Le secteur des parcs à thème traverse une période charnière. Alors que Disneyland Paris s’agrandit pour accueillir de nouveaux animatronics plus vrais que nature, Port Aventura inaugurait à la fin du mois de novembre, sa nouvelle attraction baptisée Expédition ULUM : Le réveil jurassique. Pas question de proposer une énième expérience virtuelle, l’expérience s’impose comme une plongée en réalité mixte dans l’Histoire avec un grand H, pensée pour les familles et les enfants de plus de six ans. Au-delà de cette ouverture, ULUM s’impose comme une transformation stratégique pour le parc espagnol : celle d’une nouvelle ère où virtuel et physique fusionnent pour créer des sensations inédites.
“Imagination et science vont de pair”
Depuis le 26 novembre 2025, les visiteurs du parc ont pu découvrir cette expérience innovante développée par Adventure Labs, le centre d’innovation interne du parc. Pour Andreu Tobella, directeur numérique de l’établissement, c’est le début d’une nouvelle ère, à la fois pour Port Aventura, et pour le secteur des parcs à thème dans sa globalité.
Pour comprendre ce tournant, il faut comprendre le rôle joué par la réalité mixte, technologie au cœur d’Expédition ULUM. “Dans le monde des expériences immersives, on a deux extrêmes. Le premier, c’est la réalité virtuelle : c’est complètement immersif, tu as un entourage complètement digital. Tu sors de la zone où tu es localisé et tu rentres dans un monde virtuel“. nous explique Andreu Tobella. L’autre extrême, “c’est la réalité augmentée, avec un champ d’action beaucoup plus petit“. Au milieu du spectre, la réalité mixte mélange “le digital et le physique“. Implémenter la technologie dans une attraction grand public relève d’ailleurs de l’inédit : “C’est quelque chose qui n’existe pas dans le monde à l’heure actuelle. On n’a pas vu une autre expérience comme ça chez nos concurrents“. Plutôt que de miser sur le tout virtuel ou son opposé, l’objectif de cette nouvelle expérience est de brouiller les frontières : “Ce qui est important, c’est que les gens ne sachent plus ce qui est vraiment physique et ce qui est réel”, confirme Andreu Tobella.
Une immersion qui rassemble
Tout au long de l’expérience, qui dure un peu moins de 15 minutes, les participants, répartis par groupes de six sont bombardés d’informations sensorielles, au point qu’il devient impossible de distinguer le réel du virtuel. Aux décors physiques s’ajoutent “des vibrations, du son, des odeurs, qui viennent par-dessus la partie digitale. C’est ce mélange qui rend l’expérience aussi spéciale“, souligne Andreu Tobella.
Équipés de casques Pico 4 Ultra Enterprise, les spectateurs sont plongés dans un monde nouveau, garanti sans latence ni motion sickness. C’est d’ailleurs l’une des spécificités de la réalité mixte, qui permet d’ajouter des éléments virtuels au sein d’un environnement bien réel, évitant au passage l’effet mal de mer qui survient souvent avec la réalité virtuelle traditionnelle.
L’autre avantage de la technologie réside dans sa capacité à ne pas isoler les spectateurs. Contrairement à la VR classique, ULUM mise sur une expérience profondément collective. “Toute la famille vient ensemble à Port Aventura vivre cette expérience. Quand les gens sont en train de vivre des émotions, ils se prennent des mains, ils peuvent se toucher, se tenir, se voir. C’est quelque chose qui est beaucoup plus compliqué avec la VR, puisque les autres participants sont représentés sous la forme d’avatars. Avec ULUM, on a vraiment affaire à une expérience de groupe, et c’est ça que le public nous demande aujourd’hui“, détaille Andreu Tobello.

Expédition ULUM, ça raconte quoi ?
Dans ULUM, les participants remontent le temps et se transforment en explorateurs subaquatiques, envoyés dans les cénotes du Yucatán pour documenter des fossiles de dinosaures subaquatiques. Le scénario, inspiré des racines mayas, accélère rapidement vers son climax, lorsque certaines créatures qu’on pensait disparues refont surface. L’expérience s’étire sur 200 m², répartis sur six salles, à raison d’environ 80 visiteurs par heure. Des éléments multisensoriels viennent renforcer l’immersion.
Le futur des parcs à thème passera par le jeu
Lancé à la fin du mois de novembre, ULUM est déjà un succès pour Port Aventura, qui indique avoir eu de très bons retours de la part des premiers visiteurs. Une nouvelle étape, après l’ouverture en 2024 d’Hysteria in Boothill, qui fonctionnait sur un concept similaire, mais se destine plutôt à un public adulte et adolescent. Bien décidé à capitaliser sur cette nouvelle technologie, le parc veut continuer à s’imposer comme un pionnier sur le genre, pour le plus grand bonheur du public, qui profitent d’une attraction évolutive, personnalisable, et, au final, unique. “Ce qui est vraiment spécial avec ces expériences, détaille Andreu Tobello, c’est que tu peux les faire évoluer en fonction des retours des clients. On peut aussi imaginer des changements thématiques pour Noël, ou adapter l’intensité de l’expérience pour les plus jeunes“. Pour un budget et une temporalité bien moins gourmands que ne le réclamerait une attraction plus classique, il est possible d’adapter ULUM aux usages.
Avec cette nouvelle attraction, Port Aventura ne fait pas le pari exclusif de la technologie. Le parc adopte une stratégie de complémentarité, où la gamification n’est pas là pour étrangler les attractions physiques, mais pour les enrichir. Pour Andreu Tobella, la feuille de route est claire : “Notre objectif, c’est d’engager les nouvelles générations. Et pour ça, il faut générer un niveau de dopamine comparable à ce que proposent Candy Crush ou Netflix. Les générations Alpha réclament de la personnalisation, des expériences groupées, et un volume complètement différent, qui repose sur beaucoup de nouveautés, mais aussi des expériences en dehors des attractions“.
De là à passer le cap du tout virtuel ? Pas question, insiste le directeur numérique du parc : “Le numérique est très important, très complémentaire, mais il ne va pas remplacer la partie physique. Les gens viennent voir le parc. Ce qu’il faut faire, c’est ajouter une couche d’interactions sur cette base physique, en gamifiant un peu l’espace. À terme, on veut que tout le parc devienne beaucoup plus modulable, afin qu’on puisse augmenter le nombre d’expériences par attraction physique“.
Derrière son décor subaquatique, L’Expérience ULUM n’est pas qu’une nouvelle attraction pour Port Aventura. C‘est un manifeste, qui ambitionne de dessiner le futur des parcs à thème comme une expérience mixte, sociale, interactive et profondément ancrée dans la réalité.
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