Critique

Filtre Facebook, entre hommage et polémique

Général

Par Elodie le

Peu de temps après la vague d’attentats de vendredi soir dernier, les hommages ont commencé à pleuvoir dans les médias et sur la toile. Outre le Safety Check, Facebook a déployé un filtre tricolore bleu-blanc-rouge pour que chacun puisse, s’il le souhaite, marquer son soutien à Paris et plus généralement à la France. Un filtre qui a suscité la polémique.

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Sonnés et sous le choc, les Français n’avaient, pour la plupart, pas les mots pour exprimer leur douleur et l’effroi qui les a saisis à l’annonce des attaques terroristes qui ont endeuillé la France dans ce qui représente l’attentat le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un bilan de 129 morts et 352 blessés à ce jour.

Très rapidement, dans la soirée du 13 novembre, Facebook a déployé, pour la première fois dans le cadre d’une attaque terroriste, le Safety Check. Le lendemain, le réseau social proposait un filtre bleu-blanc-rouge à apposer sur sa photo de profil en signe de soutien. Un dispositif temporaire d’une heure, un jour, une semaine ou lorsque vous le désactiverez manuellement.

Contre toute attente, cette initiative a suscité la polémique : « nationaliste », « impérialiste », « connotation agressive », une féministe trouvant même que cela donne « une allure FN » à Facebook, comme le rapporte Fabrice d’Almeida, professeur d’histoire à l’Université Panthéon-Assas dans le Huffington Post, les critiques n’ont pas manqué.

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« Ce symbole appartient à tous et à chacun. Ne pas le comprendre aujourd’hui paraît totalement décalé, tout comme ne pas admettre que la Marseillaise, l’hymne national depuis 1879, est, certes, un chant guerrier, mais qu’elle dit aussi l’espoir des dépossédés et que, pour cette raison, des révolutionnaires en ont fait partout dans le monde le chant de la liberté. Prétendre préférer des icônes bricolées en un jour à un signe fondateur de la République signale un raisonnement à courte vue et l’oubli que le contrat qui nous lie à la nation suppose d’en adopter les signes », rappelle-t-il pourtant.

Aujourd’hui encore, Slate publie les considérations d’une journaliste britannique dans The Independent, très critique envers cette initiative de Facebook et accusatrice envers ceux qui en ont profité :

« J’espère juste que vous allez aussi changer votre photo de profil avec un drapeau d’un pays différent à chaque fois que des personnes seront tuées à tort en représailles d’un conflit international –par exemple, comme pour les attaques à Beyrouth au Liban la veille. »

Pour le quotidien britannique, ce voile bleu-blanc-rouge s’apparente à de « l’ethnocentrisme occidental » :

« Les drapeaux sont des symboles chargés d’un incroyable sens politique et historique –regardez juste l’infâme drapeau que porte haut l’État islamique lui-même–, qui représentent les États, leur influence, leur pouvoir, les frontières, l’identité, le nationalisme, qui sont quelques-unes des causes les plus courantes qui mènent à un conflit armé. C’est important, avant d’apposer un drapeau sur votre visage souriant, de penser à tout cela ».

Voilà. Ou alors ne souriez pas…