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Huawei VS États-Unis : l’Empire (du milieu) contre-attaque

Business

Par Remi Lou le

Loin de s’apaiser, les tensions entre les États-Unis et la Chine pourraient bien s’intensifier dans les semaines à venir, alors que l’Empire du milieu évoque une série de mesures pour riposter contre son rival américain.

L’offensive américaine contre le géant chinois Huawei ne laisse pas la Chine de marbre, qui compte bien riposter contre les États-Unis. Ainsi, la Chine pourrait bien restreindre l’accès à ses terres rares, majoritairement concentrées dans le pays et contenant les minéraux nécessaires à la fabrication des produits high tech. Mais ce n’est pas tout. Donald Trump pourrait également se retrouver pris à son propre piège alors que la Chine compte bien adopter une position similaire en blacklistant certaines entreprises américaines.

Nerf de la guerre du conflit sino-américain : les terres rares

Elles s’appellent praséodyme, dysprosium ou encore ytterbium, et ce ne sont pas des drogues expérimentales qui font fureur au Nouveau-Mexique, mais bien des « terres rares », soit des minerais indispensables à la fabrication de nos smartphones et autres produits high tech. Si on savait déjà que la fabrication de ces produits était essentiellement concentrée en Chine, il faut également savoir que les minéraux qui servent à les fabriquer y sont également présent. La Chine concentre près de 80% des terres rares quand 90% d’entre elles sont raffinés dans des usines chinoises.

En guise de menace, le Président chinois, Xi Jinping, avait rendu visite à l’une des plus grosses usines d’extraction et de raffinage de terres rares, au lendemain de la décision de Google de priver Huawei d’Android. L’objectif était bien sûr d’étaler ses ressources et indiquer à demi-mot aux États-Unis que la Chine a des arguments à faire valoir pour priver les entreprises américaines d’éléments essentiels à la fabrication de leurs produits.

Pour autant, priver les États-Unis en terres rares ne semble pas être la bonne solution pour la Chine. À court terme, limiter l’accès aux terres rares mettrait certainement les entreprises américaines dans l’embarras, mais cela pousserait également les États-Unis à prévoir de nouvelles solutions pour s’en procurer, voire même accélérer les travaux pour s’en passer. Si les terres rares sont aujourd’hui majoritairement concentrées en Chine, elles sont présentes partout, mais leur extraction s’avère extrêmement polluante, c’est pourquoi de nombreux pays ont tout simplement arrêté de les exploiter.

De plus, il faudrait que la Chine interdise l’accès à ses terres rares à tout le monde pour réellement assoiffer les entreprises américaines, car celles-ci peuvent très bien acheter les minerais à des Européens, qui eux-mêmes se les procurent en Chine, par exemple. Mais une interdiction pour tous ne correspond pas avec l’image du pays de Xi Jinping qui souhaite passer pour le garant du libre-échange dans cette guerre commerciale.

Une liste noire des entreprises américaines

Tel est pris qui croyait prendre. C’est en tout cas un des scenarii qui se profilent à l’horizon. En réponse à la décision américaine de placer Huawei sur liste noire, la Chine pourrait elle aussi dresser une telle liste des entreprises américaines. Sur le même principe, ces entreprises étrangères seraient placées sur liste noire car jugées susceptibles de mettre en danger les intérêts chinois.

Cette liste noire chinoise pourrait regrouper « des entreprises étrangères, des organisations ou des personnes qui ne respectent pas les règles du marché, l’esprit des contrats et qui obstruent ou bloquent l’approvisionnement des entreprises chinoises pour des raisons non commerciales et qui portent un préjudice sévère aux droits et intérêts des entreprises chinoises » a indiqué le ministre du Commerce chinois, Gao Feng.

Des sanctions chinoises pourraient bien s’avérer dramatiques pour des entreprises américaines comme Apple, dont les iPhone restent très populaires en Chine. Mais ce n’est pas tout, car de nombreuses firmes pourraient également en pâtir, comme l’industrie textile, comprenant des marques comme Nike et Levi’s, ou encore Hollywood, qui réalise des recettes importantes à chaque film dans l’Empire du milieu.

Une chose est sûre, nous ne sommes qu’au début d’une guerre commerciale d’ampleur à venir, et le cas de Huawei ne semble avoir été que le déclencheur. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping prévue à la fin du mois au Japon à l’occasion du G20 pourrait être l’occasion de trouver une porte de sortie à une situation qui s’envenime et prend de l’ampleur chaque jour.