Dossier

[Alors, on regarde ?] Warrior : First troubles in little China

Série

Par Jules le

D’aucuns diront que Warrior est la rencontre entre Peaky Blinders et le cinéma hongkongais. Un mélange bizarre entre Boardwalk Empire, de l’opium et du kung-fu. Au-delà de ces comparaisons, Warrior est surtout un projet vieux de 48 ans qui a germé dans l’esprit de Bruce Lee. Une oeuvre inadaptée que sa fille, Shannon, a décidé de porter sur petit écran grâce aux bons soins de Jonathan Tropper (Banshee) et Justin Lin (Fast and Furious). Alors, on regarde ?  

En 1971, deux années seulement avant sa disparition, Bruce Lee s’était essayé à l’écriture d’une série TV baptisée The Warrior. L’idée était de mettre en scène un expert en arts martiaux en plein Far West américain. Un projet qu’il n’est pas parvenu à vendre à Warner Bros., qui a pourtant produit peu de temps après un show similaire répondant au nom de Kung-Fu. Une oeuvre sur laquelle Bruce Lee n’a même pas été créditée.

Quarante-quatre ans plus tard, justice est enfin rendue à l’acteur hongkongais puisque  Shannon Lee, sa fille, s’est rapproché de Cinemax pour la mise en chantier d’une série basée sur les écrits de Bruce Lee, et pilotée par Jonathan Tropper et Justin Lin. Une série rebaptisée Warrior qui a vu le jour le 5 avril dernier, et dont nous avons pu voir les premiers épisodes.

Shaolin Gangster

Warrior nous propulse dans le San Francisco de 1878. La ville en plein essor peut compter sur la main-d’oeuvre bon marché que représentent les quelque 250 000 immigrés chinois venus aux États-Unis en quête d’une vie meilleure. Sauf que la poursuite du rêve américain se transforme rapidement en cauchemar pour la diaspora chinoise, qui se retrouve confrontée au racisme de la population locale, et notamment de la communauté irlandaise majoritairement sans emploi à cause d’elle, ainsi qu’à l’emprise des gangs mafieux. Ajoutez à ces tensions le souvenir encore vif de la Guerre de Sécession et vous obtenez une véritable poudrière, avec Chinatown comme potentielle étincelle.

Le spectateur suit Ah Sham (Andrew Koji, particulièrement à l’aise dans son rôle), un expert en arts martiaux fraîchement descendu du bateau. Après une altercation sur l’embarcadère, il est rapidement remarqué par un clan Tong qui le recrute comme homme de main. Le jeune homme, qui a ses propres objectifs en Amérique se retrouve alors en plein milieu d’une guerre de gangs, avec au centre, le trafic d’opium.

En parallèle de l’ascension de ce mafieux malgré lui on assiste à la création d’une unité de police chargée de surveiller Chinatown, à la montée de la haine anti-chinoise chez les ouvriers irlandais, ainsi qu’aux intrigues politiques du maire de la ville qui n’a en tête que sa propre réélection.

Les tribulations d’un Chinois en Amérique

Loin d’être manichéenne, Warrior séduit aussi bien par sa retranscription d’un contexte historique peu exploitée à la télévision que par son ambiance crue violente, parfois anxiogène.

 

Évidemment, d’une série imaginée par un acteur qui doit sa renommée à sa connaissance des arts martiaux (à un point tel qu’il en est venu à créer son propre style de combat), on attend beaucoup des phases d’actions. Et là, autant vous dire tout de suite que les showrunners nous ont agréablement surpris. Les scènes de kung-fu sont parfaitement chorégraphiées, et surtout, ne s’embarrassent d’aucune mise en scène excessive, telle qu’une myriade de ralentis (dont le genre cinématographique est pourtant si friand).

Cependant, bien que l’idée originale soit de Bruce Lee, impossible de ne pas voir la patte de Jonathan Tropper dans Warrior, tant la figure de l’étranger qui débarque dans une ville qu’il ne connaît pas, mais dans laquelle impose sa loi avec les poings n’est pas sans rappeler Banshee.

Fort d’une narration maîtrisée, Warrior jouit d’un rythme agréable alternant intelligemment entre les séquences de combat et les scènes d’intrigue. Histoire de pinailler, on regrette cependant un certain manque d’originalité dans la mise en scène.

From Chinatown with love

Warrior pêche un poil au niveau du traitement de ses personnages. Les protagonistes tiennent en effet de la caricature, avec le flic corrompu en proie aux doutes, le fils de chef mafieux complètement dingue ou le truand qui préfère jouer sur les deux tableaux. La palme revenant aux personnages féminins, qui sont en grande majorité des prostituées, et dont les charmes sont plus souvent mis en avant que leur caractère. Heureusement, le jeu des acteurs rattrape cette faiblesse.

Enfin, il nous faut rendre hommage aux décorateurs de la série, tant le Chinatown d’époque dépeint par Warrior est crédible. Qui peut penser un instant que le tournage a eu lieu à Cape Town en Afrique du Sud en regardant les décors ?

Notre avis

Sur le papier, Warrior s'annonçait prometteuse. Et à l'écran, la série de Cinemax est à la hauteur de ses promesses. Son ambiance à la fois anxiogène et décomplexée, ses décors magnifiques et son intrigue qui n'a rien à envier aux meilleures séries de gangsters parviennent à faire oublier ses personnages caricaturaux. Mais c'est surtout à travers ses combats, parfaitement chorégraphiés que Warrior parvient tirer son épingle du jeu. Pas de doute Bruce, justice t'a été rendue.