Ironie quand tu nous tiens. Il n’y a pas si longtemps, nous vous disions le plus grand bien de notre revisionnage du Man on Fire de Tony Scott, présent au catalogue de Netflix. Une œuvre particulièrement tranchée, dans le pur style du réalisateur, qui a un peu redéfini les codes du revenge movie avant que le genre pullule à nouveau à Hollywood. Aujourd’hui, la plateforme de streaming sort sa propre version du roman d’A.J. Quinnell, en adaptant le récit au format série. Sauf que là, on ne va pas en dire le plus grand bien.
Offrez-vous Man on Fire de Tony Scott
Tout d’abord, il convient d’être au clair sur notre part de subjectivité au moment d’aborder ce Man on Fire 2026. Oui, on adore le long-métrage de Tony Scott, mais nous n’y sommes pas attachés au point d’écarter d’office toute nouvelle itération. Après tout, l’adaptation de Scott n’était déjà pas la première du roman, qui avait eu droit à un film en 1987 avec Scott Glenn dans le rôle principal. Néanmoins, il est évident que l’approche du service de SVoD tend à être davantage une relecture du film de 2004 que des écrits de Quinnell. La comparaison sera donc inévitable.
Man on Fire, partie 3
John Creasy (Yahya Abdul-Mateen II) est un ancien membre des forces spéciales rattaché à la CIA qui, après avoir vu toute son équipe se faire éliminer, souffre d’un énorme stress post-traumatique le rendant inapte au service. Néanmoins, un de ses anciens amis lui tend la main en parvenant à le faire engager dans le service de sécurité d’un politicien brésilien. Un événement tragique va le pousser à retrouver ses anciennes compétences pour protéger une jeune adolescente.

Troisième changement de terrain de jeu pour le personnage de Creasy qui, après l’Italie et le Mexique, débarque au Brésil. Pour tout dire, ce Man on Fire sériel débute plutôt bien. La caméra du premier épisode a été confiée à Steven Caple Jr. (Creed II) qui démarre fort avec une belle séquence d’action, alors qu’Yahya Abdul-Mateen II continue de prouver qu’il est un acteur sur lequel on peut compter, dans n’importe quel genre (regardez Wonder Man). Voilà pour les points positifs.
Man on Fired
Il faut évacuer l’éléphant dans la pièce : Man on Fire ne se prête absolument pas à un format série, du moins telle que l’histoire est adaptée ici par Kyle Killen (Halo, Awake, Lone Star). Il ne faut pas deux épisodes, sur les sept qui composent cette saison, pour réaliser que quelque chose cloche. L’intrigue a conscience qu’elle ne repose que sur un homme en proie à ses démons qui, pour aider une jeune fille, va devoir remonter la chaîne alimentaire des méchants.

Déjà, sur le papier, quiconque n’a pas conscience de ce qu’évoque Man on Fire pour les connaisseurs pourrait avoir une grosse sensation de redite. Le héros solitaire, la jeune femme à protéger, le complot, les alliés improbables… les composants du récit se sont retrouvés dans un million d’œuvres du même genre et, vu de l’extérieur, Man on Fire n’a rien pour se démarquer ostensiblement de ses camarades comme The Night Agent pour ne citer qu’une œuvre appartenant également à Netflix. Sur le résultat non plus.
Scott prenait le parti courageux de ne pas succomber à l’action, laissant la relation entre Creasy et Pita s’installer, se créer, pour lâcher la bête dans un second temps. On comprenait les actions du héros parce que le film avait réussi à nous impliquer émotionnellement. Ce Man on Fire version plateforme succombe surtout à un cahier des charges où il faut du rythme, de l’action et des rebondissements.

Le show n’a aucune substance, aucune âme, et va simplement compiler des séquences que l’on a vues cent fois ailleurs. Et on dénombre beaucoup trop de ventres mous pour se reposer sur l’adrénaline recherchée. Les twists narratifs se devinent à dix kilomètres, au point qu’on en rigole franchement lorsqu’ils « surgissent ». Un constat qui aurait peut-être été moins sévère sur un long-métrage de deux heures (et encore), mais sur sept fois 50 minutes, on finit par s’agacer sérieusement.
Ne réussit rien, même pas la base
Si on décide d’être gentil à l’approche de Noël et de pardonner une série qui a clairement la flemme d’accomplir quelque chose, on est encore au printemps et on souhaite au moins que le minimum soit respecté. À savoir : nous donner à croire en la relation Creasy/Poe. Sauf que les deux personnages ont trop peu d’interactions, noyées au milieu d’une multitude de personnages secondaires, obligatoires pour tenir la longueur. À aucun moment on ne ressent la moindre alchimie et l’adolescente tient un rôle uniquement utilitaire reposant sur un seul élément d’intrigue.

Creasy lui-même manque d’épaisseur, ses « démons » se noyant bien trop vite pour ne pas perdre le spectateur et ne se réveillant qu’aux moments les plus opportuns. C’est-à-dire, quand le scénario en a besoin pour essayer de créer du suspense. Si vous vous souvenez de l’affaire du « le plot doit être souvent répété pour le public inattentif », on est en plein dedans.
On s’endort sec devant ce Man on Fire dont on ne comprend toujours pas l’objectif. Car si le sujet était de jouer sur le nom pour ramener un public cible, non seulement celui-ci est peut-être trop niche pour impacter le visionnage, mais le résultat est assez largement éloigné du modèle pour satisfaire. De l’autre côté, si l’enjeu était d’attirer des nouveaux fans, fallait-il encore se démarquer de la grande concurrence dans le genre, que ce soit au sein du catalogue Netflix ou chez les voisins. En l’état, le bilan est surtout un profond ennui et si le vrai but était que l’on regarde le show que d’un œil, pour le coup, c’est réussi.

Cerise sur le gâteau, cette fin ouverte, synonyme d’une envie du géant du streaming de capitaliser sur le produit, convaincu du succès. Le pire, c’est qu’on ne doute pas que ce Man on Fire trouve son audience, puisque la recette a fait ses preuves. Et tant pis si c’est la sixième fois que l’on mange ce plat en une semaine.
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