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Critique Les Maîtres de l’Univers sur Prime Video : par le pouvoir du cringe ancestral ?

Débarqué en dernière minute sur Prime Video, Les Maîtres de l’Univers entend ressusciter une franchise qui n’a jamais réussi à prendre sur grand écran. Ceci explique cela, comme on dit.

Les Maîtres de l’Univers pourrait être un cas d’école, si ce n’était pas la énième fois qu’on nous fait le coup. Une sortie dans les salles américaines en juin dernier pas si folle prive le film de connaître la joie du grand écran sur beaucoup de marchés internationaux, y compris en France. Ô rage, ô désespoir, ô box-office ennemi. Que cela ne tienne, Prime Video annonce qu’elle diffusera bien le film par chez nous, mais quand ? Comme toujours, pas de date, de publicité. Non, juste une annonce trois jours avant pour une sortie sur la plateforme de streaming… aujourd’hui.

Critique Les Maîtres de l’Univers sur Prime Video : par le pouvoir du cringe ancestral ?
© Amazon MGM

Pourtant, les échos américains n’étaient pas foncièrement catastrophiques, voire bienveillants envers cette nouvelle adaptation. Mais quand on nous le bazarde sur le service de SVoD comme si c’était une sortie contractuelle qui ne mérite pas plus que 4 mots sur Letterboxd, comment croire au potentiel du film de Travis Knight ? En tout cas, ce n’est pas ce qui allait nous empêcher d’y jeter un œil, parce que le pouvoir du crâne ancestral avant tout.

Une erreur au cinéma

Après l’invasion de son royaume par l’effroyable Skeletor (Jared Leto), le prince Adam (Nicholas Galitzine) d’Eternia est envoyé sur Terre avec l’Épée de Pouvoir, arme convoitée et seule capable de le ramener au royaume. Après quinze ans de séparation, l’Épée le ramène enfin sur Eternia où Skeletor règne désormais en maître. Pour sauver sa famille et ses amis, Adam et ses alliés vont devoir lutter contre les forces obscures, réveillant en lui un pouvoir qu’il ne soupçonnait pas. Il est le He-Man (Musclor en France).

Au bout de quasiment deux heures, il faut se rendre à l’évidence : on sait pourquoi le film n’a pas trouvé son public sur grand écran. Ce qui n’excuse pas le manque d’intérêt d’Amazon pour le projet, attention, toutefois, il est indéniable que ce Maîtres de l’Univers nouvelle version n’est pas plus calibré pour le cinéma que ne l’était son prédécesseur, le mythique nanar de 1987 avec Dolph Lundgren et Courteney Cox (ce film existe, regardez-le !).

Est-ce que cela signifie qu’on a encore droit à un énième navet prouvant que la licence de Mattel n’est définitivement pas faite pour avoir sa version live ? Ne nous faites pas dire ce que l’on n’a pas dit, bande de zigotos. Non, c’est simplement parce que les scénaristes Chris Butler, David Callaham, Aaron et Adam Nee ont la meilleure idée du monde : prendre Les Maîtres de l’Univers pour ce qu’il est.

Les Maîtres de l’univers décalé

On parle d’un méchant avec une tête de squelette, d’un tigre vert qui parle, d’un homme dont le pouvoir lui confère des gros muscles et moins de vêtements, d’un personnage qui se bat grâce à son cou qui s’allonge. Oui, la licence de Mattel est volontairement kitsch parce qu’on parle avant tout de jouets. Ce n’est pas tant le parcours épique d’un héros que le long-métrage entend raconter, mais comment mettre en scène des jouets. Les Maîtres de l’Univers version 2026 est cool parce qu’il n’a aucune intention de se prendre au sérieux.

Critique Les Maîtres de l’Univers sur Prime Video : par le pouvoir du cringe ancestral ?
© Amazon MGM

Adam n’est pas un héros valeureux, c’est un employé de bureau obsédé par une épée qui plante tous ses rencards avec ses histoires d’Eternia. Si un héros s’appelle Fisto, c’est évidemment parce qu’un enfant trouvait qu’il “fistait” des méchants avec son énorme poing. Skeletor est un méchant caractérisé uniquement par sa volonté d’être méchant, et même pas effrayant. Travis Knight a bien compris qu’il lui était impossible de rendre crédible Les Maîtres de l’Univers sur grand écran parce que toute la mythologie repose sur l’idée d’un gamin ouvrant son coffre à jouets et s’inventant des récits sans se soucier de la cohérence de ses figurines. Alors autant épouser cette idée et réaliser, ainsi, la meilleure adaptation des Maîtres de l’Univers que les fans pouvaient espérer.

À ce titre, il faut saluer la performance exceptionnelle de Nicholas Galitzine qui embrasse parfaitement la figure d’un héros héroïque malgré lui, dans une version moderne du Jack Burton de Kurt Russell. Son Adam est attachant, drôle, et complètement à côté de la plaque la majorité du temps. Un vrai sentiment de plaisir pris se dégage de l’ensemble du casting, entre un Idris Elba en mentor même pas convaincu de lui-même, une Camila Mendes qui passe son temps à faire du baby-sitting, une Alison Brie jouant comme dans un épisode cosplay de Community ou un Jared Leto en roue libre. La bonne humeur est communicative.

Critique Les Maîtres de l’Univers sur Prime Video : par le pouvoir du cringe ancestral ?
© Amazon MGM

Le long-métrage est une ode à l’insouciance, à l’imagination, à poser son esprit critique pour se moquer gentiment de et avec lui, faisant de son ridicule son leitmotiv. Mais c’est également pour cette raison qu’il ne pouvait pas marcher au cinéma, parce qu’il ne ressemble à aucun blockbuster si ce n’est, à la limite, à un Gardiens de la Galaxie sous champignon hallucinogène. Non, on est devant le Graal : le film de pote ultime qui doit se savourer en bonne compagnie sur le canapé avec des chips goût raclette, en s’amusant de voir Enzo, du coin de l’œil, n’absolument pas comprendre ce qu’il est en train de regarder.

He-Man toxique

Ce qui n’empêche pas Les Maîtres de l’Univers de taper plusieurs fois à côté, rattrapé par son récit imposé de ce He-Man (Musclor) chargé de sauver le royaume de Skeletor. Paradoxalement, c’est lorsqu’Adam se transforme pour la première fois – plutôt tardivement dans un film consacré – que le long-métrage prend soudain une tournure plus sérieuse.

Critique Les Maîtres de l’Univers sur Prime Video : par le pouvoir du cringe ancestral ?
© Amazon MGM

Sauf que le premier degré est plus mortel que Skeletor et là où les effets spéciaux baclés (les doublures numériques foisonnent) pouvaient être pris à la rigolade au milieu des vannes, ils sont soudain extrêmement gênants lorsque le film cherche l’épique. On a le sentiment que le long-métrage hésite parfois trop sur la bonne direction à prendre et va maladroitement faire quelques tentatives dans un sens ou dans l’autre, faisant les mauvais choix.

Les Maîtres de l’Univers est une sorte de Donjons & Dragons : l’honneur des voleurs, à la fois respectueux de son univers et capable d’autodérision sur celui-ci. Son manque d’équilibre et de budget ne lui permet pas d’atteindre le même niveau, mais il a su trouver la seule direction qui pouvait transformer un bide assuré en plaisir assumé.

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Notre avis

Les Maîtres de l'Univers est un film bête dans le bon sens du terme. Parce qu'il comprend qu'on n'est pas là pour réellement prendre au sérieux cet univers qui a mis la cohérence au placard dès sa conception. Alors il s'amuse, se moque, mais toujours avec respect et, parfois, un peu trop de sérieux pour son propre bien. Un divertissement parfait pour une soirée avec les copains.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 7 / 10

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