Dossier

Transformers, est-ce si nul que ça ?

Cinéma

Par Julien Paillet le

Marque aujourd’hui indissociable de l’ère du cinéma hollywoodien des années 2000/2010, la saga Transformers accueille ce mois-ci son sixième opus sous la forme d’un spin off (Bumbledee). Une preuve, s’il en fallait encore, du succès et de la longévité de la franchise. Pourtant, derrière sa domination culturelle et économique, celle-ci est souvent critiquée voire méprisée. Que penser alors aujourd’hui de la série de films réalisée par le tout aussi contesté Michael Bay (Pearl Harbor, Pain and Gain) ? Le Journal du Geek vous livre dès à présent son avis.

Lors de l’été 2007 sort sur les écrans du monde entier Transformers. Un blockbuster de science fiction pétaradant où Steven Spielberg officie notamment en tant que producteur délégué. Adapté de la licence de jouets éponyme d’Hasbro et de ses multiples déclinaisons sous forme de comics et dessins animés, ce premier opus nous présente son univers où Autobots et Decepticon, deux races de robots extraterrestres extrêmement puissantes, s’affrontent sans merci dans le but de maîtriser l’univers. Une bataille qui s’étend, lors du 21ème siècle, à la Terre. Le jeune Sam Witwicky (Shia LaBeouf), un adolescent sans histoire, se retrouve alors rapidement plongé malgré lui au cœur du conflit. En 2009, 2011, 2014 puis 2017, quatre suites succèdent à cette première aventure. Quatre suites dont la réception ambivalente par la presse et le grand public pose la question : que valent vraiment les Transformers de Michael Bay ?


Une réception ambivalente

‘‘On peut éventuellement se laisser berner une petite heure. (…) Le hic, c’est que le film de Michael Bay dure 2h24. (…) Une torture. A vous dégoûter d’acheter un grille-pain’’ écrit Le Parisien à propos de l’opus originel. ‘‘Film du néant, dépourvu du moindre enjeu et bavant avec anachronisme sur les carrosseries des blindés de l’armée américaine (…), « Transformers 2 » aurait pu s’oublier dès le générique de fin. A ce degré d’inanité, on parlerait plutôt d’amnésie en temps réel’’, rédige MadMovies lors de la sortie du second volet. ‘‘On atteint là un stade de dégénérescence terminal du grand spectacle hollywoodien, employant la pointe de la technologie actuelle à faire précisément n’importe quoi, sans croire un seul instant à ce qu’il raconte, avec une inconséquence si décomplexée qu’elle forcerait presque le respect’’, rapporte Le Monde concernant Transformers 5. Si la critique professionnelle pointe du doigt la médiocrité des différents métrages, le public, lui, se montre plus complexe à cerner.

Avec des sommes astronomiques récoltées au box office international (plus d’un milliard de dollars amassés dans le monde pour le troisième et quatrième film), le constat suivant s’effectue rapidement : les Transformers plaisent énormément à une très grande partie des spectateurs. Une affirmation que l’on pourrait bien entendu nuancer en donnant l’hypothèse qu’à défaut d’être vraiment appréciés, ils sont vus, et ce, massivement. Pour être encore plus clair : ce n’est pas parce qu’Avatar est le plus gros succès de tous les temps qu’il est le film le plus aimé de la planète. Sur internet, ses forums et ses sections commentaires, les opinions envers la franchise tirée des jouets Hasbro sont contrastées.


La pentalogie de Bay engendre chez beaucoup un véritable sentiment de rejet, voire un profond mépris. ‘‘Ennuyeux du début à la fin. Mauvais acteurs, histoires proches du néant. De bons effets spéciaux, inutiles dans une telle daube !’’, ‘‘nul’’, ‘‘Une honte pour le cinéma, les États Unis, et l’espèce humaine dans son ensemble’’, ‘‘Une véritable torture… Un film sans fond, simplement là pour vendre des jouets !’’ peut-on lire sur la toile. Des points de vue tranchés, radicaux, et proportionnels au nombre de dollars engrangés par la série ?

Le cas Michael Bay

Le réalisateur de Bad Boys 2 possède plusieurs facettes, dont au moins deux sont essentielles à la compréhension de sa saga consacrée aux robots géants. D’une part, l’homme se distingue comme un auteur à part entière. Son montage et ses mouvements de caméra à la limite de l’expérimental, sa «beauferie » (les plans femme objet de Megan Fox dans les deux premiers Transformers), et sa capacité à faire tout exploser à l’écran font effectivement de lui un cinéaste au style immédiatement identifiable. D’autre part, Bay s’apparente paradoxalement à un faiseur, une sorte de pur produit du système hollywoodien. Un mercenaire capitaliste enchaînant les productions à gros budget dont le but premier paraît davantage mercantile qu’artistique. De ce constat, se dégage de la franchise Transformers un certain nombre d’aspects positifs et négatifs.


Les points positifs :

Que l’on aime ou non les Transformers, nier leur sens du spectaculaire serait malhonnête. Aux côtés des batailles de Star Wars, Matrix et Avatar, la séquence où les héros de Transformers 3 se retrouvent à l’intérieur d’un building en train d’être broyé en deux par un immense robot au look de serpent reste encore aujourd’hui l’un des moments les plus estomaquant sur grand écran. Toute la démesure de Bay, son amour du gigantisme, du chaos et du bigger and louder résident dans cet instant vertigineux et insensé.

Le rendu visuel photoréaliste des effets spéciaux concoctés par ILM (Industrial Light and Magic, la société de SFX créée par George Lucas dans les 70’s) démontre un savoir-faire tout bonnement hallucinant. Chaque opus se présente de fait comme une véritable démonstration technologique d’images de synthèse incrustées dans un film live, où chaque élément, de l’animation du visage des Autobots aux destructions massives de bâtiments, transcende une bonne partie de la réalisation.

Souvent très mal racontées, les histoires des différents Transformers bénéficient néanmoins d’une sorte de folie excessive dans le traitement des personnages et de l’univers que l’on ne retrouve pas vraiment ailleurs. Un fait qui s’établit très nettement dès le premier volet. Sur le papier, ce dernier affiche un nombre conséquent de ressemblances avec le cinéma de Spielberg : la relation d’amitié, d’abord cachée aux parents, entre le héros adolescent et sa voiture/transformers évoque fortement E.T, la présence d’extraterrestres ‘‘gentils’’ et ‘‘méchants’’ arrivant sur Terre renvoie aussi bien à Rencontre du troisième type qu’à La Guerre des Mondes, et le choix du registre du cinéma d’aventure et de science fiction rappelle tour à tour Jurassic Park, Le Monde Perdu, Indiana Jones et les films pré-cités.

Toutefois, toute la poésie, la sensibilité et la finesse du génie responsable des Dents de la mer se voient remplacées chez Bay par une profonde grossièreté. C’est d’ailleurs presque l’une des qualités majeures des Transformers : l’approche sans limite. Allant jusqu’à montrer les ‘‘boules’’ d’un robot géant dans le second opus ou à faire de la plupart des protagonistes, des névrosés dépassant le cadre de la décence morale (dans Transformers 5 un scientifique à l’intelligence certaine se voit tourné en ridicule et humilié par un cadre en costard cravate), la franchise démontre une telle personnalité borderline qu’elle en devient purement jouissive prise au second degré.

Les points négatifs

Parfois, certaines qualité peuvent apparaître comme d’authentiques défauts. On ne peut remettre en question la capacité du metteur en scène à proposer des séquences à effets spéciaux dantesques. La gestion de l’espace dans la franchise est en revanche sujette à caution. Contrairement aux métrages de James Cameron ou de Steven Spielberg où l’action reste perpétuellement lisible, la plupart des morceaux de bravoure des Transformers tendent à verser dans un désordre migraineux. La faute à une mise en scène qui confond parfois dynamisme et frénésie maladive.

Comment, par ailleurs, ne pas mentionner la lourdeur de chacun des épisodes, ne serait-ce qu’en terme de durée et de rythme.  Ils avoisinent toujours les 2h20 de projection (minimum!). Enchaînement d’humour gras, explosions en tout genre… la plupart des Transformers peuvent épuiser plus qu’ils ne divertissent. Quand ils n’agacent pas par leur tendance à représenter de façon publicitaire et propagandiste les forces armées américaines.

Des plaisirs coupables ?

A l’arrivée, la saga Transformers semble former une entité artistique plus complexe à appréhender que ne le suggèrent les jugements négatifs émis par une grande partie des spectateurs/critiques. A l’image de son réalisateur controversé, la licence évolue presque constamment entre le pire, le meilleur et le médiocre. Un curieux cas, qui a le mérite de mettre en lumière certaines contradictions de son propre public. Tout comme les failles et les qualités d’un homme, Michael Bay, et d’une industrie hollywoodienne à la fois débilitante et en perpétuelle recherche d’innovations à même de susciter l’émerveillement propre au septième art.