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Critique La Femme de Ménage : le Gone Girl version Temu de Sydney Sweeney ?

La Femme de Ménage, c’est LE thriller de Noël porté par un tandem de choc, Sydney Sweeney et Amanda Seyfried. Enfin, ça, c’est ce qui était prévu. Car cette adaptation du roman de Freida McFadden doit composer avec un héritage particulièrement lourd.

Une semaine après la déferlante Avatar 3, petite contre-programmation pour les fêtes de fin d’année avec la sortie en salles de La Femme de Ménage en ce jour de réveillon. Un choix calendaire que certains jugeront osé, mais qui peut amplement se défendre par son sujet. Il ne s’agit pas simplement d’un thriller féminin, non, là, on parle de l’adaptation du roman de Freida McFadden publié en 2022, devenu best-seller mondial. En France, on estime 630 000 exemplaires vendus en 2024. C’est 500 000 exemplaires de plus que Le Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy.

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Et pour se charger du portage sur grand écran, la charge a été confiée à Paul Feig – aucun rapport avec Kevin Feige, ça ne s’écrit pas pareil, l’homme derrière L’Ombre d’Emily et sa suite, Mes meilleures amies ou encore Last Christmas (i gave you my heart). Dans les premiers rôles, Amanda Seyfried et surtout Sydney Sweeney, dont la popularité publique affolante n’aura pas affolé le box-office cette année, la belle ayant enchaîné bide sur bide.

Critique La Femme de Ménage : le Gone Girl version Temu de Sydney Sweeney ?
© Metropolitan Films

Désespérément à la recherche d’un travail, Millie (Sweeney) pense avoir la chance de sa vie lorsqu’elle est embauchée chez les Winchester en tant que femme de ménage à plein temps. Un job de rêve qui lui offre un toit et de quoi se nourrir dans le luxe de la villa. Sauf que quelque chose cloche et le comportement de Nina Winchester (Seyfried) devient de plus en plus lunatique et agressif et seul son mari Andrew (Brandon Sklenar) semble soutenir Millie. Secrets, manipulations, séduction… la jeune femme n’est pas au bout de ses surprises.

L’adaptation réussie d’un best-seller catastrophique ?

Il convient d’aborder le sujet de la cible recherchée. Il est évident que La Femme de Ménage s’adresse en premier lieu aux lectrices et aux lecteurs fans du travail de McFadden qui veulent voir ce thriller avec un soupçon d’érotisme porté à l’écran. À ce titre, nous n’étions pas vraiment le public visé, n’ayant pas ouvert une seule page de l’original. Néanmoins, les critiques de celui-ci semblent s’accorder à dire que l’écriture de McFadden n’est pas des plus flamboyantes. Récemment, l‘autrice a personnellement déclaré que le long-métrage était meilleur que son œuvre, tout en étant fidèle dans son récit. Dès lors, au regard de notre expérience au cinéma, on imagine facilement la qualité du roman…

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© Metropolitan Films

Il faut l’admettre, le résultat nous a provoqué, avec quelques collègues, plusieurs fous rires. Le premier a été lorsqu’on s’est aperçu qu’il ne s’était écoulé qu’une heure sur les deux du film, alors que nous espérions nous rapprocher de la fin. Les autres sont davantage le fait de l’écriture elle-même. La Femme de Ménage semble être un croisement entre le Gone Girl de Gillian Flynn et les Cinquante Nuances d’E.L. James, mais en n’ayant ni le suspense de l’un, ni le caractère sulfureux de l’autre. Romans ou films d’ailleurs.

S’il est délicat d’en parler plus en profondeur sans vous révéler le twist principal, on précisera simplement qu’il se devine au bout de deux scènes, la subtilité ne faisant pas partie des armes utilisées par Paul Feig et sa scénariste Rebecca Sonnenshine. Sauf que ce twist intervient bien trop tard dans le long-métrage, laissant le spectateur se poser la question du quand plus que du quoi. Pour le coup, L’Ombre d’Emily fonctionnait sur un principe similaire, avec davantage de prestance. C’est dire.

Critique La Femme de Ménage : le Gone Girl version Temu de Sydney Sweeney ?
© Metropolitan Films

D’autant que le film (et le roman donc) aime prendre son temps pour retarder l’inévitable, comme s’il était important de brouiller des pistes déjà bien révélées. Les séquences de folie de Nina vont se répéter, les regards discrets entre Millie et Andrew aussi, et on a la sensation qu’on avance au ralenti. Comble de la torpeur générale, le réalisateur s’amuse à rallonger chaque scène, insistant lourdement sur une atmosphère qui ne prend pas. Seule la dernière partie parvient à s’enflammer, malheureusement au prix de la cohérence et de l’intelligence des personnages.

Une flemme de ménage

Le récit de McFadden est problématique sur bien des aspects, dont certains sont heureusement corrigés par le duo Feig / Sonnenshine. On peut notamment lui reprocher une sororité de façade où l’alchimie entre les deux héroïnes ne prend absolument pas. Les dialogues et les situations font ressembler La Femme de Ménage à une sorte de téléfilm d’une chaîne privée, un dimanche après-midi. Un aspect bien ringard, étonnant chez un roman récent.

Critique La Femme de Ménage : le Gone Girl version Temu de Sydney Sweeney ?
© Metropolitan Films

Le matériel de base étant incroyablement faible, il faut donc bien compter sur le talent de ses interprètes pour parvenir à sauver les meubles. De son côté, Brandon Sklenar gère très convenablement les changements chez son personnage. Toutefois, la bouée de sauvetage s’appelle Amanda Seyfried. L’actrice doit composer avec un personnage écrit comme une définition de la folie, tendance hystérie, ce qui l’emmène régulièrement sur le terrain du surjeu. Sauf qu’elle parvient à exister sur cette planche savonnée en s’y donnant corps et âme, y apportant même une sorte de second degré salvateur. Oui, elle exagère constamment, mais elle le fait parfaitement.

Soit tout le contraire de sa partenaire. Sydney Sweeney joue comme si elle venait de découvrir le box-office de son Christie, avec une absence d’envie flagrante. Qu’on soit au cœur du thriller ou dans des scènes à l’érotisme chargé, l’actrice ne semble pas vraiment présente, partagée entre la moue boudeuse ou le regard interloqué. Même lorsque les événements s’emballent, elle semble les appréhender comme un jeudi, créant un décalage situationnel et émotionnel avec ses camarades. La dernière scène de l’œuvre viendra achever une prestation ridicule autour d’un personnage tout aussi fantomatique.

La Femme de Ménage se présente ainsi, comme une adaptation respectueuse du roman destinée aux millions de lecteurs et lectrices, qui ne se sentiront pas trahis au visionnage. Le problème majeur vient alors du roman lui-même, présenté comme un thriller sulfureux dans la veine de ce qui se faisait il y a quelques décennies et qui aurait oublié sa part de modernité au passage. Il n’y a donc que deux épines dans le pied du film : Freida McFadden et Sydney Sweeney. Dommage qu’elles en soient aussi sa raison d’être.

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Notre avis

Est-il approprié d'apporter un avis sur La Femme de Ménage lorsque la majorité de ses failles proviennent d'un matériel de base faisant passer Cinquante Nuances de Grey pour un chef-d’œuvre de littérature ? Il faut saluer néanmoins l'effort d'adaptation et la prestation d'une Amanda Seyfried impliquée. Un film qui convaincra le public qu'il est venu chercher et en fera sûrement rigoler beaucoup d'autres.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 4 / 10

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