Dossier

Sélection : le petit guide ciné/série du hate-watcher débutant

Cinéma

Par Benjamin Benoit le

Succombez au hatewatching ! Derrière ce terme un peu agressif se cache une pratique qui pourrait faire apparaître quelques ulcères – hatewatcher (littéralement « regarder en haïssant ») est un sport international, aussi étrange qu’actuel. Il consiste à éprouver une sorte de plaisir coupable en regardant quelque chose qu’on n’aime radicalement pas. Mais pourquoi s’infliger ceci, en hommes et femmes de bien, me direz-vous ? C’est un grand mystère dont les réponses et les tenants changent d’une personne à l’autre. Soyez chics, hatewatchez tant que vous voulez, mais ne le frottez pas au visage des créateurs qui n’ont pas demandé grand-chose. Bref, je, tu, vous, tout le monde aime détester des choses. Voici une sélection forcément un peu personnelle, donc sans grande cohérence d’ensemble, mais qui vous fera découvrir de délicieux moments de hate seul ou à partager.

Taxi 5

Pourquoi ? Parce que Luc Besson est un aimant à hate. Même quand il n’est pas directement impliqué dans le film.

C’est justifié ? Oh que oui. Reprenons : Taxi est une série de films à l’ADN volontairement beauf, qui peut passer quand on ne dépasse pas la dizaine d’année. À douze ans, j’ai demandé à mon père de m’emmener au cinéma pour le 3, nous n’avons pas reparlé de cette scène de fellation depuis. Bref, détester Besson et tout ce que produit EuropaCorp est automatique. D’aucuns diraient que Luc Besson a été un petit génie touche-à-tout, mais difficile d’ignorer des films très moches (Arthur) juste vraiment bêtes (Lucy) ou déprimants pour l’industrie du cinéma français et la science-fiction en général (Valerian). Et puis il y a Taxi, machine industrielle à hate.

Plus de dix ans après le 4, reboot toujours par Europacorp, mais sans le duo Diefenthal/Naceri. Ce dernier, diégétiquement « à Miami », est d’ailleurs évoqué dans une série de flashbacks – un moment où le film semble abandonner vouloir avoir une identité. C’est Franck Gastambide et ses habituels potes de Pattaya qui s’y collent et ce n’est pas fameux. Sexiste, grossophobe, le film a tenu à conserver la beauferie dans son ADN et personne ne devrait avoir à écrire cette phrase. Même quand il veut faire une blague scato, le film est prévisible en diable. Du caca, du vomi, de belles nanas qui ne servent à rien, des bagnoles mal filmées, de l’action molle, tout y est !

LOL

Pourquoi ? Car c’est un rare exemple de hate qui devient internationale.

C’est justifié ? Vaguement. Le film est neuneu au mieux, très déconnecté de son sujet au pire. Souvenez-vous, ce film de Lisa Azuelos sort en 2009 se voulait une suite logique de La Boum, cette fois avec Sophie Marceau dans le rôle de la maman. Avec Alexandre Astier et l’un des derniers rôles du regretté Jocelyn Quivrin, LOL laisse la part belle à la jeunesse, la vraie : celle qui étudie dans un lycée privé en plein coeur de Paris et qui se lave dans des baignoires trois places. C’est le souci alpha de ce film : cette radiographie d’une génération n’est pas représentative de grand-chose, sinon d’une vision un peu trop Paris-Quinzième-Arrondissement, celle où l’on s’ennuie à mourir et où l’on ne peut pas baisser la tête sans voir un petit chien pisser quelque part. LOL, comme le nom l’indique, mais c’est involontaire, sinon quelques gags pas bien fins. Heureusement, la même année, il y avait aussi Les Beaux Gosses.

Azuelos a adapté son propre film aux States et a donné une version américaine qui, elle aussi, finit sur ce genre de liste. Le cercle de la vie !

Pixels

Pourquoi ? Si vous avez « aimé » Ready Player One

C’est justifié ? Quand un film a un score Metacritic de moins de 30, il y a de quoi suer (c’est déjà plus de deux fois The Emoji Movie.) Pixels a tout fait pour s’attirer les foudres de la critique américaine, et la présence d’Adam Sandler au casting – a l’étonnante carrière, on ne sait pas trop quoi citer, Jack & Jill est peut-être le pire du pire – était un bon indice. Si vous trouvez que Ready Player One vous prend pour une vache à lait et à nostalgie, vous constaterez que Pixels est bien plus problématique que cela.

Il veut plaire aux enfants, aux adultes, aux gamers, et énerve tout le monde dans la foulée. Son scénario est un gruyère, ses personnages – remplis de manchilds, d’hommes au comportement de gosses – difficiles à supporter, et l’humour est plat et archiplat. On pourrait se consoler avec une ou deux bonnes séquences (cette partie de Pac-Man géant, notamment), mais l’issue du film laisse un goût trop amer pour en faire un film nul et fun. Pixels est juste nul et nul.

Death Note

Pourquoi ? Car adapter est un art trop sérieux pour le confier à des rigolos.

C’est justifié ? Un peu, mais attendez, c’est à voir quand même. Netflix a un modèle économique bien à lui : avoir plein d’argent et produire plein de films nuls. Quel rêve ! L’annonce d’une adaptation de Death Note, cultissime manga du duo Oba/Obata, a fait grincer des dents. Normal, le matériau de base est, dans ses meilleurs moments, exceptionnels. Tenter l’adaptation d’est en ouest – et se souvenir de Dragon Ball Evolution, entre autres – n’a jamais fait de bien à personne. Ici, le cahier de la mort tombe à Seattle, et Light Turner est un perso plus réaliste (donc plus nullos) que son équivalent original.

Alors oui, le film est un peu risible. Les personnages sont ridicules, incohérents, l’adaptation est aux fraises. Cette course-poursuite finale dans tout Seattle est dantesque – il ne manque que la musique de Benny Hill. Deux personnages traversent la ville de la manière la plus nuisante et cartoon possible : en renversant une petite vieille, en traversant un restaurant et en noyant un gus dans ses ramens, etc. Tous les clichés rigolos du genre sont là. On peut appliquer cette grille de lecture à l’entièreté du film, pourtant frôlant parfois le puritain avec son code moral et ses valeurs toutes américaines.

MAIS ATTENDEZ. Cela n’empêche pas Death Note d’être un film très divertissant, et pouvant donner pas mal de plaisir. Ce n’est pas volontaire, et on recommandera une expérience collective si c’est possible, mais avec son approche Destination Finale, son cabotinage généralisé, ses incohérences transparentes et deux-trois moments sincèrement rigolos (quoique un peu déplacés et au détriment d’autre chose), tout cela hisse Death Note au rang de meilleure fiction à regarder de cette liste. Le film atteint le point idéal de la courbe du nanar : un peu bête, mais rigolo à décoder.

Suicide Squad

Pourquoi ? Parce qu’on a des yeux et des oreilles.

C’est justifié ? Oui, et quinze fois oui. Comme si on ne pouvait plus se passer d’un film annuel et américain particulièrement nul. Coincé entre Fantastic Four et The Emoji Movie, l’édition 2016, Suicide Squad, est d’autant plus frustrant qu’on pouvait y croire en début de production. Il y avait un truc, un petit espoir de radical et d’iconoclaste. Un peu plus tôt dans l’année, Deadpool nous a fait le même coup, mais lui s’est limité à ne pas être drôle et anti-cinématographique.

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Suicide Squad est gênant. D’un bout à l’autre. Complètement ruiné par de multiples soucis de production et l’égo de certains de ses maillons (on ne pointera pas du doigt… mais Will Smith pourrait faire autre chose que s’offrir des rôles de papa-gateau), la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre et au fil des projections-test : rien ne va dans ce film. On pourrait parler du scénario, des effets spéciaux, de la musique, de la photographie, et on pourrait surtout se lancer dans une litanie sur les personnages. Au hasard : Margot Robbie, comme prise au piège dans cette version nulle d’Harley Queen. Elle passe le film à faire « Wouhouhou je suis trop folle dans ma tête » et quand on a littéralement l’incarnation de ses rêves à l’écran, on apprend qu’elle veut devenir working-girl à enfant et mari dans une banlieue proprette. Moche et con, Suicide Squad a incarné le pire d’Hollywood, en termes de cinéma et de production. On recommande l’hilarant épisode du podcast 2 Heures De Perdues qui lui est dédié.

The Big Bang Theory

Pourquoi ?

TOUS les personnages de Big Bang Theory sont bons à jeter. Tous.

C’est justifié ? Si vous aimez être pris pour une vache à lait, si vous aimez boire un verre à plus de dix euros au Dernier bar avant la fin du monde parce que vous êtes dans une salle thématisée Game Of Thrones et que cela fait logiquement doubler les prix, si vous aimez être considéré comme un appeau à références, si vous aimez voir des sous-cultures être utilisées pour ce qu’elles ne sont pas, vous aimerez The Big Band Theory. Ok, ça ressemble à un caprice de nerd, mais au-delà d’une utilisation intellectuellement malhonnête de la culture geek (mettre Noob dans cette liste ? Ne pas mettre Noob dans cette liste ? Tentation tentation…) on peut retenir tous ces personnages parfaitement archétypaux et insupportables. Pour un délire similaire, on vous recommandera plutôt The IT Crowd.

Marseille

Pourquoi ? Comment peut-on croire au potentiel de « la première série française de Netflix » après vingt ans de créations telles que Joséphine Ange Gardien et Julie Lescaut ?

C’est justifié ? Oui, mais il paraît que ça s’améliore. Le parcours face à Marseille a toujours été le même. Le premier épisode pour faire comme tout le monde, puis l’effroi, la consternation. Benoît Magimel prenant l’accent une fois sur deux, tirant toujours la tronche comme s’il regardait une éclipse solaire dans les yeux, une myriade de répliques nonsensiques et vulgaires à la « on se touche le zob en parlant de Picasso ». Un sens très pauvre des gender politics, des personnages zéro crédibilité, et surtout, Gégé Depardieu himself qui nous fait l’honneur de partager un peu de son temps avec nous. Il paraît qu’il est dans la saison 2, et il paraît que c’est moins problématique et vaguement moyen. C’est presque dommage.

En fait, ce qui nous manque à tous, c’est une bonne vieille saga d’été assumant mal son second degré. Genre Zodiaque. Pas de Fincher, hein, celui avec Claire Keim et Francis Huster.