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[Test] Assassin’s Creed Syndicate

Par firoste le

À quoi tient l’envie de revenir à Assassin’s Creed chaque année ? Sa mythologie historico-complotiste ? Sa simu de vie urbaine et sa performance architecturale ? Sa balade incessante sur les toits du monde ? Avec le temps, chaque épisode s’est surtout fait le baromètre de l’évolution (ou régression) d’une licence qui se cherche (un peu) ou campe (beaucoup) sur ses acquis. Mais toujours avec cette infime part d’espoir qu’Ubisoft révise sa copie, et masque un peu mieux sa politique de formatage.

Avec le parisien Unity, sensé ouvrir le bal d’une renaissance next-gen, la déception fut telle qu’on n’attendait pas grand-chose de cette itération londonienne. Tant mieux, dans un sens. Car, au lieu de prétexter une révolution éternellement avortée, ce Syndicate assume une dimension plus récréative et moins pompeuse qu’à l’habitude. Le choix de deux protagonistes au lieu d’un, un couple de frère et sœur assassins aux idées et méthodes différentes, en est un premier exemple. S’il n’apporte rien de transcendant au gameplay (malgré des spécialités propres, les deux se jouent de la même façon), ce dédoublement apporte au moins un ton plus léger à la trame, grâce au charisme (enfin !) de deux personnages et le flegme de leur culture.

Traversé de saynètes comiques et décomplexées, Assassin’s Creed semble enfin assumer ce qu’il est vraiment : une série B, voire Z, de luxe, qui cherche moins la vision documentaire de l’Histoire qu’à se faire sa doublure fantasmée. En cela, le choix de Londres est parfait. La ville a ce premier mérite d’être une prouesse esthétique, jonglant brillamment entre les atmosphères, des rues plongé dans le fog aux palais mécanique de la Révolution industrielle.

En pillant çà et là aux mythologies de la fiction britannique, Ubisoft cherche moins à faire de la capitale une démonstration de reconstitution maniaque qu’une centrifugeuse à fantasmes. Une centrifugeuse où se mêlent, sans hiérarchie ni échelle de valeur, les romans de Dickens, la littérature gothique, les penny dreadfuls ou encore la fiction mafieuse, où l’on se doit de conquérir la ville à coup de guerre des gangs, tel un parrain de l’ombre.

[nextpage title= »…mais qui traîne toujours ses vieux défauts »]

Côté gameplay, les choses sont plus clivées. On peut concéder à Ubisoft de bonnes idées, comme celle de mettre l’accent sur l’enrôlement de mercenaires et le brawler de rue (le jeu fait souvent penser au Gangs of New York de Scorsese) qui, à défaut d’être parfait, apporte un peu de variation terrienne aux sempiternelles séances de varappe. À ce titre, le jeu semble avoir repensé sa logique de l’espace, en accord avec l’ADN, vaste et uniforme, de son terrain de jeu.

Les nouveaux moyens de locomotion, comme les calèches ou les trains, mais surtout le grappin/tyrolienne, apportent une horizontalité essentielle à l’exploration, puisqu’ils épargnent ces interminables séances de grimpette à rallonge dont la série s’est gargarisé trop longtemps. Malheureusement, le jeu n’évite pas son premier démon : sa (trop) grande générosité de contenu. Une générosité qui fait toujours bien sur le papier, mais qui, dans la pratique, a le malheur, à force de multiplier les séquences d’infiltration pseudo-tactiques, de révéler une vérité douloureuse. Celle d’un gameplay toujours aussi rigide et approximatif, aux possibilités rarement finaudes (en pleine année Kojima, ça fait encore plus mal) et aux bugs innombrables.

On aurait tant aimé que le jeu resserre sa progression autour de missions moins nombreuses mais carrées, qu’il mise d’avantage sur sa part de mise en scène, pour une fois très réussie. Reste un résultat hybride et bancal, traversé de fulgurances (les phases de traversée de la Tamise, certains assassinats scénarisés comme un Hitman) et de ratages, qui ne fera que polariser un peu plus ses camps de fans et de détracteurs.

Notre avis

Et pour autant, Syndicate reste attachant, par son ton un peu plus canaille et anar que d’habitude. Un ton qui nous laisse à croire que tout n’est pas désespérément figé dans le marbre d’Ubisoft.

Images d'illustration fournies par l'éditeur.

7 / 10