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[Dossier] Les montres connectées sont-elles inutiles ?

Depuis quelques années, nous enchaînons des tests d’objets connectés. Ces trucs qui sont censés améliorer notre quotidien. Aujourd’hui, nous allons en parler et nous attarder sur...

Depuis quelques années, nous enchaînons des tests d’objets connectés. Ces trucs qui sont censés améliorer notre quotidien. Aujourd’hui, nous allons en parler et nous attarder sur les plus controversés d’entre eux : les montres connectées.

Controversés car si on se fie aux chiffres, ces montres connectées cartonnent : 400 000 unités vendues en 2015 selon GFK, 3,9 millions d’Apple Watch écoulées, Pebble qui fête son million de montres et Fitbit qui vient de dépasser les 20 millions de bracelets connectés (OK ce ne sont pas des montres, mais presque).

Seulement, plusieurs ombres viennent ternir ces jolis chiffres :
1) Ils ne tiennent pas compte des prix de vente et donc, des décotes colossales (la LG G Watch est passée de 199 à 49,9€, la G Watch R s’est trouvée à 99€, tout comme la Smartwatch 3 de Sony dans certaines couleurs) ;
2) Les consommateurs semblent réticents et à moins de trouver une affaire sous les 100€, rares sont ceux qui investissent. (edit : les commentaires de cet article en sont un bon exemple) ;

Il existe pourtant des fans de ces objets (j’en fais partie) et c’est ce qui nous a amené à nous interroger : ces choses seraient-elles des objets inutiles pour geeks atteints de la MAC (Maladie des Achats Compulsifs) ? Ou un complot pour mieux nous contrôler ? Ou encore une volonté extraterrestre d’anéantir notre planète en épuisant ses ressources pour des plaisirs éphémères ? C’est dans un état d’esprit (pseudo) scientifique et surtout très modestement, que nous allons tenter de savoir si oui ou non les montres connectées sont des daubes pour high tech addicts gâtés. Pour cela, nous allons un peu remonter le temps (ça ne s’invente pas) et nous vous invitons à voyager avec nous.

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Bac tout Ze Paste
Dans montre connectée il y a montre. Une montre est un objet servant à mesurer le temps. Le temps ! Celui qui court, court… (désolé). L’univers obscur et impénétrable du marketing a décidé d’appeler ces objets connectés des montres ? Pourquoi ? Parce que cela se porte au poignet. Diantre ! Nous aurait-on menti ? Oui !

L’origine de la montre est la montre gousset ou montre de poche. Logique, puisque ces petits objets incarnaient la performance d’intégrer l’équivalent du mécanisme d’une horloge, dans un format glissable dans une poche. Une révolution très appréciée de la gente masculine.

gousset jaeger

Si on excepte Blaise Pascal (milieu 17e siècle), qui attachait sa montre gousset à son poignet avec une ficelle (il était précurseur le Pascal, c’est même lui qui a inventé la première machine à calculer, enfin bref…), la première montre bracelet qui vit réellement le jour comme telle fut La Reine De Naples, commandée à l’horloger Breguet par Caroline Murat qui n’était autre que la sœur de Napoléon Bonaparte (rien que ça).

5215-la-reine-de-naples-de-breguet-630x0-1La Reine De Naples est un classique de Breguet

Il faudra d’ailleurs attendre 1880 et l’apparition des premiers aviateurs pour voir des montres bracelets masculines. A l’origine, les montres gousset (ou montre de poche) étaient liées aux gilets par une chaîne, discrètement rangées dans une poche sous la redingote. Objet classieux et distingué, symbole de l’homme moderne organisé qui gère son temps et par conséquent sa vie. Car il y a bien une chose que toutes les montres, qu’importe les époques, ont en commun : le style ! La montre est moins un outil qu’un accessoire de mode, un bel objet qui en jette un max. De quoi capter des attentions, détourner des regards. C’est toujours vrai aujourd’hui. Comme tout objet tendance que l’on porte sur soi. Un souci de l’esthétique qui se retrouve même dans les dessins de modèles spécifiques, conçues pour les militaires par exemple. Après tout, La Panerai Radiomir continue de faire rêver tandis qu’elle a initialement été conçue et pensée pour l’armée.

Prototype de la Radiomir conçue pour l'armée italienne durant la Seconde Guerre mondiale. Oui, l'Italie, nos ennemis de l'époque, qui faisait partie de l'AXE.
Prototype de la radiomir conçue pour l’armée italienne durant la seconde guerre mondiale. Oui, l’Italie, nos ennemis de l’époque, qui faisaient partie de l’AXE.

« Alors pourquoi avoir choisi la montre bracelet comme design pour la montre connectée ? »

C’est discret, facilement accessible, et ça habille le bras. Le choix était donc simple et logique. Car un objet connecté que l’on garde dans sa poche et que l’on sort à l’occasion, lorsqu’il se manifeste, s’appelle un smartphone. La question à se demander est alors : “peut-on qualifier ces objets de montres ?”. Et la réponse est… dans la suite.

[nextpage title=”Adieu la stratégie Seiko, nous sommes en 2016 !”]

La montre connectée a pour elle la richesse technologique d’aujourd’hui. Reste un souci majeur : comment lier le beau, l’efficace, le perfectionné, tout en gardant à l’esprit que l’objet doit défier le temps ? Le design importe, parfois plus que l’usage lui-même, mais où est la limite au-delà de laquelle l’usage devient trop limité ? Car la beauté dans son sens strict se paie. Les courbes épousant l’utilisation pour une symbiose parfaite sont autant de travail et de recherches nécessaires, afin d’y intégrer tout ce petit monde formé par les écrans, les capteurs et cette fameuse batterie, à la fois le cœur de ces objets et leur plus grande faiblesse.

La batterie de la montre Moto 360 est de 300 mAh, c'est peu
La batterie de la montre Moto 360 est de 300 mAh, c’est peu

Si vous aimez les montres et êtes fidèles au JDG, vous avez probablement lu le dossier sur les montres high tech que je m’étais éclaté à faire à l’époque où je mangeais des patates pour payer ma connexion internet (véridique). Pour résumer : la montre à quartz, invention de la manufacture nippone, a vu le jour en 1960, soit un an après la validation de fonctionnement des prototypes. Pourtant, et malgré le fait que la montre fonctionnait à merveille, Seiko retarda sa sortie d’une année : pour la marque, il était inenvisageable de mettre sur le marché un produit servant à mesurer le temps, incapable de tenir au moins 6 mois sans avoir à changer sa source d’énergie (sa pile).

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Mais c’était Seiko, c’était en 1961, et on parlait d’horlogerie. Nous sommes en 2015, nous consommons plus que nous produisons, sommes de véritables machines à désirer, et donc, nous voulons, désirons, éprouvons l’envie incommensurable d’avoir plus que l’heure.

Les premières complications datent du XVIeme siècle. A cette époque, les gens étaient fans des indications zodiacales, des complications qui ne nécessitaient pas une grande précision. Mais la première vraie complication, bien qu’elle ne soit plus considérée comme telle aujourd’hui, fut la seconde. Au XVIIIème siècle, les marins et les éleveurs de chevaux en étaient friands.
Les premières complications datent du XVIeme siècle. A cette époque, les gens étaient fans des indications zodiacales, des complications qui ne nécessitaient pas une grande précision. Mais la première vraie complication, bien qu’elle ne soit plus considérée comme telle aujourd’hui, fut la seconde. Au XVIIIème siècle, les marins et les éleveurs de chevaux en étaient friands.

En cela, les montres connectées n’ont de « montre » que leur nom, et le fait que nous les portons au poignet. On parlerait bien de bracelets connectés, mais ce terme est utilisé par les traqueurs d’activité. Traqueurs qui donnent également l’heure pour la grande majorité et qui peuvent donc également qualifiés de montres. CQFD

Le Fitbit Surge donne l'heure, mais également pas mal de données comme le rythme cardiaque, l'activité physique, les kilomètres parcourus, etc.
Le Fitbit Surge donne l’heure, mais également pas mal de données comme le rythme cardiaque, l’activité physique, les kilomètres parcourus, etc.

Il existe toutefois certains modèles comme la Fossil Q ou la Withing Activité qui contournent le problème, grâce à l’usage d’une pile lithium, à des fonctions réduites au minimum et surtout, à l’absence d’un écran très gourmand en énergie.

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Pebble, doyen du genre (l’entreprise fêtera ses 4 ans en mars prochain), a de son côté réussi à faire tenir ses modèles presque 5 jours, grâce à un astucieux écran LCD à faible consommation et de taille minuscule.

pebble time screen du testLa Pebble Time que nous avons testé ici peut tenir 5 jours sans avoir besoin d’un coup de remontant

Une montre connectée, telle qu’on l’imagine, est un objet ressemblant à une montre, se portant au poignet, possédant du style et arborant un superbe écran parfaitement lisible qui en jette autant qu’il consomme d’énergie.
Et c’est bien là le problème. Les constructeurs auraient pu faire le choix d’écrans moins gourmands, à l’instar de Pebble, mais le résultat n’aurait pas plu, car l’ensemble n’aurait pas été flatteur pour les yeux. C’est d’ailleurs le reproche principal fait aux montres Pebble.

Nous sommes encore une fois très loin de l’esprit originel du concept de montre. Les sorties de produits perfectibles s’enchaînent à un rythme soutenu. Dès lors, les ventes plutôt intéressantes justifient un engouement lié la fois à la curiosité de tester ces “nouveaux trucs”, mais SURTOUT, aux baisses importantes des prix des anciens modèles (la LG G Watch a vu son prix baisser de 75% en moins d’un an et demi). Même l’Apple Watch, malgré un succès relatif, n’a pas suscité l’engouement imaginé. A défaut d’être utiles, elles sont amusantes ces montres connectées. Mais il faut plus que de l’amusement pour nous motiver à débourser plusieurs centaines d’euros dans un objet obligeant à pas mal de concessions. Du coup, on peut se demander ce que peuvent nous apporter ces smartwatches au quotidien.

[nextpage title=”Les montres connectées à la rescousse de la productivité ?”]

Nous sommes donc face à des anachronismes sur batteries qui nous alertent des informations reçues par nos smartphones. Une redondance qui raisonne comme un aveu d’inutilité pour beaucoup : en quoi un objet qui sera sans énergie dans 48 heures maximum et qui ne sert qu’à me notifier les infos de mon smartphone peut-il bien m’être utile ?

toutes les montres

On se dit de suite : à rien ! Mais dans ce cas, à quoi peut bien servir une montre aujourd’hui, dans la mesure où l’heure s’affiche partout, y compris sur nos mobiles ? Il y a pourtant bien plus d’une utilité à ces objets, dont l’intérêt variera selon les profils de chacun. Parmis elles, la productivité.

Pour comprendre cela, nous allons faire un saut du côté de notre cerveau, sublime machine, aussi incroyable par son fonctionnement que par sa débilité. Notre cerveau, n’en déplaise à certains, n’est pas multitâches. Notre attention ne peut être portée sur deux choses en même temps. Ce n’est pas moi qui le dit, mais l’Université de Stanford qui a étudié la chose. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Michel Desmurget, un célèbre chercheur français spécialisé en neurosciences cognitives avait abordé la problématique de l’interruption de concentration dans l’élaboration d’une pensée, en prenant pour cible la télévision et son impact chez les enfants (dans une excellente vidéo sur Youtube ici ou son livre ).

Mais quel rapport cela a-t-il avec les montres connectées ?

On y arrive… Lorsque l’on effectue quelque chose qui requiert notre concentration, nous avons besoin d’être dedans à 100%. Lorsque l’on s’interrompt pour vérifier une alerte sur son smartphone, on coupe notre flux de pensées. Plus cette interruption est longue, plus nous mettons de temps à atteindre le niveau de concentration requis pour reprendre la tâche à effectuer. L’idéal serait de ne pas être dérangé. On coupe le mobile et c’est tout. Mais nous avons désormais une addiction à cet objet, avec comme premier souci l’anxiété : s’il arrive quelque chose de grave, grâce au mobile, je peux être averti, alerté.

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L’intérêt de la montre connectée est de limiter le temps et le nombre d’interruptions. Premièrement en configurant les types d’alertes, puis en limitant le temps passé sur ces interruptions. Ce n’est pas une solution miracle, mais ça a un effet intéressant dans bien des cas : voiture, réunion, lors d’un discours, en pleine activité (physique ou autre). La montre connectée agit alors tel un patch de nicotine pour les personnes cherchant à arrêter de fumer. C’est un patch pour arrêter sa dépendance à son smartphone.

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Cette idée ne s’arrête pas là. Notre merveilleux cerveau a une autre lacune : notre temps de concentration est limité. Forgé en amont, par notre éveil dès le plus jeune âge, ce laps de temps peut augmenter ou diminuer, selon notre habitude à nous forcer à rester concentrer ou non. Pour faire simple : passé un certain temps (15 à 60 minutes grand maximum selon la tâche que l’on effectue), notre concentration chute brutalement. Notre cerveau a envie de sortir prendre l’air, de déconnecter.

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Et forcément, il a envie d’aller vers des choses plus intéressantes. Cela signifie que nous n’avons pas besoin d’une notification pour aller “zieuter” notre smartphone. Prenons l’exemple de la réunion de boulot. Entre JP qui nous explique en quoi la recherche de prospects a été essentielles dans le déploiement des activités et la progression du CA au dernier semestre, et la dernière actu sur un film que vous attendez depuis longtemps (au hasard, Pierre et Star Wars 8) votre cerveau choisira la deuxième option. La montre connectée permet alors, dans une moindre mesure, de repousser un peu l’échéance. Puisqu’elle nous tient informés des éléments importants, nous pouvons plus aisément repousser notre besoin de conculter notre mobile, même si l’envie nous prend et donc d’être alerté par des notifs non importantes mais très (trop?) distrayantes.

La montre connectée également un autre intérêt : la discrétion. Elle intervient lorsque le smartphone n’a pas sa place. Lorsque l’acte de le sortir, de l’exposer et de s’exposer avec n’est pas faisable (je parle bien du smartphone). Revenons à cette réunion de boulot. Une poignée d’humains enfermés dans une pièces, spectateurs de l’un d’eux ou interagissant les uns les autres.

Dans la réalité, ce n'est jamais comme ça
Dans la réalité, ce n’est jamais comme ça

Dans cette situation, consulter son mobile est mal vu, car cela signifie que vous vous fichez totalement de ce qu’il se passe. Une notion de « je me fais chier » est très vite perçue par le reste du groupe, agaçant à la fois le principal acteur, mais également ceux qui se forcent à canaliser leur attention ou font semblant. Regarder sa montre passe déjà un peu mieux. Puis il est possible de paramétrer des vibrations par notifications, et donc de définir un code, qui nous motivera à regarder de suite, ou à attendre. Le signal par vibration, par exemple, peut nous révéler s’il s’agit d’un appel, d’un SMS, d’un mail ou tout autres notifications. Un système de code aussi bien utilisé dans l’univers horloger que dans celui de la high tech. Bref, Si vous ne vous affranchirez pas totalement d’y jeter un œil, vous le ferez beaucoup moins et ce sera bien plus discret.

Résumons : la montre connectée permet :
1) De réduire l’anxiété : si quelque chose de grave doit arriver, une alerte s’affichera sur ma montre (et je pourrais revêtir mon costume pour sauver le monde).
2) D’être discret : une vibration sur le poignet peut définir un type d’alerte. C’est efficace et l’écran de la montre affiche de suite l’info si besoin.

Ce qu’elle ne permet pas :
1) De prolonger notre temps de concentration, mais elle nous aide un peu, en filtrant les alertes. On a vu l’info (nouveaux “likes” sur Insta, nouveau tag sur Facebook, etc). On connait donc une partie de la surprise, on peut rester concentré.
2) D’être indépendant de notre smartphone, puisqu’elle y est liée (mais les futures montres 4G le permettront certainement).

Moralité : d’un point de vue socio/scientifique, la montre connectée peut nous aider à améliorer notre productivité et à limiter notre dépendance au smartphone. Mais il faut en amont avoir pensé à bien filtrer et coder les alertes. Néanmoins, cela reste léger comme argument (même si à titre personnel, je trouve que ça m’aide beaucoup). Trop léger pour justifier les prix. D’ailleurs nous reparlerons de ces prix en dernière partie.

[nextpage title=”Le mythe des "vraies" montres”]

Les « vraies montres » oui mais encore ?

Cette expression est agaçante. Surtout lorsqu’on vous la sort en se la pétant un max. Lorsqu’on voit le prix d’Hamilton ou d’Oris proposant de l’ETA 2824-2 (mouvement mécanique à remontage automatique, tombé dans le domaine public depuis) légèrement remanié pour 1000 voire 2000€, on se dit qu’il y a foutage de gueule. Le design est là, mais pour le reste, c’est juste le plaisir de posséder le concept même d’un objet censé être atemporel. Censé car à moins d’aller titiller des prix indécents (entre 6 et 7 chiffres), les montres automatiques sont tout sauf précises. Même de bons calibres de chez Seiko (manufacture qui a mis à mal plusieurs années de suite les meilleures maisons horlogères suisses) à 1290€ prennent plus ou moins 15 secondes de retard par jour… C’est écrit sur leur site.

Magnifique Seiko double rétrograde automatique avec réserve de marche
Magnifique Seiko double rétrograde automatique avec réserve de marche

Les « vraies » montres existent toutefois. Elles possèdent un système hybride (batterie rechargeable via le mouvement et l’énergie solaire) et se synchronisent sur l’horloge atomique. Ces montres offrent une autonomie de 10 ans minimum, sans changement de pile, avec une précision du millionième de seconde, peu importe l’endroit où vous vous situez sur la planète. Mais ce ne sont étrangement pas à ces montres que les gens pensent lorsqu’ils utilisent le mot « vrai ».

casio Lineagala Casio Lineage LCW-M170DB-1AER a un nom à coucher dehors, mais une gueule sympa. elle propose surtout tout ce qu’on peut vouloir d’une montre : radiopilotée, fonctionnement solaire, verre saphir.

Le mot « vrai » est alors à remplacer par « belles ». Et là, il n’y a pas photo. Les montres connectées passent pour des jouets, tout comme les montres à quartz. Les “belles montres” sont des performances mécaniques. Le mouvement Spring Drive de Seiko, par exemple, est une prouesse technique incroyable et le gyrotourbillon de Zenith une folie d’horloger.

La Zenith Zero G s'affranchit des lois de la gravité. Un manifique gyrotourbillon dans un habillage de titane et kevlar. Son prix : 300 000 euros
La Zenith Zero G s’affranchit des lois de la gravité. Un manifique gyrotourbillon dans un habillage de titane et kevlar. Son prix : 300 000 euros
Merveille mécanique, la Jaeger LeCoultre Hybris Mechanica à Grande Sonnerie réunit 1472 composants est l'une des montres les plus complexes du monde, mais aussi l'une des plus chères
Merveille mécanique, la Jaeger LeCoultre Hybris Mechanica à Grande Sonnerie réunit 1472 composants est l’une des montres les plus complexes du monde, mais aussi l’une des plus chères

C’est techniquement de haute volée. Ces montres débutent à plus de 3000 euros, et dépassent bien souvent les 200 000 euros. C’est un autre monde qui propose des merveilles de conception, mais pas d’utilisation. A partir de là, il est difficile de comparer une montre connectée, vendue maximum 449 euros (pour la Huawei qui offre un verre saphir) et une belle montre atemporelle au prix stratosphérique (et dont la révision coûtera un bras, car les efforts mécaniques usent les matériaux).

La Roger Dubuis Excalibur Quatuor dépasse la barre du million d'euros
La Roger Dubuis Excalibur Quatuor dépasse la barre du million d’euros

Non, les montres connectées ne sont pas de vraies montres

Exceptés certains modèles, la plupart des montres connectées sont belles. La Huawei Watch est sublime, l’Apple Watch également, ou encore la Fossil Q Finder ou la Moto 360. Même Pebble l’a compris et a sorti une version ronde et plus sexy de sa Time. Elles reprennent tous les codes stylistiques, allant jusqu’à la couronne (cette petite pièce que l’on tourne pour régler l’heure). Une façon de mimer le code stylistique de ces « belles montres ».

Non, ça ne tourne pas, ça ne règle rien. Ça sert à mettre en veille ou en sortir, c'est tout
Non, ça ne tourne pas, ça ne règle rien. Ça sert à mettre en veille ou en sortir, c’est tout

Un mime plus proche du faux, du toc, que de l’inspiration, car ces couronnes sont pour la plupart (l’Apple Watch a astucieusement trouvé une parade) de simples boutons, à l’instar des décors de western des studios hollywoodiens. LG sur la G Watch R, a même placé une lunette fixe (c’est ce cercle avec des indications que l’on peut tourner pour justement paramétrer une durée, et qui, fixe, ne sert absolument à rien).

A gauche, la Huawei Wtach et sa
A gauche, la Huawei Wtach et sa “watchface” d’origine (399€). A droite, l’IWC Perpetual Calendar (39 999€). Et encore, moyennant l’installation d’une application, on peut afficher sur la Huawei Watch la réplique exacte de l’IWC, avec les mêmes complications, mais en virtuel !

Le réel problème est pourtant moins le design, que les lois de Moore que ces montres connectées subissent.
Ces lois qui disent que, grosso modo, la puissance d’un appareil électronique double tous les ans à coût constant. Si c’est un peu moins vrai aujourd’hui (les évolutions, passées un certain niveau, sont plus lentes), cette puissance augmente. Derrière, les systèmes sont conçus en fonction des puissances actuelles (voire des plus grosses puissances) afin de leur assurer une pérennité maximale.

Or, ces montres sont intrinsèquement liées aux systèmes qu’elles utilisent. Si ces derniers se veulent légers, ils n’offrent qu’une poignée d’années avant d’être abandonnés au profit de systèmes plus performants qui ne pourront prendre en charge les anciens modèles de montres, comme c’est justement le cas pour les smartphones. Elles sont donc limitées dans le temps, par leur système. Mais elles le sont également par leur conception. Il est en effet difficile d’en changer la batterie par exemple. Lorsque cela est possible, il faut que le modèle soit disponible, ce qui n’est pas du tout garanti.

La Huawei Watch en est un bel exemple : elle est superbe certes, mais comment changer la batterie ? Il y a 4 vis au dos, mais la batterie est loin en dessous.
La Huawei Watch en est un bel exemple : elle est superbe certes, mais comment changer la batterie ? Il y a 4 vis au dos, mais la batterie est loin en dessous.

Les vies des montres connectées sont réduites à une poignée d’années. Cela les fait directement passer dans la catégorie des gadgets high tech à durée de vie ultra courte. Une obsolescence qui jure totalement avec la notion d’atemporalité. Elles miment certes bien les montres classiques, mais n’en sont pas plus que votre four à micro-onde qui lui aussi donne l’heure.

[nextpage title=”Mais bordel, à quoi elles servent ces foutues montres connectées ?”]

« OK Google, En voiture Simone »

Cobaye et fan de ces petits gadgets, j’ai trouvé quelques utilisations bien pratiques de ces montres connectées. Et c’est en voiture que j’en ai le meilleur usage. Mon téléphone est relié en bluetooth à mon autoradio. Un vieux Sony à 60€ qui va fêter ses 5 années (ça dure et c’est pas cher). Ma montre est donc connectée à mon mobile, mais aussi à ma voiture par l’intermédiaire de ce dernier. Une grande chaîne de la connectivité mes amis. Tout ceci se fait automatiquement, sans aucune action de ma part. Dès lors, je ne touche plus à mon autoradio. Je commande tout à la voix et ne quitte jamais les yeux de la route.

Une vibration nous alerte lorsque nous devons changer de direction
Une vibration nous alerte lorsque nous devons changer de direction

Je vais juste m’attarder un petit peu : la connectivité et le contrôle vocal sont l’avenir de l’automobile. Je ne dis pas qu’il est radieux, je dis juste qu’on y arrive. La profusion d’écrans tactiles dans les autos a supprimé la sensation du toucher et avec, les contrôles à l’aveugle. Désolé, mais j’arrive aisément à régler le chauffage de ma vieille bagnole sans quitter les yeux de la route. Une chose bien plus compliquée lorsqu’il n’y a qu’un écran tactile pour tout contrôler (Peter Jackson approuverait).

Non ce n'est pas ma caisse, non je ne pense pas pouvoir m'en offrir une un jour et... Mais sérieux, c'est plus un écran, c'est une TV le bordel
L’intérieur de la sublime Tesla S. Mais ce n’est plus un écran là, c’est une TV !

La montre connectée et avec elle, tout système connecté tournant sous Android Wear, permet de réaliser beaucoup d’actions pratiques par la voix. Un simple « Ok Google, appelle Nostradamus » et vous lancez une conversation avec votre ami voyant. Plus intéressant, un simple « OK Google, lancer Spotify » et vous voilà à un toucher de vos dernières playlists lues. Cela fonctionne aussi avec Google Music, Deezer, Youtube, Youporn. Enfin, les indications du GPS s’affichent aussi sur la montre que l’on peut mettre au niveau des yeux ET de la route (plus besoin de regarder en haut, en bas ou à droite). Avec en prime, une petite vibration pour vous indiquer les changements de directions ou les actions à suivre.

Evidemment, dit comme ça, on a l’impression que je vous vends du Google.

google promo promo promo

Je vous rassure, je ne suis pas payé par la firme, et je ne vous cite ici que les aspects intéressants d’une montre connectée reliée en bluetooth à une bagnole aujourd’hui. Il y a des inconvénients, comme la commande vocale qui se trompe, le GPS qui freeze (vous cherchez l’embranchement que vous avez déjà passé) ou le mode haut-parleur obligatoire (rendant votre conversation moins privée). Mais si ce système permet aux gens de lâcher leurs smartphones lorsqu’ils sont au volant, et de se concentrer un minimum sur la route, à défaut de ne plus rien avoir à faire dans leurs voitures (régulateur, GPS, boite auto, détection de franchissement de ligne, lecture de panneaux, etc), ce sera déjà beaucoup.

Dans le même registre, l’Apple Watch s’affranchit de la récente loi sur les kits mains libres et permet de téléphoner directement. C’est très pratique.

kitt vient me chercher

L’addiction des Watchfaces

Les watchfaces sont les cadrans affichés par les montres. Un terme moche mais démocratisé à foisons depuis l’arrivée des montres connectées. Si Apple reste rigide quant aux possibilités de modifications du cadran, Google a été plus souple. On a donc rapidement vu apparaître d’excellentes applications permettant de réaliser des faces plus réalistes que jamais, avec, accrochez-vous bien… des complications.

Un exemple de watchface façon steampunk que je me suis amusé à faire à mes heures perdues
Un exemple de watchface façon steampunk que je me suis amusé à faire à mes heures perdues (cliquez pour voir l’animation)

Watchmaker et Facer sont les plus connues et les plus utilisées. Il y a même un site gratuit qui permet à chacun de mettre en ligne ses créations et de les proposer aux autres (le site est là, les miennes sont là et sont gratos). Le langage de programmation est le Luna. C’est simple : on peut tout faire !

Les possibilités de réplications sont illimitées, mais on a vite tendance à les laisser pour des trucs plus cool, comme un pip-boy
Les possibilités de réplications sont illimitées, c’est ce qui a rendu Apple frigide quant à cet usage d’ailleurs
Cette watchface est magnifique (je n'en suis pas l'auteur #jaloux)
Cette watchface est magnifique (je n’en suis pas l’auteur #jaloux)

Dès lors, ce n’est pas une montre que l’on possède, mais une infinité. Et quand je vous parle de complications, ce n’est pas exagéré. Programmer la rotation d’un élément qui n’est pas centré, en fonction de la position GPS, ou encore de l’autonomie de batterie restante nécessite de replonger dans ses cours de trigo et de programmation. Les montres connectées permettent donc de virtuellement changer de montres à volonté.

trio pebble g watch et g watch r

L’ami du sport

On n’y échappe pas. Le sport est de nouveau au goût du jour. C’est tendance de courir. Enfin, tendance de courir avec un vrai suivi. C’est d’ailleurs ce qui en engendré une augmentation incroyable des ventes de traqueurs d’activité de type Fitbit ou Jawbone.

Le Jawbone Up 3 est destiné à l'actif urbain, tendance fashionistos, qui prend soin de lui et aime mesurer son niveau quotidien d'activité
Le Jawbone Up 3 est destiné à l’actif urbain, tendance fashionistos, qui prend soin de lui et aime mesurer son niveau quotidien d’activité

Les montres connectées tentent de s’immiscer dans ce marché. Au programme, suivi GPS (logique), mesure de la vitesse, du dénivelé, de la distance, et même du rythme cardiaque (mais c’est dans 99% des cas trop imprécis pour se baser dessus). Evidemment, les traqueurs sont limités. Plutôt conçu pour l’actif urbain qui veut mesurer son activité quotidienne.

La Tomtom Runner Cardio permet un suivi précis de sa progression et un contrôle de son rythme cardiaque durant l'effort pour optimiser les performances
La Tomtom Runner Cardio permet un suivi précis de sa progression et un contrôle de son rythme cardiaque durant l’effort pour optimiser les performances, tout comme son homologue la Garmin

Les montres connectées de sport sont à un autre niveau. On peut ainsi voir des marques comme Tomtom ou Garmin, qui connaissaient le succès avec la vente de GPS à l’époque en proposer toute une gamme, allant du joggeur occasionnel au sportif expert adepte du triathlon. Plus efficaces que les montres connectées, elles disposent de logiciels de suivi très précis, peuvent s’accoupler avec une ceinture cardiaque et gérer sur le long terme l’évolution de nombreux paramètres. De plus, elles offrent des autonomies largement supérieures aux autres montres connectées, Pebble incluses. Cela se situe aux alentours de la quinzaine de jours avec un usage prononcé.
Ces montres ne sont pas habillées. Elles ont un look de sportif chaussé en Asics fluo et vêtu d’un coupe-vent tout aussi coloré.

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Elles sont le fruit d’un coït entre une paire de running, un Jawbone et une Sony Smartwatch en quelque sorte. Mais elles sont également à ce jour, les montres connectées les plus utiles dans leur genre. Certains diront qu’à leur époque, on s’entraînait sans tous ces gadgets, pensant secrètement à Rocky Balboa. Mais pouvoir réaliser un suivi de ses performances est la clé pour progresser.

La Gamrin Fenix 3 est la plus aboutie du genre : natation, treck, Vélo, course, elle gère tout derrière son écran saphir bombé. Le tout pour 449€, de quoi faire relativiser les prix de quelques montres...
La Gamrin Fenix 3 est la plus aboutie du genre : natation, treck, Vélo, course, elle gère tout derrière son écran saphir bombé. Le tout pour 449€, de quoi faire relativiser les prix de quelques montres…

Il y a donc plusieurs gammes de montres connectées : chacune ayant sa propre cible. Le sportif régulier préférera peut-être s’orienter vers des montres dédiées tournant sous un système propriétaire, plutôt qu’une Moto 360 (même en version sport) ou une Pebble. Tandis qu’une Apple Watch, Huawei ou une LG Urban comblera les geeks accrocs à la mode. Dans tous les cas, l’heure n’est pas l’objectif premier. Le mot montre n’est au final qu’un moyen de définir ces objets dans une conversation. Leur usage va bien au-delà, par les fonctions qu’elles proposent. Reste à considérer si ces fonctions, aussi ludiques ou pratiques soient-elles, peuvent réellement convaincre dans une société où l’on parle de “digital detox”, noyée dans l’abondance de produits digitaux aux durées de vie de plus en plus courtes et à l’utilité de plus en plus discutable. C’est ce que nous allons tenter de déterminer dans notre dernier point.

[nextpage title=”Concusion : tout ce que vous vouliez savoir sur les montres connectées”]

Pour conclure ce long dossier, que je vous remercie d’avoir pris le temps de lire (c’est cool 😉 ), il est temps d’apporter quelques réponses aux questions que tout le monde se pose.

Une montre connectée est-elle une montre ?

Non ! Les montres connectées n’ont pas vocation à servir de montres. Au fil des années, nos smartphones sont devenus des objets ultra complets et polyvalents, permettant une infinité de choses. Tant et si bien que leurs fonctions premières sont passées en second plan. La montre connectée sert à faire le filtre entre les fonctions premières du mobile (appels, sms, notifs, messages, mails) et les fonctions annexes chronophages (Facebook, Twitter, jeux, surf, etc). Un filtrage auquel ces montres se prêtent bien plus volontiers : si on hésite à filtrer certaines notifications sur le smartphone, de peur de passer à côté, on peut le faire sans crainte sur la montre, car elles seront toujours visibles et mises en avant sur le mobile.

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Une montre connectée améliore-t-elle la productivité ?

Oui, nous avons pu y répondre dans le dossier. Mais elle n’est pas une solution miracle. Côté sport c’est la même chose, elle file un coup de pouce, mais ne remplace pas un écosystème adapté.

La montre connectée, un moyen de limiter les interruptions liées aux smartphones
La montre connectée, un moyen de limiter les interruptions liées aux smartphones

La montre connectée est-elle un énième objet high tech superflu ?

De prime abord oui. Mais comme pour tout, cela dépend des profils de chacun. J’aime bien ces objets. J’en possède plusieurs et j’ai pu en tester plusieurs (principalement pour la réalisation de ce dossier). Aujourd’hui, je m’en sers beaucoup. Je trouve ça pratique, accessible, simple, et esthétique (en plus d’assouvir un certain rêve à travers la réalisation de cadrans) sans pour autant en être dépendant : je ne peux pas me passer de mon lecteur MP3, difficilement de mon smartphone, mais aisément d’une montre connectée, qui est plus un confort qu’autre chose. Mais je peux comprendre qu’une personne n’adhère pas. Cela dit, j’ai remarqué que les personnes frileuses face aux montres connectées l’étaient face aux montres tout court. Malgré tout, les belles montres me font rêver, ce qui n’est pas encore le cas de ces objets high tech.

On essaie de se convaincre comme on peut
On essaie de se convaincre comme on peut

Une montre connectée est-elle plus vulnérable à l’obsolescence programmée qu’un smartphone ?

Non. Les systèmes faisant tourner les montres, que ce soit iOS Watch, Android Wear ou l’OS Pebble, sont pensés pour tourner simplement, avec peu de puissance sur un maximum de montres. C’est ainsi que la petite LG G Watch, trouvable à 50€ neuve un peu partout à l’heure de rédaction de ce dossier, s’est vue greffée au fil des mises à jour toutes les fonctionnalités Android Wear. La seule différence intervient sur les options : capteur cardiaque, GPS intégré, haut-parleur intégré.

Cette simplicité est la clé de l’efficacité de ces montres. Dès lors qu’elles commenceront à mimer un peu trop les smartphones, elles deviendront inutiles.

La première Apple Watch a peu de chance de connaître le même destin que le premier iPad, le système étant léger à faire tourner, et le hardware embarqué performant pour l'objet
La première Apple Watch a peu de chance de connaître le même destin que le premier iPad, le système étant léger à faire tourner, et le hardware embarqué performant pour l’objet

L’obsolescence des montres connectées est-elle leur principal problème ?

Non et oui. Non, car comme dit juste avant, le système est pensé pour une longue durée, par sa simplicité. Oui car leur conception tourne autour d’une batterie difficilement voire non remplaçable. Or, sans énergie, pas de montre. C’est bête d’ailleurs, parce que ce point aurait pu aisément être amélioré.

Le hardware des montres connectées leur assure une certaine pérénité par rapport aux mise à jour logiciels, ce qui n'est pas le cas de la batterie
Quid de la montre une fois la batterie HS ? Un sujet presque tabou tant les constructeurs évitent d’en parler

Les montres connectées sont-elles chères pour ce qu’elles sont ?

Dans l’absolu, oui, même si leurs prix de vente ne sont pas si élevés (sauf les Apple Watch Edition en Or) : le prix moyen dépensé pour une montre connectée en 2014 était, selon Apple Insider, de 189 dollars. Aujourd’hui, le prix va de 50 euros (LG G Watch) à 849 euros (Apple Watch). Plus concrètement, l’Apple Watch Sport est passée à 320€ un peu partout, la LG Urbane se trouve à 249€ (voire 199€ en cherchant un peu), la Pebble Steel et Time Steel tournent entre 130€ et 299€. La Moto 360 V2 a été en solde à 239€ pour la version métallique (boitier + bracelet) en 46 mm et la Huawei tourne entre 349 et 449€.
Les Apple Watch et Huawei Watch arborent des écrans en verre saphir qui font grimper le prix. Mais concrètement, nous sommes loin des montres « Fashion » (une Hugo Boss ou une Calvin Klein avec un petit mouvement quartz et verre minéral se trouvent à plus de 500€) et encore plus des belles montres (la première Hamilton sympa tourne autour des 600€).

Reste le problème de la durée de vie. Si une Pebble qui nécessite une recharge par semaine verra sa batterie tenir facilement 4 années (ce qui reste peu dans la vie d’une montre), les autres montres peineront à dépasser les 2 ans… Dès lors, les prix prennent une autre dimension…
Mais le prix est moins problématique que de devoir jeter un objet qui fonctionne bien, que l’on aime bien, mais dont la source d’énergie est HS et irremplaçable. Une montre ne se jette pas. elle se donne ou se vend. Avec les montres connectées sont arrivées les montres jetables. C’est leur réel défaut, plus que l’autonomie.

Honnêtement, vous vous voyez mettre ça à la poubelle parce que la batterie est morte ? Moi non. D'abord parce qu'elle est jolie, puis parce qu'elle vaut 450 euros !
Honnêtement, vous vous voyez mettre ça à la poubelle parce que la batterie est morte ? Moi non. D’abord parce qu’elle est jolie, puis parce qu’elle vaut 450 euros !

Les entreprises high tech ont-elles raté la mise sur le marché des montres connectées ?

Oui, indéniablement. Nous l’avons dit, ces montres n’en sont pas. Mais le potentiel affectif est là. Elles se veulent accessoires de mode et produits technologiques utiles et/ou ludiques. Il aurait peut-être fallu piocher un peu du côté des codes marketing des montres et de la mode. Apple a plus ou moins réussi son coup, via son système amusant, le côté fashion, la couronne tournante, système entièrement adapté, look pas dégueu (perso, je la trouve superbe portée). Mais elle se plante sur la durée de vie et son lancement tardif.

Pour les montres Android Wear, c’est pire, car si on met de côté Google et son système, il ne reste rien. Huawei a juste pompé le concept de cadran fin, a foutu un verre saphir, a injecté Android Wear et basta ! Ne parlons pas de LG qui pour sa première incursion a dévoilé une LG G Watch qui est, avouons-le (et j’en possède une) vraiment moche.

Enfin, Pebble a presque réussi son coup. On pardonnera le design de la première version, car n’oublions pas qu’en plus d’être pionnière, la marque n’avait pas la même force de frappe financière que les autres. Mais elle assure la pérennité de ses produits dans le temps, chose rare. Les montres de sport sont à part. Plus autonomes, elles sont bonnes pour une à deux années de plus. Mais pareil, une fois la batterie HS, c’est poubelle !
Globalement, on a l’impression que les marques ne croient pas en leurs montres connectées. Difficile alors de convaincre les acheteurs…

Jean-Claude Biver, PADG de Tag Heuer, ne croit pas en la montre connectée et s'incruste dans le marché pour motiver les clients à l'achat d'une montre mécanique, moyennant un avoir une fois la conenctée HS
Jean-Claude Biver, PADG de Tag Heuer, ne croit pas en la montre connectée et a avoué s’être incrusté sur ce marché pour motiver les clients à l’achat d’une montre mécanique, moyennant un avoir de 1350$ une fois la “Connected” (nom très original donné par la marque à leur montre connectée) HS

Aujourd’hui, une montre connectée se doit d’être conçue pour perdurer, chose que l’industrie, principalement high tech, n’accepte plus. D’ailleurs, saurait-t-elle encore comment faire ?

Alors au final, c’est bien ou c’est mauvais ?

Difficile de trancher. Ne vous attendez pas à ce que votre montre connectée soit le témoin physique et matériel de votre existence. Ne pensez pas non plus qu’elle vous permettra d’augmenter radicalement votre productivité. Même si elle se veut plus discrète et sert de filtre, son impact sur la concentration est bien là. Mais tout n’est pas mauvais pour autant. Ces objets permettent de quantifier pas mal de choses, et d’assurer différents suivis plus ou moins utiles. Elles sont ludiques et jolies pour la plupart. Enfin, elles permettent surtout de nous recentrer sur la réalité, en mettant le smartphone entre parenthèses. Il suffit d’essayer pour s’en rendre compte.

Le concept est intéressant. Mais il faudrait, comme ce fut le cas pour les montres traditionnelles, trouver une solution technique pour gérer l’énergie, véritable souci de ces objets. Et nous n’y sommes pas encore. Le concept, malgré son apparition il y a presque une décennie avec la Sony Ericsson MBW100, continue de se chercher, pour ne pas faire doublon avec le smartphone.

La MBW 100, fruit d'un partenariat entre Fossil  et Sony Ericsson et sortie en juin 2007, fut la première réelle montre connectée.
La MBW 100, fruit d’un partenariat entre Fossil et Sony Ericsson et sortie en juin 2007, fut la première réelle montre connectée.

Mais la véritable question ne serait-elle pas : l’avenir du smartphone n’est-il pas tout simplement un objet fashion, pratique à porter sur soi et bien sûr connecté ? Une question qui avait également conclu notre autre dossier, publié il y a presque 3 ans, et dont la réponse n’est pas encore apportée.

Histoire de finir en beauté, on termine avec le dessin animé “Charlie, mon Héro (All Dogs Go to Heaven)“, par Don Bluth (le papa des Fievel et du Petit Dinausaure), qui relate l’histoire d’un berger allemand dont la vie est liée à une montre gousset mécanique à remontage manuel.

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Cette méthaphore est intéressante, parce qu’elle résume à elle seule la conclusion de ce dossier.