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Dossier : Opel vous permet de discuter avec votre voiture et bien plus encore

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Par Djenuwine le

Depuis le 1er mai 2015, il est possible de commander un véhicule Opel équipé du système connecté nommé OnStar. Un moyen d’anticiper la nouvelle norme européenne, qui obligera les constructeurs à intégrer un système d’appel d’urgence « e-Call » dans les véhicules, et cela, à partir d’octobre 2018.

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Une idée qui n’est pas nouvelle

Depuis quelques années, certains constructeurs ont intégré un système de connexion et de traçage dans leurs automobiles. General Motors en fut d’ailleurs l’un des précurseurs, en l’installant dans certains de ses véhicules dès 1996.

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La Cadillac Eldorado fut l’un des 3 modèles à inaugurer le système

L’idée d’un tel système est de pouvoir envoyer un signal indiquant avec la plus grande précision possible la position du véhicule aux secours en cas d’accident. Un système que l’on retrouve également dans les modèles de certaines marques premium. Ce type de service est désormais accessible à un plus large « grand public », et arrive en France, grâce à Opel et OnStar System (solution développée par General Motors, à qui appartient Opel).

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Accidentellement Votre

Les accidents sont évidemment la raison principale de l’existence de ce système. Il faut savoir que le SAMU et les pompiers mettent maximum 10 minutes à intervenir dès lors qu’ils sont informés de l’existence et du lieu d’un crash. Un délai très court. Mais ces 10 minutes sont rallongées par le temps entre le signalement de l’accident et la prise de connaissance du lieu. Pire, parfois personne n’est présent sur le lieu de l’accident et les victimes ne peuvent pas forcément bouger, ou ne sont pas conscientes. Et dans les cas graves, les minutes sont comptées.

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C’est là que le système entre en action. Il contacte automatiquement le service, en envoyant la position GPS exacte, ou, en cas d’absence de signal, une triangulation précise grâce aux antennes cellulaires. À l’autre bout de la ligne, se trouvera un être humain qui parlera la même langue que celle que vous avez choisi pour votre système. Les informations sont alors transmises aux différents secours (pompiers, SAMU, police), permettant de gagner de précieuses secondes.

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La possibilité de planifier un nouvel itinéraire sans détourner les yeux de la route prend tout son intérêt avec ce genre de météo

Même si tout ceci existe déjà depuis presque vingt ans, OnStar propose une solution allant beaucoup plus loin, en offrant tout un panel de services rendu possible grâce à la connexion 4G.

[nextpage title= »Un petit service de conciergerie pour le grand public »]
Un petit service de conciergerie pour le grand public

Au-delà de la connexion Wifi, accessible grâce au partage de connexion via le modem intégré au véhicule, c’est surtout le Centre d’Appel qui amplifie l’expérience connectée. Un appui sur le bouton E-Call et vous voilà en relation avec l’un des opérateurs d’une plateforme d’appels.

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Dès lors, vous pouvez presque tout demander : un diagnostic à distance du véhicule, une programmation GPS, les meilleures adresses pour le shopping, les horaires d’ouverture de n’importe quel endroit, avec l’itinéraire permettant d’y aller, l’état du trafic. Il n’est pas encore possible de réserver (un restaurant par exemple), mais cela devrait l’être très prochainement.

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Au royaume du gadget, on peut allumer les phares et faire sonner sa voiture via l’application sur son smartphone, ou encore vérifier le niveau de carburant, toujours depuis cette application.

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Au-delà de l’amusement, la traçabilité à distance permet d’enrayer la monté du car-jacking, puisqu’il est alors possible de stopper le véhicule à distance et d’empêcher son redémarrage.

[nextpage title= »Un succès croissant, un échange humain »]
Un succès croissant qui peut enfin arriver en Europe

OnStar fut intégré dès 1996 dans trois véhicules de la gamme Cadillac par l’intermédiaire d’un système d’alerte émis en cas de déploiement de l’airbag. En 2001, et après avoir conquis 4 pays (dont le Canada), le système OnStar franchit le cap du million d’utilisateurs. Entre temps, les fonctions de conduite mains-libres et diagnostiques sont apparues, en même temps que ce bouton d’appel situé au plafond, entre les deux conducteurs.
Désormais, avec 7 millions d’abonnés, 5 millions d’appels d’urgence, 255 millions de téléchargements d’itinéraires et 30 milliards d’appels, le système a fait ses preuves et dispose d’une maturité suffisante pour débarquer dans une Europe où la 4G commence, enfin, à être correctement déployée.

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Un échange humain

L’une des choses les plus paradoxalement déroutante est sans aucun doute le fait de parler à un être humain, et non à une machine. Loin de Cortana ou de Siri, on se retrouve à communiquer avec autre chose qu’un algorithme. On s’étonne alors de ne pas devoir articuler bêtement et composer en mots simples. Un confort appréciable et une souplesse devenue rare en 2015.

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Sécurité et confidentialité

La sécurité du système est assurée par un code PIN que vous établissez lors de votre inscription. Sans ce code, vous pouvez vous connecter, mais l’opérateur n’effectuera rien.
Autre élément clé : un bouton de désactivation du tracking, situé à gauche des boutons d’appel et d’urgence. À noter qu’en cas d’accident la localisation se réactive automatiquement.

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Aujourd’hui plus qu’hier, la question de protection de la vie privée est dans toutes les têtes. Alors que le gouvernement et de nombreuses sociétés peuvent s’approprier nos données personnelles et les exploiter sans trop de risques (voire légalement), une voiture connectée apparaît comme une nouvelle prison numérique dans le grand royaume connecté.
Notons qu’Opel a dû traiter avec la CNIL et ses équivalents des 13 autres pays européens où sera proposé le système, afin de prouver que la récolte et l’utilisation des données restaient dans un cadre strictement privé. D’ailleurs, seule la Police, sous réserve d’un accord du procureur, peut y accéder (dans le cadre d’une enquête).

Malheureusement, il n’existe aucune protection parfaite côté transfert de données. Ajoutons à cela le fait qu’une société privée bénéficie d’informations nombreuses, précises et assez particulières, et la peur de voir ces données vendues apparaît rapidement. Evidemment, General Motors et OnStar ne se soucient pas de savoir que l’on respecte ou non les limitations, que l’on aime aller faire ses courses chez Dia, ou que l’on fait régulièrement un détour après le boulot pour une mystérieuse raison.

Mais les exemples de divulgations ne manquent pas. Rien que ces derniers mois, Boulanger a été épinglé par la CNIL pour sa base de clients qui défie toute morale, la société Sagem est pointée du doigt par l’association des automobilistes car elle fournit et gère la maintenance des radars automatiques. Treize sites de rencontres ont également été juridiquement mis en demeure par la CNIL pour avoir gardé les informations confidentielles des membres désinscrits. Ou encore plus récemment, le site Ashley Madison a vu toutes les informations confidentielles de ses membres disponibles via un fichier torrent. À partir du moment où il y a transmission de données via un protocole quelconque et stockage sur serveur, les données en questions ne peuvent pas être protégées de façon sûre.

Si ce discours semble un brin parano, il faut tout de même savoir que le gouvernement souhaite, dès qu’un véhicule se fait flasher, aller chercher, via la plaque, dans les données des assurances pour vérifier que le véhicule en question est bien assurée. Dès lors, on peut imaginer que les assurances peuvent elles aussi accéder à une partie des informations, permettant d’établir de nouveau barèmes ou d’établir une Liste Noire officieuse… Un accès risqué certes, mais si le gain est supérieur aux conséquences, pourquoi s’en priver ?

Enfin, et ce n’est pas la moindre des questions : combien vaudraient de telles données sur le marché ? N’oublions pas que si Facebook déclare ne pas s’intéresser à notre vie privée, son business model lui, en a besoin pour faire des sous. Si OnStar affirme évidemment que leur modèle financier n’est absolument pas basé sur l’exploitation de ces données, il se pourrait, en cas de difficultés financières, ou d’une volonté de démocratisation du système, que la publicité s’intègre au véhicule, une publicité ciblée afin, par exemple, d’assurer un service gratuit et un service premium. Si l’idée n’est pas à l’ordre du jour, y penser n’est pas une chose aberrante, tant cette méthode fonctionne aujourd’hui.

[nextpage title= »Une formation des opérateurs et opératrices de haute volée »]
Une formation des opérateurs et opératrices de haute volée

OnStar Europe est basé à Luton, petite ville de la banlieue londonienne. Nous avons pu visiter le centre d’appel, et les différents locaux, dont un immense mur rempli d’écrans.

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Mais nous avons également pu interroger les opérateurs, et principalement deux opératrices dans notre cas. Polyglottes, ils sont formés pour le pire, le but premier du système étant d’établir une connexion en cas d’accident. Nos deux opératrices qui parlaient français ont accepté de répondre à nos questions qui étaient pour certaines, assez spéciales.

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Comment procédez-vous en cas d’accident ?
« Nous avons une pancarte Urgence que nous levons. Nous ne sommes jamais seuls quand un cas comme celui-ci se produit. Dès le contact, nous suivons un protocole précis et strict pour être le plus efficace possible. On récolte les données de localisation, nous tentons d’établir un contact avec les victimes de l’accident, savoir combien ils sont, la gravité de l’accident, etc. Entre temps, les secours sont alertés et informés du lieu. L’objectif étant d’agir très rapidement et très efficacement, car le temps joue contre nous dans ces situations. »

La question est délicate, mais mérite d’être posée : êtes-vous préparés à perdre quelqu’un alors que vous êtes en communication avec ?
« Nous avons une grande formation de plusieurs semaines pour se préparer à ce genre de cas, et le fait de ne pas être seul lors d’un cas d’urgence aide également. »

Une dernière question : comment réagissez-vous si quelqu’un vous appelle pour faire la conversation, simplement car elle a besoin de parler ?
« Nous essayons de savoir si elle a besoin de quelque chose, de façon large. Si elle veut qu’on la mette en relation avec une personne, ou si elle a besoin d’un endroit pour se détendre. Nous ne sommes ni psychiatres, ni psychologues. »

Et si la personne fait trop durer la conversation ?
« Nous devons tenter d’y mettre fin de façon courtoise. Nous avons quelques formules, mais c’est vraiment selon le contexte. »

Combien va coûter ce nouveau service ? C’est l’Opel Astra qui ouvre le bal. L’option OnStar est proposée en option dès l’entrée de gamme, et intégrée assez rapidement de série dès le milieu de gamme.

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Petit à petit, le système devrait être disponible dans tous les véhicules du constructeur.
OnStar a négocié le roaming (l’itinérance) de façon à pouvoir se connecter à internet partout en Europe sans majoration du tarif. Le système utilisera la 4G qui se démocratise de plus en plus.
Côté prix, la première année sera offerte. Les autres années seront payantes, avec un forfait modulable, payable à l’année ou mensualisé. Dans le second cas, l’abonnement sera sans engagement. Pour le moment, nous n’avons pas d’information sur le prix, les négociations avec Vodafone étant toujours en cours. Mais à titre indicatif, les forfaits oscillent entre 20 et 35 $ aux États-Unis.

L’inéluctabilité Monsieur Anderson, l’inéluctabilité…

Forcément, les avis sont partagés quant à l’intérêt de cette technologie. Rappelons-nous tout de même que le système « e-call » devra être intégré à tous les véhicules dès octobre 2018, à l’instar de l’ABS et de l’airbag conducteur. Il est donc logique de voir un groupe comme General Motors intégrer un système qu’il développe depuis deux décennies dans une des marques européennes du groupe, et surtout de se positionner de façon agressive, via une multitude d’options et de services. Car c’est un fait, la voiture connectée arrive et plus vite qu’on ne le croit.

[nextpage title= »La dernière étape avant la voiture autonome pour tous ? »]
La dernière étape avant la voiture autonome pour tous ?

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Quand on y pense, entre le système d’aide à la conduite, qui empêche d’emboutir le véhicule d’en face, celui qui garde le véhicule entre les voies, celui qui lit et adapte la signalisation, le GPS qui calcule en temps réel le parcours le plus adapté, les boîtes à double embrayages qui démocratisent la boîte automatique et nous affranchisse de la pédale d’embrayage, les régulateurs et limiteurs de vitesse, les détecteurs de fatigue, les anti-patinages, les contrôleurs de trajectoire, il ne manque finalement plus qu’une distraction pour ne plus avoir ni l’envie, ni le besoin de conduire. Cette même distraction qui scotche les gens à un écran tactile, qui a rendu les lieux publics silencieux, celle qui a également mis le savoir et son opposé dans une poche, serait-ce elle qui achèvera l’acte de conduite, celui que l’on ne fait pas par plaisir mais pas nécessité ? Une question qui trouvera sa réponse dans un futur proche.

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Conclusion

Initialement pensé pour le contact en cas d’urgence, le téléphone portable devenu smartphone a été étoffé d’un tas de fonctionnalités pour le rendre également ludique et pratique.
Le système proposé par Opel et OnStar suit exactement le même cheminement. Il s’agit initialement de prévention rendue possible grâce à une communication précise ultra rapide. Mais c’est aussi une approche ludique. Le Wifi à bord, le fait de disposer d’un interlocuteur humain capable d’agir sur le véhicule, tant pour les choses pratiques (trouver un nouvel itinéraire sans avoir à rester fixé sur son GPS ou avoir un check-up du véhicule après avoir heurté un nid de poule par exemple), que pour des choses plus accessoires. Évidemment, l’usage s’orientera rapidement vers l’aspect ludique, avec comme justification initiale, l’apport de chances de survie en cas d’accident grave.

Toutefois, le prix à payer pour profiter d’un tel système va au-delà de l’argent. Ce prix, ce sont les informations transmises. Car aussi sécurisée soit-elle, une transmission de données ne l’est jamais suffisamment. Le risque que le système soit hacké existe. Certes, les ingénieurs qui planchent dessus trouveront rapidement une parade, n’empêche que le mal sera fait.
Néanmoins, cette idée est à relativiser : nous sommes des millions à nous jeter sur des outils à but purement ludiques (Facebook, Snapchat, Instagram, Twitter) dont certains génèrent du profit grâce aux données que nous leur offrons régulièrement, avec le sourire.

Autant d’actes d’exhibition virtuelle qui sont, au final loin d’être nécessaires. Opel a le mérite de s’appuyer sur un système plus mature que celui qui sera proposé par les autres constructeurs (car rappelons-le, un système d’appel d’urgence sera obligatoire dès octobre 2018). De plus, la marque y ajoute un côté ludique, en plus de l’usage principal qui sert à sauver des vies. Et cela, ça n’a pas de prix.