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Critique Gourou : thriller au cœur du système d’influence

Yann Gozlan, Pierre Niney, troisième ! Le réalisateur et l’acteur collaborent une nouvelle fois pour Gourou, thriller autour du monde du coaching et de l’influence. Premier film français marquant de 2026 ?

Quelques mois à peine après la sortie de son thriller de science-fiction à base d’IA Dalloway, qui n’aura pas fait de grosses vagues, Yann Gozlan entend frapper bien plus fort en collaborant avec celui qui l’aura accompagné sur ses plus gros succès, Pierre Niney. Ensemble, les deux hommes auront signé Un Homme idéal en 2014, puis le très bon Boîte noire en 2020. Une association qui fonctionne et que nous étions ravis de retrouver à la tête de ce Gourou.

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Une idée née de l’esprit de Niney lui-même, désireux de se pencher sur le concept de manipulation par la parole. Il a confié son projet à Gozlan qui a co-écrit le scénario avec Jean-Baptiste Delafon, l’homme idéal pour le sujet après son travail sur la série Baron Noir. C’est sous l’influence des deux hommes que le récit se tourne vers le monde du coaching, avec un Niney acteur et producteur.

Critique Gourou : thriller au cœur du système d'influence Alex Hitchens ou Tibo InShape
© Studio Canal

Mathieu Vasseur s’est créé une immense notoriété sous le nom de Coach Matt, le coach en développement personnel le plus suivi de France. À chacune de ses apparitions sur scène, il électrise les foules en offrant à ses adeptes la possibilité d’embrasser leur plein potentiel, de se libérer de leurs chaînes, dans une société où la réussite individuelle est valorisée. Lorsque les autorités commencent à voir d’un mauvais œil la recrudescence de ces « coachs de vie », elles envisagent de légiférer pour encadrer la pratique. Une menace pour celui qui n’a jamais eu aucun diplôme et qui est à deux doigts de réaliser son rêve.

Gourou ou influenceur ?

Yann Gozlan n’est sûrement pas le scénariste le plus subtil qui existe et ses intrigues comportent plus ou moins constamment quelques grosses ficelles du genre avec des twists parfois un peu trop sortis d’un manuel du thriller. Ce qui ne l’empêche pas de mettre beaucoup de cœur à l’ouvrage, notamment sur l’effort constant d’ancrer ses récits dans une certaine réalité. On peut reprocher des choses à Boîte noire (très peu), mais pas de ne pas avoir bossé son sujet en se documentant sur le monde de l’aéronautique. Pour Gourou, il y a mis la même implication en se renseignant, en allant vivre des séminaires de développement personnel, en mangeant de la vidéo et cela se ressent.

Critique Gourou : thriller au cœur du système d'influence Alex Hitchens ou Tibo InShape
© Studio Canal

Gourou a cette particularité d’aborder une thématique curieusement assez peu exploitée par le cinéma, y compris chez les Ricains, pourtant gros consommateurs de ces coachings. Un traitement particulièrement pertinent alors que des personnalités comme Tibo InShape deviennent les plus gros noms de l’internet français ou un Alex Hitchens auditionné par une commission d’enquête parlementaire. Les méthodes, les mots employés par Coach Matt raisonnent parce qu’ils s’inspirent de ce qui nous entoure au quotidien. Gourou est une fiction, mais toute ressemblance avec des faits véritables ne serait pas fortuite.

De Coach Matt à Donald Trump

Néanmoins, Gozlan et Delafon ont l’intelligence de ne pas traiter le sujet au vitriol, ne présentant le coaching que comme un moyen de manipuler les faibles et les désespérés. Au contraire, Gourou nous dépeint d’abord un Coach Matt réellement intéressé par le bien d’autrui, se présentant lui-même comme une sorte de figure christique souhaitant améliorer la vie de ses contemporains. De l’ego certes, mais sans malveillance.

Critique Gourou : thriller au cœur du système d'influence Alex Hitchens ou Tibo InShape
© Studio Canal

C’est ce qui rend également ce personnage si fascinant à suivre, parce que c’est le portrait d’un basculement. Lorsqu’il se retrouve seul, sans maîtrise de la situation, alors la paranoïa prend le dessus et le Christ tombe dans les enfers. Et à ce jeu-là, Pierre Niney est, une nouvelle fois, habité par le rôle, démontrant qu’il reste l’un des acteurs français les plus polyvalents et talentueux de sa génération.

Gourou ne juge pas une pratique, ne juge pas ses adeptes, il en juge les mécanismes, les dérives, celles qui mènent au populisme, au complotisme. Il nous montre le pouvoir absolu de la parole, de l’influence, dans notre société contemporaine et toutes les conséquences, bonnes ou mauvaises, qui en découlent. Pour un « gourou » bienveillant, combien de charlatans pour lesquels vous dépenseriez deux mois de salaire ?

Critique Gourou : thriller au cœur du système d'influence Alex Hitchens ou Tibo InShape
© Studio Canal

Et si le long-métrage ne dépasse pas son cadre générationnel, le propos n’en demeure pas moins légitime lorsqu’il laisse au public la réflexion d’en déborder. On reconnaît qu’aborder plus frontalement un sujet politique aurait manqué d’impact, tant le sujet est et continue d’être la source principale d’inspiration de nombreuses œuvres. Peut-être est-ce là une autre force du Gourou, ne pas réinventer la poudre, mais lui offrir un nouveau visage, plus populaire et moins soumis à l’actualité anxiogène.

Un thriller énorme et sec

Et lorsque Mathieu sent son empire fragilisé, c’est là où le thriller reprend ses droits. Mais Gozlan n’offre pas toutes les cartes à son spectateur, préférant semer les graines de la suspicion, du doute, afin de rester au plus près de la fragilité mentale grandissante de son anti-héros. À son image, on se met à interpréter les sons, les images, ne faisant plus la différence entre la vérité et la psychose.

Un état amplifié par la caméra du réalisateur, qui sort de sa zone de confort pour nous livrer des scènes étourdissantes de séminaires où la foule est autant un réconfort qu’un étouffement, un hurlement inaudible et pourtant assourdissant. On regrette, néanmoins, que sa conclusion tire en longueur, comme s’il fallait rajouter des couches de misérabilisme prenant presque en pitié un Matt devenu depuis bien longtemps son propre ennemi.

Ce qui ne nous empêche pas de nous prendre au jeu de ces manipulations avouées ou camouflées, avec des rebondissements plaisants faisant corps avec le récit. Certaines scènes agissent comme un électrochoc là où d’autres, peut-être trop appuyées, répondent davantage à des codes attendus et désirés. Comme nous le disions tantôt, cela passe malheureusement par quelques facilités, mais rien qui n’entache réellement le cœur du film. Gourou n’a pas la maîtrise d’un Boite noire, notamment parce qu’il n’épouse pas entièrement le thriller paranoïaque binaire. Toutefois, on ne peut pas renier son efficacité, surtout dans un cadre aussi moderne. En ce début d’année, Coach Matt nous a pris dans ses filets.

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Notre avis

Gourou est aussi captivant que son personnage principal. Parce qu'il traite d'un sujet presque invisibilisé par ses pairs tout en étant plus que jamais actuel, le film est un portrait presque glaçant, évitant d'être moraliste. Un thriller parfois maladroit et trop démonstratif, mais efficace et parfaitement incarné par Pierre Niney. Un film qui n'a pas peur d'être ce qu'il veut, d'être ce qu'il est.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 7 / 10

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