Dossier

[Sélection] Les 12 bandes dessinées qui ont marqué ce début d’année 2018

bande dessinée

Par Jules le

Voilà maintenant trois mois que nos trajets en transports en commun, une partie de nos soirées et de nos week-ends sont consacrés à la lecture des nombreuses bandes dessinées sorties depuis le début de l’année. Tout ce travail et cette passion pour vous concocter une première liste de lecture non-exhaustive des ouvrages qui ont su se démarquer et se trouver une place dans nos petits cœurs. Une sélection bien évidemment subjective, puisqu’elle se base sur nos goûts, mais qui aspire à vous faire découvrir des thématiques et des styles hétéroclites.

The Manhattan Projects (Tome 1)

The Manhattan Projects est un cocktail. Un mélange subtil entre la Ligue des Gentlemens extraordinaires et la communauté scientifique du XXe siècle. C’est l’Histoire contemporaine sous acide. La ligue des Justiciers adeptes des théories du complot. Du Rick and Morty à la sauce Guerre froide. Jonathan Hickman a ainsi laissé libre cours à son imagination en partant du principe que la création de la bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale n’a servi qu’a dissimuler les recherches sur des technologies encore plus dangereuses et inavouables. Aidé des talents de dessinateur de Nick Pitarra, Hickman met ainsi en scène dans une uchronie foutraque un Oppenheimer aux personnalités infinies, un Einstein étrangement obsédé par une porte interdimensionnelle, un Franklin Roosevelt devenu androïde, ou encore un Wernher Von Braun doté d’un bras robotique qui collabore sans peine avec une Laïka télépathe. Et ce n’est qu’un échantillon du florilège de personnages hauts-en-couleur que va rencontrer le lecteur. Ah, et on vous a dit qu’il y avait des extraterrestres ? Évidemment qu’il y a des extraterrestres.

The Manhattan Projects, Tome 1, par Jonathan Hickman (scénario) et Nick Pitarra (dessin), chez Urban Comics. Sorti le 5 janvier, 35 euros.

Black Magick (Tome 1)

Black Magick conte les itérations de Rowan Black, une policière américaine biclassée sorcière (décidément, ces dernières ont la côte dans le 9e art en ce moment). Alors que son identité réelle est censée être connue uniquement de son couvent de sorcières, un inconnu lui révèle son véritable nom, ce qui la met sur la piste d’une société secrète déterminée à éradiquer toutes les magiciennes encore vivantes. Fidèle à lui-même, Greg Rucka prend le temps, dans ce premier tome, de mettre en place ses personnages. Rowan Black traduit une nouvelle fois l’amour du scénariste californien pour les figures de femmes fortes. On en veut pour preuve ses précédentes productions comme Queen & Country ou encore Lazarus.

Black Magick, Tome 1, par Greg Rucka (scénario) et  Nicola Scott (dessin), chez Glénat. Sorti le 10 janvier, 17,50 euros.

Fables – Intégrale (Tome 1)

La saga prolifique de Bill Willingham en 24 volumes fait l’objet d’une réédition chez Urban Comics sous la forme d’une “Intégrale” en plusieurs tomes. Cette première entrée de Fables réunit les trois premiers opus de l’édition classique, soit plus de 400 pages pour (re)découvrir les aventures des personnages de contes de fées dans le monde réel. Si l’accent est mis sur le polar, le héros principal étant Bigby, le grand méchant loup devenu shérif de Fabletown, Bill Willingham ne s’est pas interdit d’autres registres comme celui de l’intrigue romantique. Un grand écart scénaristique agréablement mis en scène par le coup de crayon de Mark Buckingham. Fables est clairement un must-have pour tous les amateurs de comics qui sont passés à côté de cet univers foisonnant, ainsi que pour ceux qui ont découvert Fabletown avec The Wolf Among Us de Telltale.

Fables – Intégrale, Tome 1, par Bill Willingham (scénario) et Mark Buckingham (dessin), chez Urban Comics. Sorti le 19 janvier, 28 euros.

Hillbilly (Tome 1)

Au vu du titre, qui se traduirait par “péquenaud” chez nous, on peut s’attendre à suivre avec Hillbilly l’histoire d’un cul-terreux perdu au fin fond de la campagne américaine. Une sorte d’adaptation en bande dessinée de l’émission Mountain Men qui s’intéresse au quotidien des trappeurs dans le Montana, l’Arkansas ou la Caroline du Nord. Et pourtant, le dernier bébé de Eric Powell, connu pour ses moult collaborations avec Marvel et DC, et surtout pour la série The Goon, baigne à coeur joie dans la dark fantasy. Alors oui, il est parfois question de ruraux dans les Appalaches, mais le récit se centre surtout sur Rondel, un vagabond aveugle et armé du hachoir du Diable, qui traque les sorcières et autres créatures magiques dans le Sud des États-Unis. Mâtinés de folklore américain, les différents chapitres de Hillbilly s’abordent comme des histoires indépendantes, et ce malgré la présence d’un discret fil rouge.

Hillbilly, Tome 1, par Eric Powell, chez Delcourt. Sorti le 28 janvier, 15,95 euros.

Alex + Ada (Tome 3)

La récente arrivée du troisième et dernier tome de Alex + Ada nous permet de revenir sur cette série SF imaginée par Sarah Vaughn et croquée par Jonathan Luna entre 2013  et 2015, et parue à compter de 2016 dans nos vertes contrées. Dans un futur plus ou moins proche où la technologie est devenue régente de la vie quotidienne, les androïdes qui accompagnent les humains voient leur intelligence artificielle bridée suite à un drame meurtrier. Méfiant, dépressif et célibataire, Alex rencontre Ada, une androïde de dernière génération, et commence à se rendre compte, petit à petit, qu’elle pourrait être plus qu’une simple machine conçue pour satisfaire tous ses besoins. Une relation qui va prendre un tournant décisif lorsqu’il va découvrir un moyen de donner une conscience à Ada. Trois tomes durant, Sarah Vaughn confronte, à travers la liaison d’Alex et Ada, le lecteur à sa propre définition de l’être humain et de son rapport à la technologie. Une aventure intelligemment conclue par le troisième tome qui dans un dernier rebondissement montre que si les moeurs peuvent évoluer, elles ne le font pas du jour au lendemain.

Alex + Ada, Tome 3 par Sarah Vaughn (scénario) et Jonathan Luna (dessin), chez Delcourt. Sorti le 7 février, 15,50 euros.

Oblivion Song (Tome 1)

“Les zombies c’est sympa deux minutes, mais là j’en suis au 29e tome de Walking Dead, il serait temps que je passe à autre chose !” Voilà ce qu’a probablement dû se dire Robert Kirkman (selon des sources absolument non vérifiées) avant de lancer Oblivion Song. Et pour l’occasion, il s’est même acoquiné avec Lorenzo de Felici, dessinateur de Drakka et Infinity 8. Mais chassez le naturel et il revient au galop. Imaginez que demain, 300 000 habitants de la Philadelphie soient soudainement propulsés dans une autre dimension peuplée de monstres en tout genre. Qu’après quelques années de recherches, le gouvernement américain jette l’éponge pour récupérer des survivants, et que seul un scientifique s’acharne dix ans durant à sauver les hommes et femmes perdus dans l’Oblivion. Vous tenez là le postulat de départ d’Oblivion Song. On retrouve les thématiques chères à Robert Kirkman, à savoir l’interrogation sur ce qui fait notre humanité, et les réactions humaines face à l’inimaginable et la catastrophe. Bien rythmé, ce premier tome jette les bases d’une série qui se veut au long cours.

Oblivion Song, Tome 1  par Robert Kirkman (scénario), Lorenzo de Felici (dessin) et Annalisa Leoni (couleurs), chez Delcourt. Sorti le 7 mars, 16,50 euros.

[nextpage title= »Les One Shot »]La Tomate (One Shot)

Soyons honnêtes, La Tomate brille plus par son dessin que son histoire. Le one shot de Anne-Laure Reboul et Régis Penet entraîne le lecteur dans une société dystopique où tous les symboles de l’ancien temps doivent être détruits. Les habitants sont classés par caste et doivent remplir un rôle bien précis. On suit alors le quotidien d’Anne Bréjinski, un agent chargée de la destruction des objets issus d’une autre époque. Lors d’une mission, elle tombe sur un sachet de graines de tomates, et plutôt que de mener à bien sa tâche, elle va décider de cultiver le rarissime fruit. Un défi contre l’autorité en place qui ne va pas rester inaperçu bien longtemps. Face à un tel scénario, les amateurs de science-fiction ne pourront s’empêcher de penser à Fahrenheit 451. Et on les comprend tant ce dernier est proche de l’univers imaginé par Ray Bradbury. Heureusement, le classicisme de l’intrigue de La Tomate est rehaussé par le coup de crayon de Régis Penet qui arrive à retranscrire parfaitement l’ambiance aseptisée d’une dictature à l’aide d’un trait fin, anguleux et d’un choix de couleurs majoritairement froides.

La Tomate, par Anne-Laure Reboul (scénario) et Régis Penet, chez Glénat. Sorti le 24 janvier, 19,50 euros.

La Valise (One Shot)

Alors c’est l’histoire d’un mec… Ou plutôt d’une femme. Cette femme possède une valise magique. Cette dernière peut transporter tout et n’importe quoi, mais essentiellement des familles entières. Cette femme fait office de passeur, permettant aux opprimés de fuir la dictature qui sévit dans les environs. Mais en contrepartie, elle réclame des années de vie pour garder une jeunesse éternelle. Inutile de dire que cette valise va attirer les convoitises, notamment de la résistance qui y voit le bon moyen de renverser le régime totalitaire local. Contrairement à La Tomate, La Valise se démarque autant sur son récit que via son style graphique. Diane Ranville mélange avec justesse réalité sociétale et mythe fantastique. C’est pourtant dans son dessin que La Valise puise toute sa force. Le boulot abattu par Morgane Schmitt Giordano et Gabriel Amalric est un régal pour les yeux. Chaque groupe présent dans l’histoire possède son propre code de couleurs et le style s’inspire allègrement de l’esthétique de la propagande et de l’art déco.

La Valise, par Morgane Schmitt Giordano (scénario, dessin), Diane Ranville (scénario) et Gabriel Amalric (dessin, couleur), chez Akileos. Sorti le 31 janvier, 17 euros.

Metal Gear Solid : Project Rex (One Shot)

Lorsque le jeu vidéo sort de son cadre, c’est bien souvent pour aller se perdre au cinéma dans des adaptations qui, pour rester poli, sont fréquemment en deçà des attentes des fans. Pourtant bien des titres vidéoludiques reprennent les codes du 7e Art pour leur propre narration et mise en scène. L’un des exemples, si ce n’est le plus bel exemple de ce flirt culturel est la saga Metal Gear Solid. Véritable cinéphile, Hideo Kojima a distillé sa passion pour le cinéma dans la création de l’une des licences les plus populaires du jeu vidéo. Si l’on a pu penser un instant que les MGS trouveraient leur chemin vers le grand écran, c’est contre toute attente la bande dessinée, via les éditions IDW, qui récupère les droits d’adaptation du premier opus de la saga. Et là où un Uwe Bowl est incapable de livrer une déclinaison cinématographique correcte, faute de respecter le cinéma et le jeu vidéo, Kris Oprisko a su se réapproprier l’oeuvre d’Hideo Kojima pour en extraire l’essence et l’adapter aux codes du comics. Non content de faire face à une intrigue intelligente (merci Kojima) et plus abordable sans être simplifiée (merci Oprisko), le lecteur est transporté dans sa lecture par le style graphique atypique et halluciné de Ashley Wood (Automatic Kafka). Une excellente adaptation qui plaira autant aux fans qu’aux étrangers de l’univers de Kojima, désormais disponible en français grâce aux soins de Mana Books.

Metal Gear Solid : Project Rex, par Kris Oprisko (scénario) et  Ashley Wood (dessin), chez Mana Books. Sorti le 7 février, 18 euros.

24 Heures de la vie d’une femme (One Shot)

À l’heure où la parole des femmes se libère, et que les nouveaux enjeux du féminisme sont dans tous les esprits, l’adaptation graphique par Nicolas Otero du roman 24 heures de la vie d’une femme de Stefan Sweig trouve un écho tout particulier. Il faut dire que l’ouvrage de l’écrivain autrichien dépeint avec brio une journée dans la vie d’une femme libre à une période où l’émancipation de la femme était encore à construire. Malgré un récit transpirant de modernisme, Nicolas Otero ne s’est pas contenté de la solution de facilité en offrant simplement un coup de crayon au récit de Stefan Sweig. Il l’a retouché à sa sauce afin de la rendre plus contemporaine. La Riveria méditerranéenne des années 30 cède sa place à la Californie des 80’s. Le narrateur qui recueillait le souvenir émouvant et romantique d’une dame âgée devient un écrivain en manque d’inspiration. Mais ces changements n’entament en rien la narration prenante de 24 heures de la vie d’une femme, qui se trouve ici sublimée par une mise en scène faisant la part belle aux grandes cases.

24 heures de la vie d’une femme, par Nicolas Otero, chez Glénat. Sorti le 28 février, 19,50 euros.

Anthologie DoggyBags (One Shot)

Le meilleur du pire. Voilà comment l’on peut définir l’imposante anthologie DoggyBags disponible chez Ankama. Le “meilleur” car le label 619 a demandé aux lecteurs de voter pour les 10 histoires les plus trash, cool et surtout à même de figurer dans ce recueil de 368 pages, parmi toutes celles publiées dans les 13 volumes de la saga. Le “pire” car avec Doggybags, le label 619 rend un hommage vibrant aux pulps violents, crasseux et horrifiques. 10 histoires, pour 10 styles graphiques différents qui magnifient un roadtrip visuel aussi violent que délirant. Un ouvrage qui siéra aussi bien aux connaisseurs (ils sont en partie responsable) qu’aux néophytes en manque d’oeuvres subversives.

Anthologie DoggyBags, par le Collectif 619, chez Ankama. Sorti le 9 mars, 29,90 euros.

A.D. After Death (Intégrale)

S’il est un ovni dans cette sélection, il s’agit incontestablement de A.D. After Death. Déjà dans sa mise en page puisque l’oeuvre de Snyder Scott et Lemire Jeff tient plus du roman graphique en faisant la part belle aux longs textes. A.D. After Death semble effectivement se servir du dessin comme de rares pauses visuelles dans la lecture. Non content d’être particulièrement verbeux, A.D. After Death se livre au lecteur de manière déconstruite. La narration est éclatée, avec une timeline volontairement floue et une utilisation régulière du flashback. Finalement, c’est dans son propos que A.D.After Death surprend le plus. Ce qui peut apparaître au début comme une autobiographie fictive de l’auteur se transforme rapidement en oeuvre SF offrant une réflexion intelligente sur notre perception du temps qui passe.

A.D. After Death, par Snyder Scott (scénariste) et Lemire Jeff (dessin), chez Urban Comics. Sorti le 23 mars, 22,50 euros.