Cette série en huit épisodes, pensée et en partie réalisée par Daniel Destin Cretton (il ne réalise finalement que deux épisodes, les deux premiers), le réalisateur de Shang-Chi (et également de sa suite) nous propose une sorte de deux en un : une origin story ou plutôt, si on est précis, le parcours initiatique d’un super-héros et, à la fois, un buddy movie entre deux acteurs, l’un raté et en quête de gloire et l’autre en quête de rédemption. Wonder Man suit Simon Williams (interprété par Yahya Abdul-Mateen II), un acteur plein de potentiel dont la carrière ne décolle toujours pas et ce, en grande partie de sa faute. Le tout sous le couvert de l’humour, car Wonder Man est avant tout une série comique.

Simon Williams est un être complètement stressé et ce stress le pousse à faire n’importe quoi, comme demander des retouches sur ces répliques, se mettre à dos toute une équipe de tournage ou encore saboter lui-même comme un grand un casting. Le destin le pousse sur la route de Trevor Slattery (joué par Ben Kingsley), que le grand public a découvert dans Iron Man 3 dans le rôle du faux Mandarin, cet acteur qui incarnait le terroriste qui effrayait le monde entier. Du moins, c’est ce que pense Simon. Car Trevor, pour obtenir sa liberté (il a été emprisonné), accepte un deal auprès du département du Damage Control, entité censée surveiller les super-héros et évaluer leur niveau de danger pour la population : obtenir des informations sur Simon Williams, dont le niveau de pouvoir est considéré comme extrêmement dangereux.
Un fauteuil pour deux
Oui, c’est l’information principale de cette série et contrairement à ce que Marvel Studios avait laissé entendre au départ – un acteur qui se découvre des pouvoirs au fur et à mesure de la série – Simon a déjà ses pouvoirs au commencement de Wonder Man. D’ailleurs, ce dernier est un fan du personnage et, coïncidence ou non, il va se retrouver à passer le casting du retour, en film, de son héros préféré. La série nous plonge dans la quête de Simon vers son rêve, celui d’obtenir le premier rôle et donc l’interprétation de Wonder Man, avec en toile de fond, ses pouvoirs qu’il doit cacher au monde entier – aucun super ne peut passer le casting, c’est une des conditions de passage et d’admission – et son amitié à gérer avec Trevor, qu’il considère autant comme un ami que comme un mentor et qui compte bien, lui aussi, décrocher un rôle dans le prochain Wonder Man.

Le duo est dissonant et on ne peut plus attachant. L’un veut enfin donner un sens à sa vie et éloigner le spectre des super pouvoirs qu’il peine à maitriser, tout comme ses émotions. L’autre, au crépuscule de sa carrière, veut laisser une trace, autre que celle désormais mondialement connu du Mandarin et cesser d’être un has-been. Les deux n’ont pas la même trajectoire, pas le même passé mais ont chacun un lourd secret à protéger : d’un côté, des pouvoirs à cacher, qui se déclenchent souvent lors de grosses charges émotionnelles, qui provoquent d’énormes dégâts et pourraient bien ruiner une carrière naissante et de l’autre un marché passé avec les autorités, qui pourrait, en cas de découverte, coûter une amitié finalement sincère.
Ce résultat est possible grâce à l’alchimie entre les deux acteurs, parfaits tous les deux dans leur rôle. On connaissait déjà le registre de Ben Kingsley dans la peau de Trevor Slattery, découvert dans Iron Man 3 et revu ensuite dans Shang-Chi. On découvre cette fois une nouvelle facette du jeu de Yahya Abdul-Mateen II, ancien employé de la maison concurrente (Dr Manhattan dans la série Watchmen, Black Manta dans les films Aquaman) plutôt impressionnant dans les souliers d’un Simon Williams gauche, stressé et autodestructeur. La doublette enchaîne les dialogues marrants, les situations ubuesques et c’est clairement et de loin, le point fort de la série, qui a misé avant tout sur eux. Parce que ? Le reste est finalement assez convenu. Trevor va voir sa traîtrise envers Simon être révélée, ce dernier va nous faire des démonstrations dévastatrices de ses pouvoirs et le Damage Control va bien évidemment venir s’en mêler. Facile à deviner ? Evidemment que oui.
Une satire d’Hollywood… et du MCU ?
Heureusement, Wonder Man n’a pas que ça à offrir. Certains épisodes sortent du lot, notamment celui consacré à Doorman, un super-héros capable de servir de portail pour n’importe quel organisme, humain ou non et dont le destin est lié à la présence du Damage Control et au durcissement de la loi envers les super-héros. Durant cet épisode, plusieurs thèmes sont abordés : entre autres, la gestion de la célébrité, les dérives de cette même célébrité, le bouleversement dans une vie de l’apparition de supers pouvoirs, la façon avec laquelle l’industrie du divertissement vous porte aux nues avant de se lasser de vous, le stress des acteurs, la pression des castings…
Une forme d’autocritique sibylline de la part de Marvel Studios, sur le traitement de ses propres histoires et de ses propres personnages ? On peut le penser. D’autres épisodes, comme celui réservé au casting de Wonder Man, dans la maison de son nouveau réalisateur, nous plongent un peu plus profondément – après tout la série le fait déjà dans son ensemble – dans les coulisses d’Hollywood et les secrets de fabrication d’une série, avec ses bons côtés et ses aspects plus cruels. Le plus souvent sous le prisme de l’autodérision et sans lésiner sur les moyens, avec des acteurs qui se prêtent au jeu en se jouant eux-mêmes, comme Josh Gad (Le Crime de l’Orient-Express) ou encore Joe Pantaliano (Memento, Bad Boys, Matrix), déjà habitué de la maison pour avoir joué dans le tristement célèbre Daredevil de Ben Affleck . Ceux qui pensaient et attendaient – problème de communication ? – que Wonder Man traite en priorité de la super-héros fatigue se sont lourdement trompés, car ce n’est jamais un axe essentiel dans le développement de la série.
Un futur possible pour le personnage ?
Peut-être à tort, mais au moins, à ne pas multiplier les charges, la série ne part pas dans tous les sens, suit une conduite claire, un développement évident, prévisible aussi dans le fond et dans la forme, sous pour autant que l’on boude notre plaisir. On lui reprochera finalement sa fin un peu trop précipitée, malgré les huit épisodes à disposition. On en voulait un peu plus de la part de Simon, notamment au moment de sa bascule réelle en “super”, tout comme de sa maitrise de ses pouvoirs. Un sentiment comme ça, ce n’est jamais mauvais pour une série qui semblait vouer aux oubliettes à son annonce.

Objet de curiosité, voire d’indifférence il y a quelques mois, Wonder Man est peut-être ce que Marvel Studios a proposé de mieux ces derniers temps. Parce que le produit est différent et fidèle au label qu’il représente, Marvel Spotlight, censé introduire de manière individuelle et non connectée au reste (ou presque), de nouveaux personnages. Parce qu’il bénéficie d’un côté “on en attend rien, au pire on sera déçu, au mieux, ce sera une peut-être une bonne surprise”. Parce qu’il est porté par deux très bons acteurs, dont l’alchimie est réelle sur cette série. Parce que la carte de l’humour, efficace dans les films, pas toujours heureuse en séries – coucou She-Hulk – est cette fois savamment travaillée, avec un résultat bienvenu. Parce que sa bande-son est vraiment bonne et qu’un travail a été fait sur chaque épisode, notamment au niveau des introductions et avec quatre réalisateurs différents répartis sur les huit épisodes. Parce que ce que Marvel sait encore faire de mieux, c’est raconter des personnages, leur évolution et leur parcours initiatique jusqu’à leur changement de statut. Que va devenir Wonder Man, dans ce Marvel Cinematic Universe aux bords du reboot avec Avengers : Doomsday et Avengers : Secret Wars ? Le reverra-t-on ? Se mélangera-t-il au reste du contingent des super-héros que l’on connait ? Aura-t-il même une saison 2 ? De son succès dépendront les réponses à bon nombre de ces questions.
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