Dès les premières images mises en ligne, il faut avouer que They Will Kill You nous a intrigué. Une jeune femme prise au piège dans un lieu occupé par des satanistes voulant la sacrifier, on avait déjà vu ça quelque part. Ah oui, Wedding Nightmare ! Et hasard du calendrier, le film sort dans nos salles une semaine avant Wedding Nightmare 2. Une proximité qui semblait, sur le papier, condamner They Will Kill You à un certain anonymat.
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De notre côté, on ne pouvait s’empêcher de vouloir se jeter goulûment dessus. Déjà, parce que le soft horreur action presque parodique nous fait bien marrer et que si They Will Kill You parvient à se rapprocher du divertissement que fut Wedding Nightmare, il n’aura pas tout perdu. Ensuite, il y a cette différence pas subtile marquée dans la bande-annonce : si Samara Weaving incarnait une survivante sans compétence, Zazie Beetz semble avoir les compétences pour survivre. Autrement dit, le long-métrage pourrait peut-être davantage s’incarner dans un ersatz féminin de The Raid. Bref, les promesses de bourrin, de sanglant et d’humour trash sont posées, il n’y avait plus qu’à les faire respecter à l’écran.

Le synopsis de They Will Kill You est déjà une lettre d’intention en soi, puisque le scénario n’entend pas nous vendre autre chose que ce que l’on a décrit plus haut. Une jeune femme doit survivre toute une nuit dans un hôtel occupé par un culte démoniaque qui a prévu de faire d’elle leur nouvelle offrande. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la demoiselle en question n’est pas sans défense. Outre Beetz, le casting comporte des noms comme notre Drago Malefoy Tom Felton, la presque disparue Heather Graham et la caution hollywoodienne Patricia Arquette.
Bourrinage inventif
Avec le réalisateur russe Kirill Sokolov (Arrache et Jette et Why Don’t You Just Die !) et le scénariste Alex Litvak (Predators avec Adrian Brody et Les Trois Mousquetaires avec Milla Jovovich en Milady ninja) à la barre, il faut avouer qu’on ne savait pas vraiment à quelle sauce on allait être mangé. Dès les premiers instants de They Will Kill You, on le découvre bien vite : sauce cocktail.

On pensait se retrouver face à un énième sosie de Wedding Nightmare / John Wick / The Raid et tout autre divertissement beaucoup fun, beaucoup gore, et il y a de ça. Mais le tandem convoque également Une Nuit en Enfer, Kill Bill et plus largement la filmographie de Robert Rodriguez ou Quentin Tarantino. Bref, They Will Kill You a fait ses devoirs et en appelle à tout un sous-genre de cinéma complètement décomplexé.
Ce qui donne droit à un film qui démarre à cent à l’heure, voulant profiter de chaque minute à disposition (94 exactement) pour son grand défouloir. On va tenter de ne vous révéler aucun élément clé ici – même s’ils ne sont pas nombreux – mais sachez que la promotion du film vous a gardé une petite surprise qui rabat rapidement les cartes, le faisant entrer dans une autre dimension guignolesque, voire grotesque.

Et puisque le duo semble assumer son délire à 400%, il faut reconnaître qu’on y prend un peu goût par moments, curieux de savoir quelle bizarrerie ou effet sanguinolent nous attend derrière la prochaine porte. Il y a une générosité évidente et une envie de s’éclater sans prise de tête qui transpire de l’ensemble du long-métrage. Les acteurs eux-mêmes paraissent prendre un vrai plaisir à s’éclabousser ou à en faire des tonnes. Zazie Beetz, elle, nous montre qu’elle fait une bien meilleure John Wick qu’Ana de Armas, avec un côté bien énervé en prime.
They Will Kill You, c’est une sorte de n’importe quoi fait n’importe comment, mais qui s’en fiche royalement. Est-ce que les effets visuels sont réussis ? La grande majorité tourne au ridicule, notamment avec des mains ou des têtes en plastique, et les giclées de sang rappellent des projets étudiants fauchés. Aucune limite semble être le mot d’ordre de l’intégralité de cette production, s’achevant dans un climax qui aura fini par avoir raison de nous, nous provoquant un fou rire incontrôlé. À notre tour de lâcher la rampe du bon goût.

La descente d’ecsta fatale
Le problème, c’est que la différence est parfois très faible entre le film fun et débridé et celui qui a manifestement sniffé les rails de cocaïne comme on s’enfile des bonbons M&M’S. They Will Kill You se paye un gros trip sous acide qui n’a aucune notion du dosage et, au-delà de la fatigue, c’est l’exaspération qui nous gagne trop rapidement.
Sokolov veut trop en faire, sur chaque scène, comme s’il voulait absolument rentabiliser chaque idée barge qu’il a eue avec Litvak jusqu’à plus soif. Le réalisateur a tendance à se croire un peu trop génial avec ses effets de style rébarbatifs, faussement cool. Gros plans, ralentis, caméra embarquée en pleine course centrée sur le visage de l’acteur, finalement la source d’inspiration du film semble être surtout Las Vegas Parano, et ce n’est pas un compliment. Tout est surligné, insistant, grandiloquent, gênant. La moindre scène intéressante est annihilée par ce besoin d’exagérer, de remplir l’espace, comme si le film avait surtout peur de son propre vide.

Sauf que vide il y a. Simplement parce que le postulat de base, rebondissement compris, ne permet pas au long-métrage de tenir la longueur et on tourne très rapidement en rond. Alors qu’il ne reste qu’une demi-heure, on se surprend encore à se demander dans quelle direction le scénario veut aller, tant il ne semble pas avoir encore commencé. On a la sensation que le tandem avait l’envie de se faire plaisir en surfant sur un genre désormais usé – difficile de trouver aujourd’hui un John Wick like réussi -, imaginant le contenu avant de penser au contenant. Ou bien ils ont tout simplement pondu le film alors qu’ils étaient dans une hystérie hallucinogène, c’est également possible.
Au final, They Will Kill You ne manquait ni d’envie, ni d’imagination, mais il aurait gagné à avoir des garde-fous et un tandem se nourrissant d’autre chose que de caféine. À une époque, le genre de long-métrage qu’on louait au vidéoclub (l’ancêtre des plateformes de streaming) pour une soirée avec des potes et des shots. Deux éléments essentiels que l’on perd dans une salle de cinéma.
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