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[Dossier] Remake : retours opportunistes ou actes nécessaires de restauration ?

Par Gaylord le

En 2015, le remake est devenu une pratique commune dans le jeu vidéo. Un genre à part entière capable de remuer des communautés à la simple évocation du possible retour d’une franchise qu’on croyait endormie pour de bon. À tel point que ces jeux en viennent à vampiriser les ludothèques et les annonces de sortie. Pourtant on en redemande. Comment en est-on venu à placer autant d’espérance dans des jeux que l’on connaît déjà ? Comment la pratique, loin d’être décriée, s’est tranquillement installée dans notre quotidien ?

Le Journal du Gamer a voulu revenir sur le mystérieux pouvoir que renferment ces rééditions, dans une analyse maison, les pieds sur la table basse.

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Le remake tape là où ça fait le plus mal : dans les souvenirs déformés que l’on garde de notre enfance. Pile poil au creux de cette bulle enchantée dans laquelle nous transformons tout ce que nos yeux et nos mains ont subi par le passé en magnifiques instants Nutella. Puis nous avons grandi. Si les pixels se sont démultipliés et si les manettes comptent quinze boutons et sept joysticks, les souvenirs, eux, restent intacts tant que l’on ne rebranche pas une vieille console. Si c’est le cas, on subit d’emblée les polygones mal taillés, les contrôles d’un autre temps, le 50 Hz et ses bandes noires assassines. Et si certains jeux demeurent tout à fait jouables, d’autres ont subi les affres du temps d’un Mawashi-Geri fatal en plein dans les gencives. C’est ici que le remake intervient, en mettant le jeu techniquement à jour.

Il est toujours difficile de concevoir une définition nette et précise du remake. En théorie, il s’agit de ressortir de sa besace une gloire d’antan pour la remettre à jour en améliorant contrôles, textures et bande son. Même s’il modernise agréablement le tout, le remake nous place face à un étrange paradoxe. On l’acclame pour son incursion dans le passé mais on ne peut s’empêcher de le redouter pour ce qu’il va oser chambouler. Dans tous les cas on continue de l’espérer pour ressentir à nouveau le frisson de la découverte. C’est là tout le défi du remake dont la démarche vise à flatter nos souvenirs et nous rappeler pourquoi on continue d’aimer ces jeux.

En l’état le prochain épisode de Ratchet & Clank, un remake du premier épisode sorti initialement sur PlayStation 2, semble très bien parti pour respecter cette balance :

Le remake se justifie d’autant plus lorsqu’il s’agit de remettre sur le devant de la scène un indétrônable dans sa catégorie. On reconnaît au premier coup d’œil ces jeux intemporels qui nous transportent à nouveau d’un simple réajustement de l’esthétique et d’un assouplissement des contrôles, dix ou vingt ans plus tard, sans jamais toucher à ses bases. L’un des plus emblématiques reste à ce jour Prince of Persia Classic, le remake du jeu d’aventure de Jordan Mechner sorti sur Apple II en 1989 puis réapparu sur le Xbox Live en 2007. À part l’évidente refonte graphique et le gros travail sur les animations du prince, les sensations du plateformer restent quasi intactes jusque dans ses duels diaboliques et ses pièges retors. Le jeu fait toutefois une concession sur un élément fondamental du gameplay d’origine : le fait de sauver la princesse en moins d’une heure. L’absence de sauvegardes, les morts à répétitions, ces contraintes n’ont plus lieu d’être pour Manuel Figeac, l’instigateur de ce remake interrogé par Libération il y a quelques années.

« Il y avait peu de points de sauvegarde pour des raisons techniques, les joueurs devaient souvent perdre parce que certains jeux étaient aussi en salle d’arcade et qu’il fallait acheter des crédits ».

Loin de trahir le jeu initial, le remake permet au contraire de ressusciter un morceau d’histoire tout en l’appréciant dans sa forme la plus aboutie. Cette version a même ici le bon goût de nous laisser le choix entre un parcours libre sans limite de temps et un parcours hardcore où tout se joue en une heure et une vie.

Le défi réside dans l’ajustement de la construction originale par rapport aux canons de notre époque. Rendre le jeu plus accessible sans pour autant trahir son gameplay exigeant. Cette vidéo comparative entre les versions PC, Megadrive et Xbox 360 le démontre à juste titre.