Critique

Netflix : notre classement ultime de l’ensemble du catalogue du studio Ghibli

Cinéma

Par Felix Gouty le

A l’occasion de la diffusion de tous les films du catalogue du studio Ghibli sur Netflix, le Journal du Geek les critique et les classe du moins bon au plus stratosphérique.

Trente ans de pures merveilles du septième art et d’animation (sans compter les six années depuis la sortie de la dernière d’entre elles). Depuis Nausicaä de la Vallée du vent, pourtant sortie avant la création du studio qui en revendique l’héritage, en 1984, le studio d’animation japonais Ghibli a gagné une réputation d’excellence sans pareille. Son catalogue, qui peut néanmoins paraître frêle en comparaison de ceux de Walt Disney Pictures ou du studio Pixar, est gorgé de chefs d’œuvre aux styles et thèmes variés. Cependant, tous brillent d’une même flamme de passion … M’enfin, plus ou moins. La diffusion de l’intégralité des films du studio Ghibli sur Netflix en avril dernier a présenté l’occasion parfaite pour les redécouvrir – et pour certains, de les découvrir – sous un nouveau jour. Aussi, en attendant que Miyazaki père et fils ne finalisent leurs projets de films en cours, profitons-en pour lancer ce défi de taille : critiquer (avec le moins de spoilers possibles) et classer tous les titres de ce catalogue plus fabuleux les uns que les autres !

Le seul médiocre

  • #22 – Les Contes de Terremer

L’annotation « peut mieux faire » aurait pu résumer le sentiment du spectateur à la fin de ce premier film de Goro Miyazaki. Ce dernier, le fils du légendaire Hayao Miyazaki, semble en effet avoir manqué de relire sa copie une dernière fois avant de la rendre. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas de lui signifier, assez froidement, après l’avant-première – comme le relate un récent documentaire sur le maestro de l’animation japonaise. Pourtant, le matériel de base – les romans éponymes d’Ursula Le Guin, relatant un monde imaginaire où la magie se base sur la connaissance des mots – avait la richesse et la structure affinée nécessaire pour un faire un premier essai réussi. Malheureusement, le jeune Goro semble effectivement s’égarer à plusieurs reprises dans une narration globalement très maladroite. Des tournures scénaristiques, pourtant naturelles et cruciales, manquent. A plusieurs reprises, le comportement des personnages principaux interrogent. Les très nombreux emprunts à Nausicaä de la Vallée du vent, que ce soit dans l’univers ou à travers des personnages comme Épervier, n’aident pas non plus à le considérer autrement qu’une reprise maladroite de l’héritage paternel.

Les moins mémorables

  • #21 – Je peux entendre l’océan

La promesse tacite qui accompagne un film du studio Ghibli est de proposer une source d’émerveillement, d’émotion intense ou d’une réflexion marquante sur un des thèmes universels de la vie. Malgré la beauté de son animation (pour le coup, les artisans du studio ne faillent jamais à cette tâche) et son ambiance posée et apaisante, Je peux entendre l’océan ne réserve rien de tout cela. Cette tranche de vie autour d’un triangle amoureux entre trois adolescents en passe de devenir de jeunes adultes ne parvient pas à s’élever au standard, malheureusement (en un sens) très haut, des œuvres du studio Ghibli. Rien dans la construction des personnages ne chamboule ou ne marque. Il conviendra néanmoins au spectateur qui, peut-être, cherche un peu de repos ou une simple pause zen dans ce monde de brutes.

  • #20 – Le Royaume des Chats

Par nature, ce film est un « spin-off » (peut-être le seul film ouvertement connecté à un autre au sein de la filmographie Ghibli) et perd donc un peu du charme de l’œuvre dont il est tiré : Si tu tends l’oreille. Si celle-ci était plus terre-à-terre, Le Royaume des Chats surfe totalement sur les genres du fantastique et du conte, prenant le parti de faire vivre ce qui, dans le film d’origine, n’était resté qu’à une échelle inerte voire fantasmagorique. Résultat, l’aventure reste très mignonne et profite élégamment de l’expertise graphique du studio mais jamais ne transcende. Au final, elle ne finit que par être un doux conte, sans gravité  – puisque même les antagonistes paraissent parfois blasés et que l’héroïne, pour faire place au baron Humbert von Gikkingen, semble souvent trop naïve et hébétée pour sortir du studio Ghibli – plutôt qu’un véritable récit original et marquant.

Crédits : Studio Ghibli.
  • #19 – Souvenirs goutte à goutte

Souvenirs goutte à goutte ressemble à Je peux entendre l’océan, en cela qu’il constitue lui aussi une tranche de vie difficilement universel et mémorable. Cependant, contrairement à ce dernier, le film du cofondateur du studio, Isao Takahata, montre plus de maîtrise et surtout de profondeur dans l’exploration de la psychologie de son personnage principal. Jeune adulte, Taeko se cherche encore dans une vie qui, professionnellement, ne lui convient pas et qui, sentimentalement, est au point mort. Prenant du repos à la campagne, une série de flashbacks vers une enfance où l’incertitude ne l’avait pas encore gagné va lui permettre de se retrouver elle-même et de gagner la confiance qui lui manquait. Ce mode de narration permet à Souvenirs goutte à goutte de délivrer un message : pour ne pas s’égarer et devenir adulte plus sereinement, prenez du recul et revisitez votre enfance. Après tout, il faut savoir d’où on vient et qui on est pour aller de l’avant.

Les difficile à départager …

  • #18 – La Colline aux Coquelicots

Quand on disait que Goro Miyazaki pouvait « mieux faire. » Avec La Colline aux Coquelicots signe un long-métrage émouvant, énergique et même intriguant par endroits. Rien à voir avec la déception des Contes de Terremer. Cependant, aussi belle cette amélioration soit-elle de sa part, son second film reste en-deçà d’autres récits du genre produits par le studio Ghibli au fil des années. La rencontre puis l’histoire d’amour entre les deux lycéens sont bien construites et le mystère autour d’un passé commun soupçonné intrigue. Néanmoins, la grande révélation que le spectateur attend semble un peu trop timide, voire même légèrement expéditive surtout face à l’ampleur que prend l’intrigue secondaire de la rénovation de la maison des étudiants. Il n’en demeure pas moins que sa musique (et, en particulier, sa chanson principale) donne des frissons.

  • #17 – Mes voisins, les Yamada

Avec Mes voisins, les Yamadas, Isao Takahata a réalisé un film à sketchs qui détonne complètement avec les styles graphique et narratif désormais établis du studio. Cette sortie des chantiers battus, en termes d’animation, qu’il réitérera presque quinze ans plus tard avec son dernier film (à retrouver au numéro 7 du classement), convient parfaitement à la structure choisie. Non seulement, la plupart des situations évoqués dans ce film sont véritablement drôles et attachantes mais la bonne idée de les focaliser toutes, pourtant indépendantes les unes des autres, à une même famille n’en est vraiment pas pour déplaire au spectateur. Certes, l’effet de la structure à sketchs ne profite pas au film sur la longueur (comme c’est le cas de la majorité des films du genre) mais le spectateur ressort positivement revigorer du visionnage.

  • #16 – Ponyo sur la falaise

Première œuvre d’Hayao Miyazaki du classement et, probablement, première controverse autour de ce positionnement. L’occasion pour rappeler que ce classement et les critiques qui l’accompagnent ne sont qu’un avis, purement et simplement. Ponyo sur la falaise, aussi magique et techniquement impressionnant soit-il, n’a juste pas la force des autres long-métrages réalisés par la star du studio. Pire encore, peut-être, il s’approche plus d’un « Miyazaki s’efforçant de faire du Miyazaki ». Ce sentiment d’observer une œuvre forcée n’est pas sans fondement lorsqu’on étudie son développement par le biais du fameux documentaire sur son créateur (lien ci-dessous). On le ressent aussi dans la mise en scène parfois excessivement surréaliste autour du personnage de Ponyo et des entités fantastiques auxquelles elle est liée. Comme avec Le Royaume des Chats, la mollesse de l’antagoniste (qui se révèle finalement de ne pas en être un, par pur abandon de poste) n’aide pas non plus à accentuer la tension dramatique. Autrement, le film reste emprunt du brio de Miyazaki, notamment, dans ses fulgurances fantastiques.

  • #15 – Si tu tends l’oreille

Avec ce premier film, on sait pourquoi les pontes du studio Ghibli considérait le jeune Yoshifumi Kondo comme leur successeur, avant sa mort tragique seulement quelques années plus tard. Si tu tends l’oreille est une romance adolescente bien nourrie et à l’évolution maîtrisée. Son atout, surtout, c’est de ne pas laisser de côté ce pour quoi le studio est connu, le fantastique et le conte, sans l’alourdir jusqu’à écraser l’intrigue principale. Les fantasmes de l’imagination de la jeune auteure en herbe suscitent vraiment l’émerveillement mais, par ailleurs, sont justifiés dans son parcours initiatique intellectuel. En plus de tout cela, ce traitement de la création artistique, qu’elle soit littéraire ou artisanale, est non seulement juste mais inspirante.

Crédits : Studio Ghibli.
  • #14 – Pompoko

Légèreté peut aller main dans la main avec sérieux. Pompoko en est la preuve. Dans cette fable, qui reprend la légende attestant que les chiens viverins (ou « tanuki », au Japon), animaux proches des ratons laveurs, sont en réalité polymorphes, l’humour enfantin et imaginatif de la communauté de ces tanukis magiques cohabite parfaitement avec le traitement très sérieux, et parfois cruel, du sujet de la déforestation, du sacrifice du territoire sauvage et de sa faune au profit de l’expansion de la société urbaine humaine. Le film parvient, avec un sens de l’équilibre narratif impressionnant, à jongler sans concession entre la magie des tanukis et la réalité de leur vie. Et, même à la fin où la réalité semble l’emporter, la magie demeure auprès des personnages survivants qui semble s’y être adapté et l’avoir accepté.

  • #13 – Souvenirs de Marnie

Parfois, quand un auteur joue avec les attentes du spectateur, il parvient à le surprendre et à surpasser ce que celui-ci attendait de lui. Telle est la qualité principale exprimée par avec Souvenirs de Marnie. Si l’histoire, dans un brouillard entre réalité et rêve, et les caractères des personnages semble ne pas nous agripper tout de suite, ce n’est en fait qu’une illusion pour mieux nous émouvoir au moment du revirement. Car c’est grâce au « twist » final que ce long-métrage prend tout son sens mais surtout dévoile toute sa force. Au-delà des fantasmes d’une adolescente introvertie et asociale, Souvenirs de Marnie évoque surtout le pouvoir ahurissant de la mémoire sur notre psychée et la résistance des liens familiaux d’amour perdus.

  • #12 – Arrietty, le petit monde des chapardeurs

Alors qu’il est directement inspiré des livres pour enfants écrits par Mary Norton (Les Chapardeurs), ce film semble véritablement être l’expression d’un scénario original. Et ce n’est pourtant pas une mince affaire au sein d’un genre, celui du film fantastique en microcosme, aujourd’hui déjà vu et revu. L’univers d’Arrietty, le petit monde des chapardeurs est véritablement riche, non seulement de couleurs et d’idées mais surtout de profondeur. Dans ce sous-sol d’une maison de campagne, le spectateur a véritablement l’impression que les chapardeurs peuvent exister et avoir existé. Le personnage d’Arrietty en est la démonstration, extrêmement vivante mais engluée dans ses contradictions, en particulier dans sa rencontre avec Sho, jeune adolescent autant malade que mal dans sa peau. Entre eux, rien ne semble forcé ou inéluctable mais réaliste : quoiqu’ils sont attirés l’un à l’autre et resteront jamais connectés l’un à l’autre, ils appartiennent à deux mondes opposés dont la survie de l’un n’est pas garantie par celle de l’autre.

… et ceux pour lesquels ça se corse vraiment !

  • #11 – Le vent se lève

« … Il faut tenter de vivre. » Ce long-métrage, son dernier en date, est peut-être le plus personnel de la carrière d’Hayao Miyazaki. Dans Le vent se lève, il imagine autant qu’il raconte, à sa façon, la vie de son père, ingénieur aéronautique, au travers du personnage de Jiro Horikoshi – lequel a, lui aussi, réellement existé. Il s’arrête surtout sur son histoire d’amour – la plus pure qu’il soit, serons-nous tenté de dire – troublée par la guerre et la maladie avec l’élégante et douce Nahoko. Il n’y a pas d’autres œuvres de cette filmographie plus gorgées de romantisme que Le vent se lève, qui doit pourtant son titre à la maxime du constructiviste Paul Valéry : que ce soit au sens propre du terme ou au sens noble, celui de Victor Hugo. Mais la maestria du romantisme du film est avant tout de garder son identité et sa pâte éminemment japonaises, à savoir dans la mesure, la beauté de la simplicité et de la retenu sans aller à l’encontre des émotions les plus pures.

  • #10 – Kiki, la petite sorcière

Kiki, la petite sorcière, compte parmi les meilleurs exemples de voyage initiatique (ou de « coming-of-age story », comme dirait les anglophones). Loin d’être l’élue, à la destinée toute tracée et qui n’a pour seul obstacle que son passé, la jeune Kiki n’est qu’une petite fille ambitieuse pleine de ressources qui tente de braver les affres de la vie. Elle a du talent, mais cela ne fait pas tout : elle le découvre en même temps que le spectateur. La vertu de Kiki est de réussir à surmonter chaque obstacle avec persévérance sans hésiter à faire état de ses doutes et de ses faiblesses. Malgré le fait d’être un conte, le film ne s’égare pas dans un excès de magie et préfère – et il fait bien – rester réaliste et pertinent quoi qu’il arrive. Le seul regret, peut-être, pour le spectateur est de devoir abandonner son iconique personnage secondaire en cours de route. Un peu plus de magie, cette fois, n’aurait pas été de refus.

Crédits : Studio Ghibli.
  • #9 – Porco Rosso

Peut-être plus encore que Le vent se lève, Hayao Miyazaki signe une véritable lettre d’amour à l’aviation avec Porco Rosso. Tout, dans son animation, reflète son amour profond pour les avions, leur fonctionnement et leur majesté. Mais, fort heureusement, Porco Rosso est bien plus : c’est une version Ghibli-esque réussie de Casablanca, de Michael Curtiz. Le chevaleresque mais maudit aviateur porcin, justicier du ciel de la Méditerranée de l’entre-deux-guerres, ne peut se résoudre à vivre son histoire d’amour avec Gina, la patronne de l’hôtel Adriano. Ce n’est qu’en acceptant de transmettre son talent pour l’aviation et de tourner la page sur son passé, qu’il parvient à se sortir de sa malédiction : celle de la dépression et du stress post-traumatique. Cette alliance de motifs artistiques, de thèmes de fond et d’inspirations cinématographiques grandioses font de Porco Rosso un petit bijou en lui-même. Et n’hésitez surtout pas à le voir en VF, pour ne rien perdre de la voix grave et suave de Jean Reno, qui double le héros !

  • #8 – Mon voisin Totoro

Mon voisin Totoro cristallise, pour beaucoup, l’identité et la philosophie du studio Ghibli. Tant et si bien que ce dernier a fini par adopter la fantastique boule de poils éponyme comme son emblème et, en quelque sorte, son propre Mickey Mouse. Mon voisin Totoro n’est cependant qu’un versant de ce qui composera l’essence du studio : la sincérité de l’enfance, le rêve, le flou entre le fantastique et le conte, l’émerveillement. Pour rappel, il est sorti le même jour de son exact opposé, qui exprimait alors l’autre versant, Le Tombeau des Lucioles. Malgré tout, la magie de Mon voisin Totoro opère vraiment à chaque visionnage et transcende réellement les générations. Ce film est tel un portail par lequel chacun d’elles passe d’abord pour se plonger dans les mondes merveilleux du studio Ghibli.

  • #7 – Le conte de la Princesse Kaguya

Il est le dernier film d’Isaho Takahata, l’un des cofondateurs du studio et peut-être son auteur le plus expérimental. Comme avec Mes voisins, les Yamada, son style graphique s’éloigne des conventions de l’animation japonaise et s’approche encore davantage du crayonné et, là encore, de manière pertinente. Le conte de la Princesse Kaguya s’inspire en effet d’une des plus vieilles histoires du folklore japonais, tirée d’une époque très éloignée de l’animation moderne. Mais la force de ce long-métrage ne réside pas tant dans celle du fameux conte dont il est issue. Le conte de la Princesse Kaguya révèle la profonde force des liens familiaux, de l’amour partagé entre des parents et leur enfant, et surtout la grande injustice de la société et du pouvoir qui vient les dénaturer. En outre, l’émotion du spectateur lorsqu’il réalise l’immensité des regrets des personnages mais la fatalité de leur issue est d’une puissance émotionnelle rare.

Le panthéon légendaire

  • #6 – Le Château dans le ciel

Le Château dans le ciel est peut-être le plus grand récit d’aventure imaginé et réalisé par le studio Ghibli à ce jour. Si, aujourd’hui, ce genre tant à se perdre entre redites et parodies sans inspiration, il a été élevé à son paroxysme, dans l’animation japonaise, avec cette première production officielle du studio. Un jeune garçon vaillant et vigoureux, une jeune fille liée à de grands pouvoirs, des pirates aussi trouble-fêtes que drôles, une cité perdue flottant dans les nuages et un cruel ambitieux assoiffé de pouvoir et de domination : tous les ingrédients sont réunis pour promettre un voyage inoubliable. Non seulement, Le Château dans le ciel parvient à tenir cette promesse mais il la surpasse à travers une philosophie narrative qui caractérisera ensuite le studio. Hayao Miyazaki se sert en effet de sa maîtrise du registre de l’aventure pour traiter d’un thème universel et d’y délivrer un message personnel : celui de la protection de la nature et de sa magie, aux sens propre et figuré du terme. Il étaye aussi ce qui sera l’un des piliers de la pensée Ghibli qui est de dire qu’il n’y a parfois pas plus altruiste, courageux et sincère qu’un enfant.

  • #5 – Le Château Ambulant

D’un château à un autre. Le Château Ambulant regorge d’éléments chers à la fantasy qu’il exploite à merveille à travers des personnages attachants (et c’est dire, pour une flamme qui parle et un épouvantail qui sautille !) et d’un univers peuplé d’idées originales. Mais le cœur de ce chef-d’œuvre est évidemment son histoire d’amour digne des grandes légendes du genre, entre une simple chapelière et un ténébreux mais talentueux magicien. Au terme de leurs péripéties, leur relation, sur fond d’une vie au milieu de la guerre, les magnifie tous les deux : l’une apprend à aimer quelqu’un d’autre et l’autre, justement, apprend d’abord à accepter son statut d’adulte et à s’aimer lui-même. Ce pur concentré d’amour et de magie, emprunt d’une maturité tout autant intelligible pour les plus jeunes que pour les plus vieux, élève véritablement Le Château Ambulant au sein du panthéon de l’œuvre de Miyazaki et de son studio.

Crédits : Studio Ghibli.
  • #4 – Nausicäa de la Vallée du vent

Ce n’est pas un hasard si Nausicäa sonne comme Gaïa. Ce personnage (malgré son jeune âge apparent) est l’incarnation même de la Mère (avec un grand M) : non pas seulement celle qui se contente donner naissance mais aussi celle qui l’élève au-dessus de sa condition, qui lui montre l’exemple et qui le guide vers la véritable voie de l’existence. En cela, ce n’est non plus un hasard si c’est avec ce projet que Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Toshio Suzuki se sont décidés à donner eux-mêmes naissance au studio Ghibli. En plus d’inaugurer ce sur quoi se basera le style Ghibli, Nausicäa de la Vallée du vent est un récit profondément politique, adulte et intemporel. A travers son héroïne éponyme, il montre à quel point l’humain peut uniquement réaliser son plein potentiel lorsqu’il montre à la Nature (là aussi, avec un grand N) le respect qui lui est dû et lorsqu’il témoigne d’une empathie sincère avec ses congénères – des autres individus de son espèce aux plus infimes champignons toxiques qui l’empêchent même de vivre malgré eux.

  • #3 – Le Voyage de Chihiro

Le Voyage de Chihiro reste, encore aujourd’hui, le plus gros succès de l’histoire du box-office japonais. Pour beaucoup, il est, à juste titre, le summum de l’animation, japonaise ou non. Mais Le Voyage de Chihiro, comme son nom l’indique, est surtout la plus belle illustration de ce qu’un récit initiatique peut raconter et peut transmettre et même, par extension, de ce qu’un auteur peut accomplir en maîtrisant l’art ancestral de raconter une histoire. Mais plutôt que de choisir un grand et vaillant héros masculin pour donner son interprétation du modèle narratif du Héros aux mille et un visages – sur lequel, en théorie, se base n’importe quel histoire munie d’un protagoniste – Miyazaki choisit une petite fille impatiente et inattentive, condamnée injustement (ou non) dans un monde parallèle magique. Ce seul parti pris suffirait à justifier le caractère exceptionnel de ce film. Mais son auteur ne s’en contente pas et va au-delà : il construit un univers à l’organisation hors-pair autour de personnages mythiques, chacun porteur et émetteur d’une puissante dose émotionnelle. Lorsque l’esprit du spectateur ressort du Voyage de Chihiro, il gagne, comme son héroïne, une nouvelle perspective sur ce qui l’entoure, sur ses préjugés, sur les faux-semblants … dirons-nous presque, sur lui-même ?

  • #2 – Le Tombeau des Lucioles

Ce film est la preuve que l’animation n’est pas censée obligatoirement rimer avec lardons. Aucun spectateur ne reste indemne devant Le Tombeau des Lucioles. Il est souvent citer comme la dernière limite émotionnelle à défier, aux côtés d’autres grands long-métrages comme La Liste de Schindler, Le Pianiste ou Lion. Tous ont en commun de toucher à une intemporalité incomparable pour des œuvres pourtant ancrées dans une époque et des personnages uniques. Mais, en sa qualité d’œuvre d’animation, Le Tombeau des Lucioles redouble presque de mérite tant il a pris le risque de délivrer une telle cruauté et maturité par le biais d’un médium qui, jusqu’à alors, ne lui était pas réservé. C’est cette animation qui sublime pourtant le bonheur si tristesse et désespéré de ses enfants sacrifiés sur l’autel de la bêtise humaine. Le Tombeau des Lucioles génère un flux d’émotions dont on ne se relève pas et dont on conserve les traces à jamais. N’est-ce pas, en quelque sorte, le propre du cinéma que de nous émouvoir et de nous changer, d’une façon ou d’une autre, à la sortie d’une simple salle sombre doté d’un grand écran blanc ?

Crédits : Studio Ghibli.
  • #1 – Princesse Mononoké

Princesse Mononoké, c’est un récit de fantasy japonais comme il n’en existe aucun autre. C’est autant une lettre d’amour à la nature qu’une lettre d’indignation envers l’humanité, à la fois si ingénieuse, généreuse et courageuse et à la fois si égoïste, si vile et si lâche. C’est aussi une ode au féminisme, à la grandeur inégalable de la figure féminine et de son esprit éminemment juste. C’est, en outre, un hommage rendu à la faune sauvage et à sa majesté trop souvent oubliée. Mais par-dessus tout : aucun autre film ne montre avec autant de ferveur la vie telle qu’elle est, aussi belle que cruelle, aussi répugnante que flamboyante. En somme, il est à l’image de son héroïne : l’essence même de la vie, d’un point de vue holistique. Si le grand dieu-cerf représente la nature, sa force, sa beauté et sa magie, le personnage de Mononoké incarne quand elle la vie elle-même. En la dessinant à l’écran et en la mettant au monde, Hayao Miyazaki est devenu une légende vivante, le messager de ce à quoi ressemble la vie la plus pure qu’il soit.

Ghibli les artisans du rêve
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Ghibli les artisans du rêve
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Notre avis

"Quel abruti va dire : Miyazaki, je trouve ça moyen ?" se demandait le réalisateur français Quentin Dupieux auprès de nos confrères chez Konbini. Par extension, on pourrait se poser la question pour l'ensemble des films du studio Ghibli. Chacun réserve au spectateur sa dose d'émerveillement mais aussi d'émotions. Contrairement à ses homologues américains, le studio Ghibli semble avoir gardé son identité et son indépendance, préférant les beaux projets originaux à des redites profitables et confortables. Ce sentiment, d'avoir affaire à une entité intouchable garantissant l'excellence, peut néanmoins ternir certaines œuvres moins flamboyantes - comme Les Contes de Terremer. Ces dernières restent cependant une rare exception en comparaison de la quantité d'images, de musique et de personnages qui marqueront à jamais la vie des chanceux spectateurs qui les ont croisés.