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Critique Ballerina : un spin-off John Wick qui se casse les noisettes

Depuis l’arrivée d’un certain John Wick sur grand écran, on ne compte plus les films d’action ayant voulu surfer sur son aura, volontairement ou non. Ballerina est différent puisqu’il s’agit d’un spin-off officiel de la saga. Un gage de qualité ?

Cela fait tellement, tellement longtemps que la franchise John Wick parle d’accoucher d’un spin-off qu’on finissait par croire que cela n’arriverait plus. Entre-temps, on a eu droit à quatre films, un cinquième en préparation, et une série prequel qui tentait le changement de style sans que cela lui réussisse. Tout vient à point à qui sait attendre et Ballerina débarque enfin dans nos salles avec l’envie de nous prouver qu’il n’y a pas que Keanu Reeves dans la vie (ce qui est déjà faux de base).

Un projet de longue date qui voit Ana de Armas casser des têtes devant la caméra de Len Wiseman. Volonté de se démarquer du modèle ou indisponibilité des équipes, toujours est-il que le daron de la saga Chad Stahelski se cantonne à son rôle de producteur et seul le scénariste Shay Hatten, responsable de John Wick 3 et 4, assure la filiation. Bref, à l’écran ou derrière la caméra, tout est fait pour que Ballerina obtienne sa propre identité. À moins que ? On y reviendra.

Enfant, Eve (Ana de Armas) a vu son père se faire assassiner par un mystérieux groupe mené par Le Chancelier (Gabriel Byrne). Recueillie par Winston (Ian McShane), elle va grandir au sein de la Ruska Roma sous la supervision de La Directrice (Anjelica Huston). Devenue une assassin accomplie, elle va retrouver la trace du Chancelier et se lancer dans une vengeance personnelle, quitte à risquer une guerre ouverte entre les organisations.

Ballerina 2
© Lionsgate

Le lac des (mauvais) signes

On est bien d’accord qu’on ne s’est jamais assis devant un John Wick afin de profiter du scénario. Non, on sait très bien que la qualité de ces métrages devait beaucoup au talent de Stahelski et de ses équipes pour nous emballer de l’action toujours plus inventive avec l’énergie d’un cocaïnomane. La première difficulté de Ballerina, en tant que spin-off officiel, était d’essayer de faire aussi bien, sans les mêmes personnes aux commandes. À partir de là, une petite revue des troupes s’impose.

Le réalisateur Len Wiseman est connu pour avoir signé les deux premiers Underworld, Die Hard 4 ou encore Total Recall : Mémoires programmées. On le disait tantôt, Shay Hatten, ce sont les deux opus les moins scénarisés de la saga, et toutes les réalisations de Zack Snyder sur Netflix, d’Army of the Dead à Rebel Moon. Le directeur de la photographie français Romain Lacourbas a œuvré sur Taken 2, Colombiana, The November Man ou quelques épisodes de The Witcher. Les monteurs Jason Ballantine et Julian Clarke ont, dans leur filmographie The Flash, Borderlands, Le dernier voyage du Demeter, Red Notice, Terminator : Dark Fate...

Si vous êtes des fans sans réserve des films évoqués ci-dessus, on ne juge pas. Pour les autres, cela peut donner une certaine idée du résultat final. Dit autrement, il n’y a pas de fumée sans feu.

Ballerina 4
© Lionsgate

Une reine mise en échec

Depuis sa scène dans Mourir peut attendre, il était évident qu’Ana de Armas remplirait parfaitement le rôle de tueuse en chef dans son propre film. L’actrice ne déçoit pas et met du cœur à l’ouvrage à gonfler son score de morts pour se montrer digne de son modèle. Avec une histoire exigeant d’avantage d’émotions que son aîné et une évolution faite d’incertitudes, le personnage d’Eve se dissocie de John sur de nombreux points au-delà de son simple sexe. Le genre est d’ailleurs une donnée mise sur le tapis, avant d’être glissée dessous, parce que certaines personnes sur le tournage n’avaient sûrement pas envie de se compliquer trop la vie à repenser les combats. Si John avait son petit style bien à lui (toujours finir avec une balle dans la tête), Eve, elle, n’a aucune particularité.

On n’enlèvera pas à Ballerina l’envie de se montrer le digne héritier du mythe avec des séquences d’action qui déploient la même générosité en multipliant les coups de force, entre gerbes de sang parfois gores ou usage d’armes inédites. À ce niveau, deux scènes parviennent à sortir du lot en nous prouvant qu’il était encore possible de faire preuve d’originalité dans le massacre au sein d’une franchise qui nous en avait déjà montré pas mal.

Ballerina 3
© Lionsgate

Mais si Ballerina peut se prévaloir John Wick, Len Wiseman ne peut pas se prendre pour Chad Stahelski. Personne n’est allé voir un film de la saga avec l’envie d’avoir un scénario digne de ce nom et les détracteurs résumeront toujours simplement l’ensemble par “un homme se venge parce qu’on a tué son chien”. Non, la saga connaît le succès parce que Stahelski, par son passé de cascadeur, a une vision de l’espace lorsqu’il conçoit l’action.

Que ce soit au Japon, dans un immeuble abandonné, dans des grottes ou même sur les marches de Montmartre, le réalisateur s’inspire du lieu pour ensuite réfléchir à sa mise en scène. Le décor est un personnage central dans la conception de la scène, de sorte qu’il n’y a aucune séquence qui ressemble à une autre. Wiseman est dans une démarche inverse et c’est l’action qui dicte le lieu. Conséquence, hormis l’arme utilisée, les morceaux de bravoure ne se démarquent ni de la franchise, ni au sein du long-métrage lui-même. Oui, l’action est là, mais elle est générique, sans réel impact dans notre conscience, et on en oublie la majorité quelques jours plus tard.

Ballerina, film baba du Yaga

Le metteur en scène n’est pas un faiseur, c’est un exécutant, et cela se ressent tout du long au sein d’un film qui nous hurle “coucou, je suis un spin-off officiel de John Wick”, sans le supplément d’âme. Oui, Ballerina est un spin-off officiel et il aurait bien du mal à se prétendre autre chose tant l’ombre du croque-mitaine plane sur le film.

*** Attention, petit spoiler ***

Ballerina 5
© Lionsgate

La promotion ayant éventé le secret minute une, oui, ce cher Keanu Reeves glisse une tête. Et bien plus. La peur de ne pas intéresser le public avec un film sans la star principale de la franchise – histoire de ne pas reproduire Le Continental – est si forte que le scénario préfère affubler son héroïne d’un chaperon. L’idée est légitime, mais elle tire une énorme balle dans le pied à l’envie même d’étendre cet univers puisqu’il suffit d’une séquence pour délégitimer Ana de Armas. Oui, cela fera sans aucun doute plaisir aux fans, mais ça enterre davantage un projet qui ne s’assume définitivement pas. Ira-t-on voir un Ballerina 2 ? Pourquoi faire, alors que la saga principale continue ?

D’autant que ce besoin du Keanu crée un autre souci : celui de la temporalité. Incroyable de voir que le scénariste de Ballerina est le même que Parabellum puisqu’il saborde sa propre chronologie avec des événements et des protagonistes au mauvais endroit au mauvais moment, sauf à dire qu’on est dans le multiverse. Mais puisque le scénario est déjà truffé d’incohérences et de personnages sacrifiés gratuitement, on en conclut que tout le monde sur place devait s’en ficher un peu, l’important étant d’être un spin-off de John Wick. Sauf pour Ana de Armas peut-être.

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Notre avis

L'univers de John Wick a toujours eu un certain potentiel, mais après Le Continental, Ballerina continue de prouver que personne ne sait l'exploiter. Ana de Armas fait de son mieux, et c'est bien la seule au sein d'un projet qui réunit une fine équipe de je-m'en-foutiste qui se contentera de recopier une recette sans les bons ingrédients. Un coca sans bulle.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 4 / 10

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