Critique

[Critique] The Witcher : On débriefe la série événement de Netflix

Série

Par Amandine Jonniaux le

Sortie aujourd’hui, la très attendue série The Witcher promettait de donner (enfin) ses lettres noblesses sur petit écran à Geralt de Riv. Après une saga littéraire épique, signée Andrzej Sapkowski, et une adaptation vidéoludique à succès débutée en 2007, il ne manquait au Sorceleur qu’une série éponyme pour compléter sa success-story. C’est désormais chose faite sur Netflix, avec une adaptation en huit épisodes réalisée par Lauren Schmidt Hissrich, et aussi attendue que redoutée par les fans. Après avoir visionné les cinq premiers épisodes, on fait le point sur ce qu’il fallait retenir.

Entre Geralt et Superman, faut-il vraiment choisir ?

Avant même les premiers trailers, le choix d’Henry Cavill dans le rôle de Geralt de Riv ne faisait déjà pas l’unanimité. Il faut dire que le personnage le plus marquant de l’acteur bodybuildé reste encore aujourd’hui celui de Clark Kent aka Superman dans les différents films de Zack Snyder, et que son apparence de gendre idéal un peu trop lisse ne collait (sur le papier) pas vraiment avec celui du bestial Sorceleur dépeint par Andrzej Sapkowski dans ses romans.

Il a bien changé Geralt…

Au bout de quelques épisodes, force est de constater que le Sorceleur imaginé par Netflix n’est pas aussi rustre et bestial qu’on aurait aimé. Même couvert d’intestins de Stryge, Geralt de Riv reste un peu trop propre avec ses cheveux lavés et son rasage toujours parfait. Heureusement, Henry Cavill s’est visiblement donné les moyens d’être crédible dans son rôle d’ermite sauvage et désabusé aux pouvoirs surnaturels. Il faut dire qu’après avoir incarné l’Homme de fer pendant près de quatre ans au cinéma, l’acteur n’avait jamais caché son envie de s’imposer dans un registre radicalement différent, quitte à insister auprès de la réalisatrice Lauren Schmidt Hissrich pour obtenir le rôle. Le résultat est finalement plus réussi que prévu, au point qu’on finit même par oublier cet étonnant choix de casting pour apprécier le scénario.

Les effets spéciaux, on en parle ?

Dans un monde fantastique où les humains cohabitent avec de nombreuses créatures surnaturelles, pour la plupart empruntées à la mythologie slave et polonaise, on s’attendait évidemment à en prendre plein les yeux côté CGI. Sans être aussi catastrophiques que ne l’était la série Carnival Row (lire notre critique) dans ce domaine, force est d’admettre que les effets spéciaux de The Witcher ne sont pas transcendants. C’est d’autant plus flagrant (et dommage) lors de la toute première scène de la série, qui sans spoiler, nous offre un porté de câble digne de la série Power Rangers des années 1990. Pas de quoi gâcher le spectacle, mais on aurait préféré un rendu plus épique, surtout venant de la part d’une série à gros budget made in Netflix.

Le Boucher serait-il devenu vegan ?

Si visuellement, la série a tendance à décevoir un peu au niveau de ses effets spéciaux, elle souffre aussi d’un léger manque de brutalité dans son traitement, tant scénaristique que graphique. La violence et le sexe sont loin d’être absents des aventures de Geralt de Riv, mais on sent que Netflix n’a pas non plus voulu exclure un trop large public, quitte à édulcorer certains passages. Rien de bien grave, mais quand on connaît l’appétence du Boucher de Blaviken pour les femmes et les décapitations, on se dit qu’on aurait aimé en voir un peu plus. Au moins, on ne pourra pas reprocher à la plateforme d’avoir voulu jouer la carte de la violence et du sexe gratuits.

Entre passé et présent, on s’y perd un peu non ?

Tout comme His Dark Materials (lire notre critique), qui a sans doute été l’une des plus belles révélations sériesque de l’année sur OCS, The Witcher s’ancre dans un univers aussi vaste que riche, porté par plusieurs romans et une communauté de fans déjà existante. Dès le départ, on savait que le principal défi de la série Netflix ne résiderait donc pas dans le fond, mais plutôt sur la forme que prendraient les aventures du Loup Blanc sur petit écran. En seulement huit épisodes d’une heure, on craignait que la série ait du mal à dépeindre toute la complexité de la mythologie du personnage et de son univers, et c’est malheureusement un peu le cas. En enchaînant les aller-retour dans le passé, la narration prend parfois des tournures assez décousues, au point que sans connaître les romans, il est parfois compliqué de s’y retrouver, surtout dans les premiers épisodes.

Même si elle a le mérite de nous offrir un aperçu exhaustif sur le passé des personnages principaux, et notamment sur celui de Yennefer, la narration donne parfois l’impression que la série s’adresse avant tout aux fans, sans prendre le temps d’accrocher d’éventuels novices. Sans jouer la carte du fan-service à outrance, certaines références abordées dans les épisodes sont parfois à peine survolées, alors qu’elles constituent des points-clés dans la compréhension de l’histoire. Pour y voir plus clair, on vous conseille d’ailleurs de lire notre point sur la saga avant de découvrir la série The Witcher.

C’est long au démarrage, mais promis ça vaut le coup

Sans être exempte de défauts, la série The Witcher a pourtant plusieurs atouts de taille. À condition de s’accrocher un peu au départ, les aventures de Geralt de Riv connaissent une véritable montée en puissance. Chaque épisode est plus réussi que le précédent, et si on n’a pour le moment vu que les cinq premiers sur les huit que compte actuellement la série, cela suffit à nous accrocher durablement, et à espérer le meilleur pour le season final qui s’annonce épique.

En abordant trois histoires en parallèle avec celles de Yennefer, Geralt et Ciri, The Witcher avait tendance à nous perdre sur les premiers épisodes. Heureusement, lorsque toutes les pièces du puzzle s’assemblent, l’histoire devient rapidement beaucoup plus claire, et c’est réellement à ce moment-là que la série prend tout son sens… et son intérêt. Un démarrage un poil long donc, mais qui valait le coup d’attendre.

Le nouveau Game of Thrones ?

Avec le vide laissé par le final de Game of Thrones en début d’année, The Witcher avait toutes les cartes en main pour s’imposer comme la nouvelle série Dark SF de référence dans le cœur des fans. Entre magie, combat à l’épée, sexe et complots politiques, il faut dire que les péripéties de ce cher Geralt reprennent déjà bon nombre d’éléments à l’origine du succès de la série phénomène de George R. R. Martin. S’il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure The Witcher parviendra à s’imposer comme une référence du genre, de notre côté le bilan est plus que positif.

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Notre avis

Malgré quelques défauts, The Witcher s’impose comme une très bonne série, qu’on a pris plaisir à regarder d’un bout à l’autre sur Netflix. Au bout de cinq épisodes, les aventures du Boucher de Blaviken nous donnent non seulement envie de (re)découvrir la saga littéraire d’Andrzej Sapkowski, mais aussi de se replonger dans ses différentes adaptations vidéoludiques. Malgré nos appréhensions de départ, Henry Cavill se révèle plutôt convaincant dans le rôle d’un Geralt cynique et désabusé. On craignait que cette première saison ne soit qu’une introduction à l’univers aussi vaste que complexe des romans mais le résultat est finalement très réussi, d’autant que pour les insatiables, la réalisatrice a d’ores et déjà confirmé qu'une saison 2 était signée avec Netflix. Preuve que la plateforme de SVOD compte encore miser un bon moment sur les aventures du Sorceleur.

L'avis du Journal du Geek :
Les plus
Les moins
  • Des personnages riches et complexes
  • Une vraie montée en puissance au fil des épisodes
  • Un Geralt de Riv un peu trop lisse
  • Une narration parfois peu accessible et décousue
  • Des effets spéciaux globalement décevants