Dossier

La série Metal Gear peut-elle encore survivre sans Kojima ?

Jeux-Video

Par killy le

Oui, ne mentez pas, vous avez déjà volé un carton dans l’espoir tout enfantin de vous infiltrer dans une potentielle base russe près de la table basse. Folie furieuse ? Oui. Mais aussi souvenirs marquants d’avoir bravé le danger aux côtés d’un certain Snake dans la série Metal Gear. Désormais orpheline de son créateur un peu mégalo, elle semble prendre un virage un peu trop sec pour sa gomme tendre.

Hideo Kojima.

Associé à la série Metal Gear, Hideo Kojima a été débarqué de Konami en 2015, pour des raisons encore en partie obscures aujourd’hui. Mauvaise adaptation à une nouvelle vision de l’éditeur, retards coûteux sur Metal Gear Solid V, les désaccords se sont accumulés jusqu’à une évacuation en escape pod sur le marché du travail. Suivi par une partie de son ancienne division de Kojima Productions, il officie désormais en accord avec Sony sur le très bizarre Death Stranding. Un jeu dont il est encore difficile de délimiter les contours et qui semble parfois seulement servir de petit kiff perso pour Hideo, qui a convaincu ses idoles de jouer avec lui, à savoir Guillermo Del Toro, Norman Reedus et Mads Mikkelsen.

Le départ de Kojima a laissé un Metal Gear Solid 5 orphelin de finitions (et de véritable fin), un PT (projet de nouveau Silent Hill) abandonné et la possibilité d’un Zone of the Enders 3 dans le fossé. De quoi laisser un doute creuser le coeur d’un public curieux d’un Metal Gear Solid 6, la licence reste forte, mais amputée de celui qui, pour beaucoup, est l’âme de la saga. Preuve en est le récent Metal Gear Survive qui n’a plus rien à voir avec le background mis en place par Kojima Prods, simple couche de jeu de survie lambda barbouillée consciencieusement sur l’univers. Sans oublier l’ajout de zombies, afin de toucher un peu tout le monde, comme un bon plan marketing appliqué par réflexe. Un état des lieux d’ailleurs raillé par Kojima au TGS 2016, ce qui avait encore davantage envenimé ses relations avec Konami. Que peut-on attendre alors du futur de la licence ?

Metal Gear Sordide

Avant tout, Metal Gear Survive n’est pas le premier jeu qui n’est pas dirigé par Kojima. Les épisodes PSP que sont les deux Metal Gear Acid, ainsi que Portable Ops sont passés entre les mailles du filet créatif du monsieur. Certes, ce ne sont pas des moments mémorables, mais les 3 titres restent corrects, seulement évidés d’une histoire forte et ce même si Kojima s’est occupé du scénario original de Portable Ops. La subtilité est que, même éloigné du game-design, il occupait la place de producteur : ce qui implique souvent dans le jeu vidéo japonais une présence régulière durant le développement. Surtout dans son cas. Kojima fait quasi figure d’unique pilote aux commandes de la série MGS, de par son omniprésence dans la communication de ses productions, mais aussi de sa patte narrative doublée de ses innombrables mentions dans le générique des différents jeux sur lesquels il a travaillé.

Metal Gear Acid.

Si cette personnalité écrasante s’est fondue dans l’oeuvre, il ne faut pas oublier la présence d’une équipe talentueuse à ses côtés. Une team dont certains maillons, importants, sont encore chez Konami comme les crédits de Survive le montrent bien. Détaillés par Polygon ces derniers font apparaître des anciens de la série, comme Yōta Tsutsumizaki, qui est arrivé chez l’éditeur japonais en tant que programmeur sur Metal Gear Solid 3 et qui occupe les postes-clés de Survive, aux côtés du talentueux Masahiro Itō, qui est connu lui comme Monster Designer sur Silent Hill 2. Deux hommes forts qui sont le squelette de Production Studio 8, aux côtés d’une équipe composée de nouveaux venus et d’anciens collaborateurs de Kojima Prod. En un sens, la force “technique” derrière Metal Gear est encore présente, reste la question de la philosophie et des libertés dans le développement.

Les nanomachines à sous

Depuis sa restructuration en 2015, Konami a laissé tomber le projet pharaonique AAA (développement à gros budget), pour se concentrer sur une nouvelle stratégie : favoriser son domaine d’activité depuis 96, le pachinko, et réutiliser ses licences à moindre coût. Castlevania, Metal Gear Solid, Silent Hill, tous ces univers qui ont créé l’image de l’éditeur japonais, s’affichent désormais sur ces machines à sous déguisées, particulièrement populaires au Japon. Sur l’autre versant, Yu-Gi-Oh, Bomberman se contentent soit de sorties sur smartphone, soit de simples déclinaisons sans âme de concepts qui ont du mal à évoluer.

Konami exploite désormais la licence Metal Gear via ses Pachinkos.

Seul PES continue de surnager dans le domaine du jeu vidéo console et PC, et avec lui cette année un MGS Survive qui se contente de réutiliser un moteur déjà existant pour coller aux genres à la mode ; le survival à la Rust et le battle royale style PlayerUnknown’s Battlegrounds. D’un point de vue de joueur, cette orientation est frustrante. D’un point de vue d’homme d’affaires, elle est un défilé de gros billets. Parce que oui, cette stratégie fonctionne : Konami a connu un beau sursaut sur l’exercice financier dernier, comme le souligne Eurogamer.

Metal Gear Survive.

De fait, leur stratégie est valable et une modification des méthodes de production n’est pas du tout d’actualité. Metal Gear sans Kojima va sans doute changer de forme, tout du moins se limiter à un développement court avec un souci de rentabilité à long terme. Système répandu aujourd’hui, le jeu-service permet de mettre sous perfusion un titre en l’abreuvant de mises à jour, de nouveaux challenges, d’accessoires et autres en l’échange de quelques deniers. Ce qui est la cas avec Survive.

Sons of Liberty

Un potentiel Metal Gear Solid 6 ne pourra que difficilement prendre la forme des anciens, dont le développement était plus ou moins lié au souci de la perfection de Kojima et à sa volonté d’imposer sa vision. L’avantage pour Konami est de disposer d’une licence riche dans laquelle il est possible de piocher des centaines d’histoires, des dizaines de spin-offs via des personnages emblématiques (Metal Gear Rising Revengeance en est le meilleur exemple), et des appâts à fans. Même si le désamour d’un public acquis au style de Kojima est évident, l’éditeur ne risque pas grand-chose à ne pas y être attentif. Car si Metal Gear Survive se fait lapider de commentaires de joueurs peu élogieux, comme autant de petits cailloux aiguisés, il suffit de s’intéresser au nombre de let’s play, de vidéos d’apprentissage et de walkthrough pour se rendre compte de la force de frappe de la communication.

Les fans qui le détestent y trouvent tout de même des éléments qui leur rappellent leurs parties passées, qui titillent leur nostalgie et leur fibre d’amateurs de l’univers. Konami n’a pas besoin de beaucoup plus. Si le coût de développement est bien moins élevé que celui de MGS V grâce à la réutilisation d’un moteur existant, d’un gameplay rôdé et d’assets (éléments visuels) déjà présents, des ventes « décevantes » seront d’autant moins problématiques. Avec ses pachinkos, sa partie smartphone et ses licences à exploiter sur des bases fortes, Konami ne peut craindre qu’un revirement soudain du marché qui rendrait par exemple ces modèles économiques moins efficaces. Metal Gear continuera d’exister, le style Hideo Kojima aussi. La vieille histoire de la créature et de son créateur, et ce malgré les créatifs encore présents qui donnent encore à la licence un reste d’aura prestigieuse.