbanque, Fjall, un guerrier désavoué du clan rival et Scian, maître épéiste et ancienne professeur d’Eile, va tenter de renverser un puissant sorcier et l’impératrice de Xin’trea, tous deux assoiffés de pouvoir. Une quête qui va mener à l’apparition du premier Sorceleur et à la fameuse « conjonction des sphères » qui liera à jamais le monde des elfes, des hommes et des monstres.

Ne tournons pas autour du pot de chambre ; si vous avez trouvé à redire au visionnage d’House of the Dragon, des Anneaux de Pouvoir ou de Willow, ces trois séries méritent pourtant toute votre (re)considération dès les dix premières minutes de L’Héritage du sang.
Quel héritage ?
Malgré la présence de Lauren Schmidt Hissrich, showrunneuse de la série principale, à la production et celle d’Andrzej Sapkowski lui-même en tant que consultant créatif, le show piloté par Declan de Barra semble n’avoir aucun intérêt pour la franchise, que ce soit sa partie écrite ou pixelisée.

Si, habituellement, s’intéresser à une partie de la mythologie laissée vague par l’auteur permet une plus grande liberté créative, il est affligeant de voir que cela provoque dans le cas présent le tout et le n’importe quoi avec une nonchalance criminelle pour quiconque serait fan de l’univers. Comment ? Tout simplement en ayant aucune envie de s’approcher ne serait-ce que d’un pas de la profondeur et la complexité de ce même univers.

The Witcher L’Héritage du sang est ainsi un show simpliste avec sept samouraïs. Pardon, sept mercenaires. Pardon, six elfes et une naine allant d’un point A à un point B et passant leur temps à nous raconter un passé personnel qui ne sera jamais montré ni exploité. Pendant quatre épisodes. La série glisse constamment sa mythologie sous le tapis comme pour éviter de mettre trop en lumière sa méconnaissance du sujet.

À part les oreilles, qu’est-ce qui différencie vraiment les Elfes des Hommes ? Aucune idée. Quelle est vraiment la nature de la magie du chaos ? Aucune idée. Même la conjonction des sphères ou la création du premier Sorceleur apparaissent comme des passages obligés de l’intrigue là où ils devraient pourtant en être des piliers. Quant aux éléments de fan-service, à l’image de l’apparition de certains noms très connus de la saga, ils contredisent tellement ce qui suivra qu’on souhaite bon courage à qui voudrait ensuite relier les points.
Sang façon
Même lorsqu’on laisse les éléments de The Witcher de côté, L’Héritage du sang ne peut se sauver qu’au travers quelques scènes d’action pas trop mal fichues. Car rien ne pourra venir compenser une écriture qui ne s’intéresse même pas à ce qu’elle raconte.

Chaque élément paraît placé là uniquement pour servir un scénario qui avance en pilotage automatique. On cumule des personnages utilitaires récitant des lignes de dialogues qui n’ont aucun sens hormis une fonction de Deus Ex machina. La série n’arrête pas de placer des éléments parallèles pour les mettre de côté dès lors qu’elle n’en a plus l’utilité. À titre d’exemple, on peut citer l’importance donnée à la différence de classe sociale, qui disparaît comme par magie une fois le script passé à autre chose.

C’est sûrement le doigt d’honneur majeur fait par The Witcher L’Héritage du sang à l’univers qu’il entend prolonger : celui de lui offrir une non-existence superficielle qui n’a aucune valeur, aucune chair. Une absence d’ampleur, d’ambition, de thématiques fortes. La licence The Witcher a un énorme potentiel exploitable et les jeux vidéo l’ont montré. Alors comment peut-on justifier ce formidable éloge du vide qu’est cet Héritage du sang ?