Critique

[Alors on regarde] Carnival Row : La magie nous fait-elle décoller ?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Amandine Jonniaux le

Annoncée au début de l’été, la série Carnival Row avait, sur le papier du moins, tout pour nous plaire. Mêlant un univers fantastique sombre à un casting de haute voltige porté par Orlando Bloom et Cara Delevingne, certains prédisaient même à la nouvelle création originale d’Amazon Prime un succès à la Game of Thrones. Après avoir binge watché trois épisodes de la saison 1 sortie le 30 août, on fait le point. 

Crédits – Amazon Prime

La première chose qui frappe quand on découvre Carnival Row, c’est son univers. Sombre, poisseux, et portant un héritage assumé du Londres victorien de Jack l’éventreur, la trame de fond de la série n’est pas particulièrement originale, mais il faut bien admettre qu’elle saura séduire les amateurs du genre. Le ton est d’ailleurs donné dès le départ. Loin de The Boys et de ses super-héros psychopathes, ou de l’humour absurde et british de Good Omens, la nouvelle série originale d’Amazon Prime nous dépeint un monde fantastique et dramatique, dans lequel humains et créatures légendaires cohabitent tant bien que mal dans la métropole de Burgue. Contraints à l’exil après la destruction de leur terre natale, fées, centaures et autres faunes doivent faire face à l’hostilité de leurs hôtes, tandis qu’une série d’agressions et de meurtres sanglants secouent l’ensemble de la communauté fantastique et mettent à mal l’équilibre déjà précaire de l’entente interespèces. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que le détective Rycroft Philostrate (Orlando Bloom) retrouve Vignette Stonemoss (Cara Delevingne), une jeune fée qu’il a aimé, puis abandonnée en plein champs de bataille. 

Vignette et Philo, un duo magique ?

Crédits Amazon Prime

Avec Orlando Bloom (Le Seigneur des Anneaux, Pirates des Caraïbes) et Cara Delevingne (Suicide Squad, Valérian) dans les rôles principaux, René Echevarria et Travis Beacham savaient qu’ils ne prenaient que très peu de risques. Qu’on les aime ou pas, les deux acteurs assurent leur rôle sans fausse note, et il en est de même pour les personnages secondaires, qu’il s’agisse de la fée Tourmaline interprétée par Karla Crome, ou de l’irascible Imogen Spurnrose, jouée par Tamzin Merchant. Pourtant, malgré des noms tout droit sortis d’un roman de Lewis Carroll et un casting réussi, le rendu se révèle finalement assez plat. On a du mal à s’attacher aux personnages, et même après trois épisodes sur les huit que compte la première saison, la mayonnaise (magique) peine à prendre. 

Une intrigue prometteuse mais convenue

Crédits Amazon Prime

On l’a déjà dit plus haut, la toile de fond de Carnival Row, bien que réussie, ne se distingue pas par son originalité. On aurait aimé changer d’avis en ce qui concerne l’histoire, mais il faut admettre que là encore, la série a tendance à enchaîner les écueils des genres fantastique et policier, souvent jusqu’à l’indigestion. Au bout de trois épisodes, et malgré une intrigue qui semble déjà bien avancée, on espère encore le twist qui va faire de Carnival Row le show original et haletant qu’on attendait. À ce stade de la série, la narration tente pourtant de multiplier les arcs intéressants, mais reste encore beaucoup trop convenue. Espérons que les choses s’amélioreront avec la suite de la saison…

Crédits Amazon Prime

En revanche, si les bande-annonces nous avaient fait miroiter un drame romantique au travers de l’histoire d’amour déchirante de Vignette et Philocrate, il faut bien admettre que Carnival Row ne baigne pas (trop) dans l’amour niais, du moins dans ses premiers épisodes. On craignait la multiplication de scènes nostalgiques et larmoyantes entre les deux amants déchus, le résultat est finalement plus sombre que prévu. Sans être ubiquiste ni insupportable, la violence de certaines scènes est bel et bien présente, de même que le sexe, fruit de l’hypersexualisation des fées dans la série. Malheureusement, là encore le résultat sonne assez creux et indigeste, au point qu’on a parfois du mal à comprendre l’intérêt de certains passages.

Des effets spéciaux inégaux

Crédits Amazon Prime

Pour une série fantastique, il semblait logique voire nécessaire que les effets spéciaux, mécaniques ou ajoutés en post-production soient irréprochables. Une fois n’est pas coutume, Carnival Row oscille entre la brillante réussite et le raté total. Les maquillages des personnages mythiques comme les faunes fonctionnent vraiment bien à l’écran par exemple, mais certains détails de la série font presque mal aux yeux. C’est notamment le cas des ailes des fées, qui manquent parfois cruellement de réalisme. Si en action ces dernières réussissent à faire illusion, dans certaines scène “au repos”, elles tombent comme de simples morceaux de tissus, rendant la chose non seulement inesthétique, mais aussi difficilement crédible sur le plan physique. Dans le même esprit, le design de certaines créatures non-anthropomorphiques, aura eu le mérite de nous marquer malgré la fulgurance des scènes dans lesquelles les monstres en question apparaissent dans les premiers épisodes. En 2019, on s’attendait à franchement mieux, surtout pour une série aussi ambitieuse que Carnival Row. 

Notre avis

Après avoir vu trois épisodes sur les huit que compte la première saison, on espère encore que Carnival Row saura initier un tournant décisif dans sa narration, pour le moment intéressante mais beaucoup trop plate. On a malheureusement un peu de mal à y croire, tant les premières heures de la série semblent reposer sur des poncifs vus et revus empruntés aux genres policiers et fantastiques. Le manque de fond, c’est finalement l’aspect le plus regrettable pour un show de cette envergure, d’autant que si on oublie les quelques faiblesses techniques liées aux effets spéciaux, l'esthétique de Carnival Row est plutôt réussie. Une saison 2 a d’ores et déjà été commandée par Amazon Prime, ce qui suggère que la plateforme de SVOD n’a pas fini d’exploiter les aventures de Vignette et Philocrate. De notre côté, on tentera peut-être de poursuivre le visionnage le temps d"un ou deux épisodes supplémentaires, en croisant les doigts pour que les choses s'améliorent.

L'avis du Journal du Geek :
Les plus
Les moins
  • Un univers pas très original mais qui fonctionne
  • Le jeu des acteurs
  • Beaucoup trop de poncifs du genre, peu de surprises
  • Inégal en ce qui concerne les effets spéciaux
  • Finalement assez plat