Critique

Critique : Godzilla – film catastrophe ?

Cinéma

Par Pierre le

Mes amis, je suis perplexe. Cela fait maintenant trois jours que j’ai vu le nouveau Godzilla signé par Gareth Edwards, et je ne sais toujours pas quoi en penser. Embêtant, surtout quand on doit faire une critique pour vous conseiller d’aller le voir ou non. Nous allons tenter de décrypter tout ça ensemble pour savoir si oui ou non, ce nouveau Godzilla vaut le coup.

Nous suivons le destin de la famille Brody
Nous suivons le destin de la famille Brody

Critique garantie sans spoilers (si vous avez vu les bandes annonces)

Godzilla est un monument du cinéma japonais. Créé en 1954, la bête légendaire n’a jamais cessé d’apparaître sur les écrans depuis, alternant le bon et le médiocre. Cette cuvée 2014 est une version américaine réalisée par Gareth Edwards, sous la houlette de Legendary Pictures et la Warner. L’objectif ? Réaliser un film catastrophe très réaliste et donner une version crédible de la bêbête. Et c’est là que les choses se compliquent.

Nous allons tout de suite évacuer ce qui ne va pas dans le film, afin de cerner le problème. Lorsqu’un réalisateur fait un film de monstres, il a deux possibilités qui s’offrent à lui. Soit le faire au second degré, soit donner une approche crédible des choses. Si Guillermo Del Toro avait choisi la première option dans Pacific Rim en faisant un gros doigt au réalisme, Gareth Edwards a choisi la deuxième. Le problème, c’est que le bonhomme maîtrise parfaitement la forme de son sujet, mais un peu moins le fond.

Les apparitions de Godzilla sont dantesques
Les apparitions de Godzilla sont dantesques

Bas du front

Ici, point de message fort dans le film. Alors que le premier Godzilla avait été réalisé pour dénoncer les essais nucléaires américains dans les années 1950, cette version 2014 se contente de nous dire « l’homme ne peut rien face à la puissance de la nature » (Nicolas Hulot approves this message). C’est bien tout ça, je vous l’accorde, mais nous l’avons déjà entendu plein de fois dans d’autres films et Godzilla n’apporte pas sa pierre à l’édifice. Il est d’ailleurs amusant de noter que dans cette version, le nucléaire n’est utilisé que comme un levier scénaristique et rien d’autre. Enfin bon, Godzilla ne prétend pas non plus nous donner des leçons et se définit comme un gros film de monstres, rien de plus.

Deuxièmement, si les monstres du film prennent un malin plaisir à tout détruire, nous sentons rarement le poids de la catastrophe sur nos héros. Alors certes, les civils périssent à tour de bras, mais soyons francs, on s’en fiche un peu et cela ne rajoute pas d’émotion. Il est d’ailleurs étonnant, dans une Amérique post 11 septembre où l’on sait exactement ce que catastrophe urbaine signifie, qu’il n’y ait pas plus d’éléments qui viennent appuyer ce sentiment de désastre et d’impuissance. De même, nous ne sentons jamais nos héros réellement en danger dans Godzilla. La bestiole démesurée est paradoxalement plus un danger pour les immeubles que pour les personnages qui passent entre les gouttes.

Même Ken Watanabe doute de la logique de l'armée
Même Ken Watanabe doute de la logique de l’armée

Enfin, pour terminer avec ce qui ne va pas : le scénario. Celui-ci enchaîne en effet les incohérences et les raccourcis. Si l’histoire de la famille Brody, au cœur du film, passe encore, certains éléments viendront vous faire tiquer, arrivant comme un cheveu sur la soupe. Et notons par ailleurs la stupidité des personnages secondaires, surtout des militaires. On se demande vraiment comment de tels crétins ont réussi à faire leurs classes ou à obtenir des grades prestigieux, tant leurs décisions semblent illogiques pendant tout le film.

Maiiiiiiis…

… il y a bien un mais. Si Godzilla 2014 est bourré de défauts, ce serait mentir d’affirmer m’être ennuyé pendant le film. Le scénario, même s’il n’est pas parfait, se suit sans déplaisir. Gareth Edwards connait en effet son boulot et l’a déjà prouvé avec Monsters en 2010. Le rythme du film est parfaitement bien maitrisé, alternant les moments de calme pour nous préparer à la destruction. Godzilla est bien le personnage principal du film. S’il se fait un peu voler la vedette par… vous verrez bien, ses apparitions sont maîtrisées de A à Z et son gigantisme est parfaitement retranscrit à l’écran. Edwards signe d’ailleurs de magnifiques plans, nous donnant bien la mesure de la menace qui pèse sur l’humanité.

Certains plans claquent
Certains plans claquent

La bataille finale est d’ailleurs un exemple à suivre en matière d’effets spéciaux et d’action, tant elle est savamment mise en scène et excellemment bien filmée. De même, les acteurs, assurent le job dans Godzilla. Entre un Bryan Cranston toujours aussi bon et un Aaron Taylor Johnson qui joue un gros dur au cœur tendre, le casting est de haute volée.

Verdict

Bref, nous avons vu ensemble les principaux aspects de Godzilla et un verdict se profile à l’horizon. Alors oui, le film est bourré de défauts. Des défauts presque impardonnables. Mais pourtant, ils disparaissent devant la joie de voir le lézard géant s’amuser à tout détruire avec ses copains. Voilà ce qu’est Godzilla : un film bas du front qui rime avec plaisir coupable. Bref, un blockbuster bien calibré qui, à défaut de nous toucher avec un message fort, satisfait notre envie sadique de voir des villes rasées en un clin d’œil.

YEAAAAAH ! DESTRUCTION !
YEAAAAAH ! DESTRUCTION !

Allez, pour le plaisir :

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