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Critique Jupiter’s Legacy, à la hauteur de ses ambitions ?

Série

Par Julie Hay le

Avec le créateur de Daredevil aux commandes, cette adaptation des comics de Mark Millar avait tout pour nous séduire. La série réussira-t-elle à nous convaincre ? Critique.

© Netflix

Les super-héros ont largement investi le paysage audiovisuel de ces dernières années. À tel point qu’il est bien difficile de citer une seule plateforme n’ayant pas succombé aux sirènes des comics. Que ce soit sur le petit ou le grand écran, les héros en cape et collants sont de tous les rendez-vous. Netflix n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. On se souvient de ses excellentes séries estampillées Marvel, qui nous avaient toutes convaincues, à quelques exceptions près.

Pour autant, la plateforme ne peut plus compter sur les héros de la maison des idées, qui ont tous rejoint le camp adverse au moment du lancement de Disney+. Peu importe, la firme de Reed Hastings a plus d’un tour dans son sac et recrute le créateur de Daredevil pour sa nouvelle production. Baptisée Jupiter’s Legacy, la série adaptée des comics de Mark Millar entend porter un regard nouveau sur les figures héroïques, en déconstruisant les mythes et en s’affranchissant des écrits fondateurs. Elle suit les aventures de la famille Sampson, composée d’êtres aux grands pouvoirs et donc aux grandes responsabilités. Alors que le père mène d’une main de fer ses troupes, ses enfants tentent de s’extirper de ce modèle vieux de plusieurs décennies. Les deux générations s’opposent alors qu’une nouvelle menace émerge.

Comme les comics, Jupiter’s Legacy s’intéressera moins aux combats de grande envergure, qu’aux drames presque tragiques qui se jouent entre les différents personnages. Le but de l’intrigue est assumé, s’intéresser à l’intimité des super-héros et les liens qui unissent chacun des membres de cette famille pour le moins hors norme. Construite sur une double narration, qui oscille sans cesse entre le passé et le présent, Jupiter’s Legacy place la question de la filiation au cœur de son intrigue. Si la mayonnaise prend lorsque l’on s’intéresse aux origines des pouvoirs de l’Utopian, c’est plus compliqué pour la trame narrative contemporaine. Multipliant les clichés du genre, sur les sempiternelles questions d’héritage, Jupiter’s Legacy peine à trouver son rythme dans les premiers épisodes. Trop bavarde, elle préfère marteler son message aux spectateurs, plutôt que de leur laisser le soin d’en tirer eux-mêmes certaines conclusions. Mais à mesure que l’étau se resserre autour de nos héros, on finit par se prendre au jeu et on pardonne volontiers les maladresses du début (au moins un petit peu).

Crédits : Netflix

La série qui semble avoir été construite en réponse à The Boys d’Amazon Prime Video ne souffre pas la comparaison avec celle d’Eric Kripke. L’humour noir du scénariste et ce goût prononcé pour le loufoque et le trash aurait permis à Jupiter’s Legacy d’être sur un même pied d’égalité. Malheureusement, le créateur de Daredevil se prend trop au sérieux.

Un casting inégal

Si Josh Duhamel nous fait une démonstration de ses talents dans son incarnation de l’Utopian, il ne fait pas toujours face à des acteurs de sa trempe. Le casting principal s’en sort honorablement, mais ce n’est pas vraiment aussi convaincant du côté des personnages secondaires. Leslie Bibb a par exemple beaucoup de mal à nous convaincre en Lady Liberty, tous comme les autres jeunes super-héros qui passent devant la caméra. On saluera en revanche les performances de Ben Daniels et Matt Lanter, qui incarnent respectivement Brainwave et Skyfox.

Fait de bric et de broc

Qui dit super-héros, dit effets spéciaux et c’est là que le bât blesse. Si les scènes d’actions ne sont pas aussi nombreuses que l’on pourrait le croire, elles ont néanmoins la fâcheuse tendance à nous sortir de l’histoire. La faute à des effets visuels de mauvaise facture et qui frisent parfois le ridicule. Si l’aspect retro et désuet des costumes est pardonnable, surtout quand on sait que c’est une prise de parti du créateur, il est beaucoup plus difficile d’expliquer les choix faits par Netflix et Steven D.Knight pour mettre en images certains pouvoirs. Si le créateur de Daredevil s’en sort admirablement derrière la caméra, au point d’offrir quelques très belles séquences, ces effets numériques ingrats ne lui permettent pas de s’élever au rang de la série centrée sur le diable de Hell’s kitchen. Néanmoins, on retrouve la patte du réalisateur lors des scènes de corps à corps.

Crédits : Netflix

Après une entrée en matière assez inégale, Jupiter’s Legacy réussit à sortir la tête de l’eau dans ses derniers épisodes. Trop bavarde et parfois caricaturale, la série adaptée des comics de Mark Millar aurait tout intérêt à se concentrer sur ce qu’elle fait de mieux : explorer les destins de ses personnages. Elle ne souffre en revanche pas de la comparaison avec les autres productions du genre, comme Daredevil et surtout The Boys. 

Notre avis

Malgré toutes ses bonnes intentions, Jupiter's Legacy peine à nous convaincre. La faute à des effets visuels de mauvaise facture et une intrigue qui sent parfois le réchauffé. Pour autant, sa conclusion nous donne l'espoir d'une deuxième saison à la hauteur de nos espérances. Reste que sur le créneau des super-héros, les productions sont nombreuses et que la nouvelle série de Steven D.Knight a du mal à souffrir la comparaison avec les précédentes incursions du scénariste dans le genre.

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