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[Cinéma] Cinq raisons de revoir le chef d’oeuvre Memories of Murder

Cinéma

Par Henri le

Le réalisateur Bong Joon-Ho fait aujourd’hui parler de lui avec la sortie de son film Okja (notre critique). Une bonne occasion de redécouvrir un de ses plus grands films, ressorti pour l’occasion en 4K au cinéma dès le 5 juillet prochain.

I) Parce qu’il réinvente le polar

Sorti en 2004, Memories of Murder débarque dans une période assez faste pour le polar et le thriller, qui connait un regain d’énergie. Des films comme Mystic River, Mulholland Drive ou encore Amnesia sont appréciés par la critique et les spectateurs et témoignent de la bonne santé du genre.

Une partie des cinéphiles français ont également l’occasion de découvrir de très bons films venus de Corée du Sud, et se rendent compte qu’il s’agit d’une véritable terre de cinéma. Le plus emblématique restera probablement Old Boy, qui aura marqué toute une génération par sa violence et son twist final infernal. Mais les spectateurs curieux découvrent également d’autres œuvres de qualité comme Joint Security Area, Locataires, Sympathy for Mr Vengeance ou encore Ivre de femmes et de peinture. Autant de films à la fois originaux et accessibles, qui vont changer le regard de l’Europe sur la production du pays du Matin calme.

Au milieu de toutes ses sorties, Memories of Murder intrigue les amateurs de thriller, qui perçoient déjà dans Bonh Joon-Ho le Fincher coréen. Ce dernier réalisera d’ailleurs Zodiac quelques années plus tard, et beaucoup y verront une version américaine du film. Les deux œuvres narrent effectivement la traque acharnée d’un serial killer extrêmement intelligent.

Le film sort clairement des sentiers battus, et présente une enquête réaliste et beaucoup trop ambitieuse pour les enquêteurs concernés. Le fait que ces derniers ne soient pas mis en scène comme des « superflics » et utilisent des méthodes d’interrogatoire clairement abusives est inédit au cinéma. Il ne s’agit pas d’antihéros, mais juste d’hommes qui font face à un criminel hors-normes, qui déjoue sans cesse le dispositif policier.

Malgré les meurtres macabres et l’atmosphère lourde, Joon-Ho utilise leur balourdise et leur humanité comme une soupape psychologique. On s’étonne donc de rire de scènes pourtant sérieuses. Le réalisateur arrive ainsi à tenir plus de deux heures grâce à cet étonnant mélange d’émotion, sans jamais que son film ne tombe dans la farce. La tension ne cesse pourtant de monter alors que l’étau se resserre autour du tueur, et que Joon-Ho conclue de manière magistrale… en donnant tout son sens au titre de l’œuvre.

II) Pour découvrir une autre Corée

Véritable paradis technologique, d’où nous proviennent beaucoup des innovations téléphoniques actuelles, la Corée du Sud jouit d’une bonne réputation à l’étranger. Décrit comme le fer-de-lance des quatre dragons d’Asie, le pays a connu une forte croissance industrielle à partir de la deuxième moitié du XXe siècle. L’indice de développement humain est d’ailleurs particulièrement élevé.

Pourtant, le pays connait encore des disparités accentuées dans les zones rurales. Via cette série de meurtres inspirée d’un véritable fait divers qui s’est déroulé de 1986 à 1991, Memories of Murder s’intéresse à la Corée des campagnes, qui n’a rien à voir avec Séoul, Busan ou Incheon. Elle permet de jeter un œil sur des populations plus pauvres, et de découvrir des personnes qui vivent encore dans une relative précarité à cette époque. Une force vive composée de travailleurs d’usines ou d’agriculteur que l’on voit rarement dans le cinéma coréen qui parvient en Europe. On y voit aussi des laissés pour compte, comme le témoin handicapé.

C’est grâce à ces grands espaces, principalement composés de champs, que le tueur sera aussi prolifique. Les enquêteurs ont d’ailleurs une grande difficulté à comprendre qu’un serial killer habite chez eux, et pas dans les grandes villes. Le film dénonce aussi les méthodes expéditives de la police dans ces endroits, où les garants de l’ordre n’hésitent pas à malmener très violemment quelqu’un qui parait suspect. Des techniques qui rappellent le régime très autoritaire qui fut maintenu en place jusque dans les années 80, et dont le fantôme plane encore dans les zones agricoles.