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Dossier : Cinq animes indispensables pour passer l’été 2018 au frais

Série

Par Benjamin Benoit le

Souffrance au travail, gosses magiques mais insupportables, lycéens cambrioleurs… que fallait-il regarder ces derniers mois en animation japonaise ?

Aggretsuko

Peut-être que ce nom vous est familier. Vous avez peut-être aperçu des morceaux d’Aggressive Retsuko, une série qui vous rappelle le style d’Hello Kitty. C’est normal, puisque la même boîte, Sanrio, est derrière. Cette même boite a des dizaines et des dizaines de personnages à exploiter – en l’occurrence, celle d’une panda de 25 ans (célibataire, signe scorpion) qui file au karaoké la nuit venue pour chanter sa peine sur du death metal ? Mais pourquoi donc ? Parce que son job, donc sa vie, est insupportable. Une centaine de petits sketches d’une minute maintenant arrivés chez nous sous une nouvelle forme : une dizaine d’épisodes de dix grosses minutes, permettant de plus grandes trames de fond et des personnages secondaires plus importants. C’est sur Netflix et c’est délicieux.

Aggretsuko a une intention transparente : celle de parler de la condition des femmes qui travaillent au Japon. Les office ladies, parfois contractées en « OL », sont le sujet de séries plus ou moins nébuleuses. On peut aussi penser au roman d’Amélie Nothomb, Stupeurs et tremblements. Être une travailleuse au bureau au Japon, c’est s’exposer à une charge de boulot délirante, à la culture du travail où il faut « oser » prendre ses vacances, au sexisme ambiant, à la culture de l’humiliation et de la hiérarchisation… tout ça est raconté dans Aggretsuko, avec des animaux anthropomorphisés, façon Zootopia. Ca, c’est le coté un peu sombre de la chose – Aggretsuko n’en reste pas moins une série signifiante, certes, mais drôle et qu’on binge comme s’il n’y avait pas de lendemain. Bien animée avec Flash, bien doublée dans toutes les langues (faites-vous plaisir, découvrez-là en français, anglais, japonais), Aggretsuko vous fera tomber amoureux de son meilleur atout : Haida la hyène.

Dix épisodes sur Netflix

Hinamatsuri

Demandez à un panel d’otakus quels ont été leur animes préférés de la saison de printemps, ils vous répondront plein de trucs. J’ai donc opté pour un petit exploit : réussir à rendre une sitcom animée marrante. C’est le cas d’Hinamatsuri. Hinamatsuri est marrant. Hinamatsuri est lol. Nous sommes mdr devant Hinamatsuri. Adapté d’un manga obscurissime de Masao Otake, Hinamatsuri pourrait très bien être en fait le fruit d’une intelligence artificielle tant son scénario de base et ses gags sont aléatoires.

Le voici : Nitta est un yakuza on ne peut plus pantouflard. On ne le verra jamais commettre violences ou malversations, mais il a la yakuza way of life, un bel appartement et une montagne de billets. Quand soudain ! Une coque apparaît de nulle part, et en sort Hina, une esper. Elle a des super-pouvoirs (mot et lieu commun un peu obsessionnel de la pop-culture jap) mais elle est super-chiante. Hina est une vraie gamine qui donne ses lettres de noblesse au mot « gamin » : capricieuse, feignante, veule, elle n’en fout pas une et va pourtant devenir la fille adoptive du mafieux. Sa passion ? Le caviar rouge. En parallèle, plusieurs histoires vont se dérouler, impliquant toutes d’autres jeunes filles, qui arrivent aussi sur Terre avec des pouvoirs. Une qui finit sur une île déserte, une autre qui apprend la solidarité en milieu SDF, et une collégienne normale dont le deuxième nom est « carpette » qui va se retrouver coincée dans un job illégal de barmaid. Donc oui, Masao Otake est probablement le pseudo d’un algorithme à qui on a donné trop de pouvoir.

Hinamatsuri cultive cet aléatoire dans son humour, surtout basé sur ses personnages, ses situations et un bon art du timing à la japonaise. Mais l’anime cultive les ruptures de ton qui peuvent brusquer : ici, moult schadenfreude. On rit beaucoup de la souffrance et de l’embarras d’autrui. Une sorte de petit héritier spirituel, cinq ans plus tard, à Watamote. Qu’importe : dans sa globalité, Hinamatsuri est suffisamment barré et drôle.

Douze épisodes sur Crunchyroll 

Persona 5 : The Animation

Comment rater l’adaptation d’un jeu au scénario aussi épais que Persona 5, qui raconte littéralement une année scolaire vécue par une demi-douzaine de lycéens ? Sans doute parce qu’adapter des phases de combat d’un JRPG n’est ni très palpitant ni simple par définition. Marchant sur les traces des animes Persona 3 et Persona 4, la version animée à la même propriété.

L’histoire est dantesque : victime de l’influence d’un politicard, un lycéen se retrouve affublé d’un casier judiciaire et doit changer de vie, puis se voit placardé à Tokyo le temps d’une année scolaire (oh le pauvre !!!) – il se fera un cercle de bons copains, et sera au centre du gang des Phantom Thieves, des gentlemen et women cambrioleurs qui volent le coeur des gens dans leur « palais mental ». Un sacré bordel, mais rappelez-vous qu’on parle du jeu ayant la meilleure direction artistique de 2017. En anime, c’est potable, mais pas génial. Les passages « donjons » ne valent pas grand-chose. Elles étaient condamnées d’avance ; et encore une fois, l’anime Persona 5 agit comme un bon compagnon pour les fans qui veulent retrouver ces (si bons) personnages. Ne vous spoilez pas le jeu avec l’anime s’il vous intéresse, ce serait trop dommage !

24 épisodes en cours sur Wakanim 

Kitaro le repoussant (Gegege No Kitarou)

Connaissez-vous… Yo-kai Watch ? Sans doute, si vous avez croisé un enfant durant ces deux dernières années. Un gamin héros générique, des monstres facétieux, des aventures palpitantes, yadda yadda. Cette série ne sort pas de nulle part – elle puise dans l’imaginaire fertile de la tradition orale et dessinée au Japon, qui explique les phénomènes paranormaux avec la présence des yokais, des créatures de mythologie nippone. Et bien avant Yo-kai Watch, il y avait Kitaro le repoussant, série antédiluvienne de Shigeru Mizuki.

Sa nouvelle adaptation en dessin animé, par le studio Toei, vaut le coup d’oeil. Cette série jeunesse se paie le luxe de brosser un portrait peu flatteur de la société nippone, et on espère la voir un jour doublée en français sur Gulli. Occupant la case de Dragon Ball Super, on est heureux de constater que le studio Toei peut ne pas se rater techniquement dans les longueurs. Ici, c’est correct, mais la qualité de l’univers et du scénario prime. À voir si vous n’avez pas peur de l’ambiance un peu poussiéreuse de la chose.

Série toujours en court de diffusion sur Crunchyroll (17 épisodes actuellement) et Wakanim

Mais aussi…

  • Hisone To Masotan : La dernière oeuvre du studio Bones a tout pour elle (dont un fétiche très prononcé pour le vore) mais cette histoire de je-pilote-des-dragons-de-combat-depuis-leur-bide a été récupérée par Netflix, qui attend sagement d’avoir tout traduit pour les mettre en ligne. C’est cocasse, nous allons donc avoir le générique de fin avec cette reprise du « Temps de la rentrée » de France Gall… en septembre.
  • Uma Musume : Littéralement des « filles-chevaux ». Elles font la course, et si elles gagnent, elles chantent sur scène. Cet anime de sport a surement été conçu par la même intelligence artificielle qui fait Hinamatsuri, mais cette fois elle a regardé des animes récents et a su s’inscrire dans son temps. La chose est très rigoureuse dans son délire, vous saurez donc dès le début si c’est votre came ou pas. C’est… très ancré dans son temps.

  • Megalo Box : 50 ans après Ashita no joe, l’hommage animé. Personnages charismatiques excellente musique, bonne production, excellente musique, un petit peu d’actualisation cyberpunk, et voici un anime de boxe avec une excellente musique.

  • Steins;Gate 0 : Si vous avez aimé l’original, vous aimerez la suite. Voyages temporels à gogo, cliffhangers, comique et moments de tensions, la recette est la même. Chez Wakanim.
  • Lupin III, Part V : En attendant un moyen concret de pouvoir regarder légalement les aventures d’Edgar de la cambriole en France sur les traces de son aïeul, vous pourrez toujours vous rediriger sur la partie 4 en Italie, disponible sur Netflix. Un anime de casse haut en couleurs.