Dossier

Unfriended, Nerve, The Den… petite revue des films qui utilisent Internet pour raconter une histoire

Cinéma

Par Julien Paillet le

Film d’horreur high concept dont l’action se déroule intégralement sur internet, Unfriended : Dark Web sort en salles aujourd’hui. A cette occasion, nous vous proposons ce mois-ci une sélection (non exhaustive) de longs métrages dont le scénario ou la mise en scène est intrinsèquement lié au web. 

Traque sur internet (1995)

L’histoire : Connectée en permanence sur internet, une jeune informaticienne du nom d’Angela (Sandra Bullock) se voit remettre un jour une disquette par l’un de ses clients, un certain Dale Hessman qui trouve la mort peu après au cours d’un étrange accident d’avion. Quelque temps plus tard, Angela décide de partir en vacances au Mexique. Là- bas, elle fait la rencontre du charmant Jack Devlin, qui devient son nouvel amant. Mais celui-ci ne semble rapidement nourrir qu’un seul intérêt : récupérer la disquette de Dale. La vie de la jeune femme est alors mise en danger.

Notre avis : Si l’Internet grand public existe depuis 1991, ce dernier ne connaît son véritable essor qu’à partir des années 2000. Souvent en avance sur leur temps, les États-Unis et le réalisateur Irwin Winkler sortent dès le milieu des années 1990 Traque sur internet. Intitulé sobrement The Net aux États-Unis, le film peine malheureusement à véritablement user le plein potentiel de son appellation. Plus proche d’un jeu du chat et la souris à la sauce série b pantouflarde que d’un grand thriller hitchcockien qui se servirait du web comme un personnage à part entière, le métrage échoue globalement à montrer du neuf. On retiendra toutefois du film les images aujourd’hui préhistoriques des premières interfaces d’Internet et de ses ordinateurs fabriqués dans les années 1990 dotés d’énormes écrans cathodiques. De véritables pièces de musée à l’image de Traque sur internet : dépassées.

Intraçable (2008)

L’histoire : A Portland, un terrifiant individu se met à diffuser sur internet les images des tortures infligées à ses victimes en invitant ensuite les spectateurs à participer à leur mise à mort. Jennifer Marsh, une agent spécial de la section Cybercrime du FBI, se retrouve chargée de résoudre la sordide affaire. Mais le tueur et son site internet demeurent introuvables. Et bientôt, Jennifer et ses collaborateurs se retrouvent pris pour cible. S’engage alors un jeu malsain entre le prédateur et ses proies.

Notre avis : Surfant sur la vague du torture porn démocratisé par les succès au box office de Saw et Hostel au milieu des années 2000, Intraçable trouve sa propre identité en mêlant à l’horreur graphique les codes du cyber thriller. S’apparentant dès lors à une version gore et modernisée de Traque sur internet, le métrage se contente de proposer un divertissement honnête mais sans génie. La faute à un traitement du web encore trop terre à terre pour convaincre et à l’absence d’une réelle vision de metteur en scène derrière la caméra.

Chatroom (2010)

L’histoire: Un garçon de dix sept ans, William, passe la plupart de son temps sur internet. Un jour, il décide d’ouvrir un forum de discussion destiné aux adolescents de sa ville. Eva, Mo, Jim et Emily, des jeunes gens aux problèmes existentiels divers rejoignent alors la chatroom. D’abord à l’écoute de leurs émois et autres traumatismes, William les conseille puis les incite à régler leurs problèmes respectifs par l’action. Mais ce dernier démontre au fur et à mesure les signes d’une personnalité grandement perturbée, prête à tout pour influencer le groupe, quitte à entraîner ses membres vers la mort.

Notre avis : Bien plus que ses prédécesseurs Traque sur internet et Intraçable, Chatroom se saisit du web pour en délivrer un traitement purement cinématographique et inédit. Son réalisateur, le japonais Hideo Nakata (Ring, Dark Water), opte pour une mise en scène purement allégorique : à l’écran, les fameux salons de discussion en ligne se retrouvent matérialisés à l’aide de magnifiques décors aux longs couloirs inquiétants. Un choix artistique audacieux, qui évite l’écueil d’assister à de simples conversations austères filmées sur l’écran d’un ordinateur. Indéniablement un excellent exercice de style pour un indispensable du genre.

The Social Network (2010)

L’histoire: Adapté du livre The Accidental Billionaires: The Founding Of Facebook, A Tale of Sex, Money, Genius, and Betrayal de Ben Mezrich, The Social Network narre la création de Facebook et une partie de la vie de son jeune fondateur, Mark Zuckerberg. Le film retrace également les deux procès qui opposèrent les frères jumeaux Winklevoss et Eduardo Saverin au créateur du fameux site.

Notre avis : Mélangeant, entre autre, le biopic, le drame, le teen movie et le thriller, The Social Network demeure à ce jour l’une des œuvres cinématographiques les plus importantes à traiter de la montée en puissance de l’un des versants les plus populaires d’Internet : les réseaux sociaux. Grâce à la mise en scène de David Fincher (Alien 3, Seven) et le scénario d’Aaron Sorkin (The Newsroom, Steve Jobs), le métrage parvient brillamment à dépeindre tout autant la psyché d’un solitaire frustré à la limite de l’autisme que le changement d’un monde engendré par la révolution numérique. En découle un moment de cinéma virtuose, politique et pessimiste, où chaque plan, chaque ligne de dialogue, procure un sens profond à l’ensemble. Un classique en devenir.

The Den (2013)

L’histoire : Elizabeth, une jeune étudiante, se lance dans un ambitieux projet : se connecter en continu sur The Den, un site semblable à Chatroulette, dans le but d’étudier les habitudes des utilisateurs de webcam. Mais très vite, elle assiste à un meurtre et sa vie se retrouve dès lors mise en danger.

Notre avis : Jamais sorti en salles en France, The Den s’apparente au premier abord à un énième found footage fauché et dénué d’inspiration. A la vision de l’œuvre, il n’en est pourtant rien. Redoutablement efficace dans son scénario aussi simple qu’efficace, le film trouve sa raison d’être dans l’originalité de sa réalisation qui se saisit du point de vue d’un ordinateur pour raconter son histoire. Fait suffisamment rare pour le souligner, l’immersion se voit de fait décuplée pour peu que l’on découvre The Den sur sa propre machine. Un système inventif, investi ici dans un suspens anxiogène allant crescendo et décrivant avec effroi les dérives d’internet. Du cinéma d’horreur minimaliste et en phase avec son temps.

Open Windows (2014)

L’histoire: Grâce à un concours en ligne, Nick gagne le privilège de dîner un soir avec Jill Goddard, une actrice extrêmement sexy qu’il idolâtre. Malheureusement pour le jeune homme, la star annule le rendez-vous au dernier moment. Plus tard dans la soirée, un homme mystérieux entre en contact avec Nick et lui fait une proposition indécente : celle d’espionner Jill par le biais de son ordinateur. Nick accepte l’offre, mais se retrouve alors rapidement pris dans un terrible engrenage.

Notre avis : Similaire à The Den dans l’adoption du point de vue d’un écran d’ordinateur, Open Windows s’apparente dans sa première partie à une sorte de Fenêtre sur cours à la sauce high tech. Dommage dès lors de constater que l’utilisation du concept de réalisation, d’abord maîtrisé de façon ludique et novatrice par le talentueux Nacho Vigalondo (Timecrimes, Colossal) s’étiole par la suite à cause d’un retournement de situation scénaristique décrédibilisant brutalement l’intégralité de l’intrigue. Reste tout de même l’interprétation solide d’Elija Wood, la présence hot de Sasha Grey et un premier acte aussi malin que parfaitement ancré dans son époque ultra-connecté et plus voyeuriste que jamais.

Unfriended (2015)

L’histoire: Après qu’une vidéo compromettant sur elle a été diffusée sur le web, une jeune lycéenne se donne la mort. Un an après le drame, six jeunes gens se connectent sur Skype pour discuter entre eux. Mais une septième personne, dont l’identité reste inconnue des autres, les rejoint également en ligne. Celle-ci se montre rapidement effrayante lorsqu’elle se met à menacer les six amis de tuer le premier qui se déconnectera du logiciel d’appel vidéo. Tandis que la tension s’installe, les protagonistes comprennent que les événements tragiques survenus un an plus tôt pourraient avoir un lien avec la situation difficile dans laquelle ils se trouvent.

Notre avis: Encore plus peut- être que dans The Den et Open Windows, le fait d’adopter la vue d’un écran d’ordinateur dans Unfriended apparaît comme une réelle idée de mise en scène capable de produire du sens. Ici, en l’occurrence, l’intérêt se situe plus dans le regard omniscient du spectateur (à qui on donne à voir les différentes fenêtres de discussion où communiquent les protagonistes) que dans la menace horrifique. Dès lors, si l’aspect slasher du film demeure respectable, c’est bien dans les relations entre les personnages et leur rapport au mensonge, révélé par le biais d’internet, que Unfriended se hisse au dessus du tout-venant horrifique. La vie privée n’existe plus sur la toile semble nous dire le métrage. Un propos moderne traité avec une belle originalité.

Nerve (2016)

L’histoire : Sur Internet apparaît Nerve, un jeu qui diffuse en direct des défis filmés. Vee et Ian, après s’être associés, se mettent à relever des challenges de plus en plus dangereux et de mieux en mieux payés. Mais rapidement, les deux joueurs découvrent qu’une communauté anonyme les observe et les manipule à travers le jeu. Ce qui s’apparentait d’abord à une expérience ludique et puérile se transforme progressivement en cauchemar.

Notre avis: Une mise en image impersonnelle car trop calibrée pour plaire à un public typique d’adolescents. Nerve réussit néanmoins curieusement bien durant sa première moitié à créer une tension progressive et un rythme infaillible. Un constat illustré par les fameux défis filmés en live par les caméras des téléphones portables des protagonistes, qui proposent des séquences tour à tour cocasses, spectaculaires et/ou angoissantes. Là encore, derrière le spectacle, ce sont bien les dérives d’internet, et plus spécifiquement de ses nombreuses applications (les réseaux sociaux en tête), qui sont pointés du doigt, de façon tout à fait crédible. Jamais révolutionnaire dans son approche du sujet, mais assez efficace pour agir de manière totalement éphémère sur les émotions de ses jeunes spectateurs.