Si un film sort en salles aux États-Unis disparaît soudainement du line-up français, ne cherchez pas plus loin, cela signifie simplement, dans la très grande majorité des cas, qu’il a fait un énorme bide là-bas et qu’il sera récupéré par Prime Video ici, production maison ou non. Mais est-ce que cela signifie pour autant que le film est mauvais ? On a eu à juger d’un cas récent ici, pas plus tard qu’à la sortie des Maîtres de l’Univers, long-métrage injustement boudé par le public américain, bien que l’on en comprenne les raisons. Et puis cela ne l’empêche pas de connaître une seconde vie en streaming puisque ces films finissent toujours dans le top visionnage de la plateforme d’Amazon. Aujourd’hui, on a jeté un oeil à celui qui a été top 2 du classement, Les Spécialistes.

Pourquoi Les Spécialistes (In the Grey en VO) ? Parce qu’on ne peut humainement pas être insensibles à un trio de tête composé par Eiza Gonzalez, Jake Gyllenhaal et Henry Cavill. Il y a trop d’aura au mètre carré pour ne pas succomber. Ensuite, parce qu’il s’agit du nouveau Guy Ritchie, réalisateur qui parvient toujours à nous prendre dans ses filets, même si sa seconde partie de carrière est largement dispensable dans les grandes lignes. D’ailleurs, il navigue en terrain connu puisqu’il a eu l’occasion de travailler récemment avec les trois (The Covenant pour Gyllenhaal, Le Ministère de la Sale Guerre pour les deux autres).
Opération fortune de Guy Ritchie
De quoi parle Les Spécialistes ?
Rachel (Gonzalez) est une farouche recouvreuse de dette travaillant pour une énorme banque de financement. Elle décide de se charger de récupérer la dette de Manny Salazar (Carlos Bardem), un criminel possédant sa propre île et sa milice privée, qui leur doit un milliard de dollars. Pour assurer ses arrières, elle peut compter sur Bronco (Jake Gyllenhaal) et Sid (Henry Cavill), un duo à la tête de quelques hommes spécialisés dans la filature, la planification, le chantage et, surtout, l’exfiltration.
Est-ce que ça vaut le coup ?
En quelque sorte, Les Spécialistes ressemble pas mal au Ministère de la Sale Guerre. On tient plus du film de braquage que du film d’action et désolé pour les déçus que la nouvelle fera, mais les principales scènes d’action sont celles que vous voyez dans la bande-annonce.
Schématiquement, le long-métrage prend des airs d’un énorme briefing de plus d’une heure pour quinze minutes d’échange d’action non-stop lors du dernier acte. Si vous êtes là pour voir tout péter, vous n’êtes pas au bon endroit. Non, ici on a la sensation de regarder “préparation paiement : le film”, à savoir un récit qui va continuellement vous raconter ce qui pourrait se passer et comment les héros vont empêcher ce qui pourrait se passer, parce qu’ils sont trop forts et trop intelligents.
Le film est du Guy Ritchie pur jus. Un personnage va vous expliquer toute l’opération en voix off pendant que vous verrez la mise en place à l’écran, nos hommes virils se balancent des vannes en mode autodérision et même le jargon judiciaire passe comme une lettre à la poste grâce à un montage très rythmé. Bref, il ne se passe rien la majorité du temps et pourtant, on n’en a aucunement la sensation devant l’écran. On arrive à la conclusion sans avoir pris le temps de voir quand le film avait commencé.

Le principal défaut du style Ritchie est toujours le même : une fuite en avant de l’intrigue qui empêche tout approfondissement des personnages. La nature de leur relation, leur passé, le trio principal ressemble à un gruyère et le scénario se fiche de combler les trous.
Non, l’important pour Ritchie, c’est de vous faire sentir combien le film est cool. Des lieux paradisiaques, le style d’Eiza Gonzalez, des répliques qui font mouche, des méchants qui ne font jamais peur – Kristofer Hivju de Game of Thrones joue encore le vilain de service dont le rôle consiste à ne rien faire – et un duo Calvin et Klein. Pour le coup, malgré le trop peu de scènes qu’ils partagent à notre goût, on ne peut que savourer chaque instant d’écran entre Jake et Henry. La narration s’amuse à leur prêter une complicité homoérotique où les deux s’amusent constamment à s’échanger des mots doux, appuyée par l’absence bienvenue de romantisme autour de leur patronne / mère plus jeune. On a beau ne rien savoir de ces mercenaires, l’alchimie à l’écran est évidente. On a la sensation de retrouver un peu du charme de The Man from U.N.C.L.E. et on ne dirait pas non à une suite avec Gyllenhaal remplaçant Hammer.

Il reste la frustration de voir un film jouer beaucoup trop sur son casting et son pitch de base, manquant un peu d’ambition alors que toute la matière y est. Le même ressenti que sur les derniers Guy Ritchie finalement. Il n’en reste pas moins que Les Spécialistes ne prendra pas tout le monde au jeu, mais pour qui tombera dans ses filets, vous vous laisserez gentiment porter par un long-métrage vous prenant par la main pour ne plus la lâcher jusqu’au générique final.