Le contenu de la salière mérite peut-être un peu plus d’attention. Des chercheurs australiens et américains ont calculé ce qui se passerait si le sel classique était remplacé par une version enrichie en potassium. Dans leur scénario le plus optimiste, ce changement permettrait d’éviter près de trois millions de décès par an dans le monde.
Une autre recette pour le sel
Publiée le 4 novembre dans Nature Health, leur étude repose sur des projections. Pas question, donc, de présenter ces bénéfices comme déjà acquis : une telle modification de notre alimentation prendrait des années. Le sel de table contient du chlorure de sodium. Son inconvénient est connu : consommé en excès, le sodium favorise l’hypertension artérielle et augmente les risques cardiovasculaires. Les appels à moins saler n’ont toutefois pas suffi à régler le problème.
D’où l’intérêt de modifier directement sa composition. Le mélange étudié remplace un quart du chlorure de sodium par du chlorure de potassium. Il peut servir à cuisiner comme à assaisonner les plats, avec un double effet : moins de sodium consommé, davantage de potassium.
Et le goût ? Le chlorure de potassium pur est amer, mais les mélanges passent mieux. Dans un essai de 2016, 80 % des participants ne faisaient pas la différence avec le sel classique, ou préféraient la version contenant 30 % de potassium. Les chercheurs ont examiné cinq scénarios. Le plus limité concerne uniquement le sel utilisé à domicile par les personnes traitées pour hypertension. Le plus large englobe toute l’alimentation, produits transformés et restauration compris.
Ce remplacement généralisé pourrait éviter chaque année 2,96 millions de décès et 10,17 millions de nouveaux cas de maladies cardiovasculaires et rénales chroniques. Même le scénario minimal permettrait d’éviter environ un demi-million de morts annuellement. Il reste une précaution essentielle. Trop de potassium dans le sang peut provoquer une hyperkaliémie, potentiellement dangereuse. Les personnes atteintes d’une maladie rénale chronique sont particulièrement exposées, leur organisme pouvant moins bien l’éliminer.
Depuis janvier 2025, l’OMS recommande, sous conditions, de remplacer le sel ordinaire utilisé à table ou en cuisine par un substitut contenant du potassium. Cette recommandation exclut notamment les personnes ayant une condition rénale ou un trouble de l’élimination du potassium. Elle ne concerne pas non plus les enfants ni les femmes enceintes. Changer de sel pourrait donc améliorer la santé de nombreuses personnes. Encore faudrait-il que consommateurs, restaurateurs et industriels adoptent ces nouveaux mélanges… en conservant une certaine retenue avec la salière.